‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 5)Chapitre 35 sur 329 · DIMINUTION DE VOLUME PAR LA DESSICCATION · texte numérisé non relu

DIMINUTION DE VOLUME PAR LA DESSICCATION

i 52 Terres arables { 48

Magnésie carbonatée 456

Humus 190

Le tableau précédent montre : 1° Que les sables retiennent le moins d'eau ( 20 à 30 pour 100) ; — 2° Que les terres argileuses en retiennent d'autant plus qu'elles contiennent moins de sable ; — 3° Que la chaux carbonatée absorbe d'autant plus d'eau qu'elle est plus divisée; — 4° Que l'humus en retient le plus , sauf la magnésie carbonatée qui ne se trouve jamais pure dans les sols, mais leur fait contenir un excès d'eau.

§V. — Faculté des terres pour se dessécher.

Cette propriété est fort intéressante à connaître ; car il est évident que les sols qui se dessèchent le plus rapidement sont les plus secs et chauds, et doivent recevoir des amendernens appropriés ; réciproquement il faut faciliter la dessiccation des terres qui retiennent trop longuement l'eau pluviale.

M. Scuubler propose d'essayer cette faculté ex\ constatant par la perte en poids, pendant une égale durée de temps, dans le même air, combien chaque sorte de terre très-mouillée laisse exhaler d'eau sor la proportion qu'elle renferme. La terre égouttée sur les tamis, comme nous l'avons dit ci-dessus, peut encore servir à ce 3e mode d'expérimentation. — On en prendra de chacune 200 grammes, par exemple; on l'étendra pendant 5 heures en couche également mince sur une assiette, puis on pèsera de nouveau. Si ces 200 grammes contenaient 120 d'eau et qu'ils en eussent perdu 60, on calculera ainsi : 120 ont laissé évaporer 60 ; 100 auraient perdu 50. Cet essai approximatif donne les résultats suivans.

io» parties d'eau Substances terreuses. perdent

Sable siliceux 88,4

Sable calcaire 75,9

Glaise maigre 52

Glaise grasse 45,7

Terre argileuse 34,9

Argile sans sable 31,6

Chaux carbonatée fine 28

Terre de jardin 24,3

Terres arables \ *

Magnésie carbonatée 10,8

Humus 20,5

D'après les résultats de ce tableau on observe : 1° Que les sables siliceux et calcaire perdent le plus d'eau dans le même temps, ou se dessèchent le plus vite; aussi concourent-ils à former les sols les plus chauds; — 2° Que la chaux carbonatée agit d'une manière toute différente, suivant ses différentes formes. En effet, le sable calcaire constitue un sol très-chaud, tandis que la terre calcaire retient très-long-temps l'humidité, et même plus long-temps que Y argile. Toutefois elle mérite une préférence marquée sur cette dernière terre, parce que son action sur les acides lui donne une influence chimique utile sur l'humus, et d'ailleurs parce qu'elle reste toujours légère; — 3° Que Y argile perd de l'eau qu'elle contient, une proporùon d'au-

tant moindre qu'elle renferme moins de sable; —4° Que Y humus retient l'eau plus que la plupart des substances terreuses ordinaires; une faible proportion entretient donc une humidité utile; — 5° Que la magnésie carbonatée contribue à rendre les sols froids et humides ; car elle contient le plus d'eau et en laisse exhaler le moins. Nous verrons plus loin qu'elle s'échauffe moins et conserve moins de chaleur que toutes les autres.

§ VI.— Diminution de rolume par l'a dessiccation.

La plupart des terres se serrent davantage quand elles sont desséchées, et il s'ensuit le plus souvent des crevasses dans le sol, qui, trop larges, sont nuisibles à la végétation, en ce que les racines chevelues qui fournissent le plus de nourriture aux plantes , se dessèchent et se rompent dans ces ouvertures.

Pour soumettre cette propriété à une mesure comparative, on s'est servi du moyen suivant :On forme, avec les différentes espèces de terre également humectées, des morceaux cubiques égaux de dix lignes de hauteur, longueur et largeur (c'est-à-dire mille lignes cubes) ; on les fait desséchera l'ombre dans un appartement, par une température de 15 à 18 degrés, et pendant plusieurs semaines, jusqu'à ce qu'ils ne perdent plus de leur poids; alors on détermine leur volume, à l'aide d'une mesure pouvant évaluer chaque côté à un dixième de ligne près. Voici les résultats ainsi obtenus :

looo parties perdent Espèces de terres. de leur volume :

Chaux carbonatée fine 50

Glaise maigre 60

Glaise grasse 89

Terre argileuse 114

Argile pure (sans sable) 183

Humus. 200

Terre de jardin 149

Terre arable 120

NOTA. Les sables siliceux et calcaire ne diminuent pas de volume ou du moins fort peu , et se brisent au plus léger attouchement.

Il résulte du tableau qui précède : 1° De toutes les substances que contiennent les terres, Y humus prend le retrait le plus considérable ; il est égal au cinquième de son volume. L'humus acquiert aussi beaucoup de volume, à mesure qu'on l'humecte. Cela explique un phénomène observé dans les basfonds de tourbe : on remarque souvent dans ces contrées un exhaussement considérable de la surface du sol, qui devient surtout sensible quand un temps humide est suivi par un temps froid rigoureux : la terre s'élève quelquefois alors de plusieurs pouces. La cristallisation de l'eau gelée , qui ajoute une autre cause d'accroissement de volume, contribue ici à cette élévation des terrains tourbeux. — 2° Entre toutes les terres qui ne contiennent pas d'humus, Y argile est celle qui perd le plus de son volume par la dessiccation; cette qualité diminue quand on y ajoute du sable ou de la chaux carbonatée ou de la marne. — 3° La réduction du volume par la dessiccation n'est pas, comme on pour-

rait le croire, proportionnée à la faculté des terres pour retenir l'eau. En effet , la chaux carbonatée fine retient une grande proportion d'eau; et cependant son retrait n'est que de 50 parties sur 1000, tandis que Y argile perd 183 parties. Cette qualité n'a pas non plus de rapport avec la consistance du sol : l'humus possède une ténacité bien moindre que l'argile; néanmoins son retrait est beaucoup plus considérable. — 4° La pulvérisation de la marne, par les influences atmosphériques, s'explique en partie par la différence de retrait de ses composans, X argile et la chaux carbonatée fine; les points de contact des différentes parties sont écartés par le retrait inégal, et les blocs de marne se pulvérisent spontanément. — 5° Ce fait explique encore une partie de Y influence de la marne calcaire, bien préférable à un mélange de sable et d'argile : le carbonate de chaux diminue la consistance et la ténacité du sol, mais en outre il possède un plus grand pouvoir absorbant pour l'eau, il est capable de saturer les acides , propriétés que le sable ne peut offrir.

§ VII.— De l'effet de la capillarité des sols.

V action capillaire, qui détermine l'ascension et les infiltrations des liquides dans les sols, est fort importante à considérer, bien que cette cause n'agisse pas seule. — On peut facilement se rendre compte de cet effet en plongeant dans l'eau un petit tube ouvert des deux bouts : on verra que le liquide s'élèvera dans le tube au-dessus de son niveau dans le vase, et la différence sera d'autant plus grande que le diamètre du tube sera plus petit, comme le montre la figure 34. Fis. 34.

Fig. 35.

Si , comme on 3e voit fig.

35, on approche deux lames de verre plongées en partie dans l'eau , le liquide s'élèvera entre elles, mais moins que dans les tubes pour un écartement égal au diamètre intérieur de ceuxci. Enfin , si au lieu de maintenir ces lames parallèles, on les joint sur une de leurs arêtes, de manière à former un angle, comme dans \&fig. 30, on verra le liquide s'élever graduellement davantage en s'approchant des arêtes en contact. On voit

AGRICULTURE : SOL. liv.i".

d'ailleurs sur toutes les surfaces que l'eau peut mouiller, ce liquide s'élever sur la ligne de contact , comme le montrent encore les figures ci-dessus.

Ces phénomènes, qui dépendent et de l'attraction des surfaces précitées, et de l'attraction entre les parties du liquide, ont lieu dans les interstices des corps en grains informes, tels que le sable, et plus sensiblement encore dans les substances poreuses dont les cavités en rapport forment une suite de tubes irréguliers : tels sont les éponges , les plâtras , les pierres tendres , les terres plus ou moins légères; aussi voit-on ces substances s'humecter à une hauteur plus ou moins grande lorsqu'elles sont en contact avec l'eau seulement par leur partie inférieure. Cela explique l'humidité constante au-dessus du sol dans les carrelages, murs , etc. , construits en matérieux poreux, et une foule de faits qu'il serait trop long de rapporter ici.

La capillarité dans les sols est une de leurs plus importantes propriétés. En effet, c'est elle surtout qui conduit près des parties spongieuses des racines, les liquides environnans, lorsque les solutions en contact sont absorbées; elle ramène à la superficie les liquides infiltrés, au fur et à mesure que l'évaporation entraîne l'eau dans l'atmosphère. — Ce dernier effet fait aussi revenir près de la surface du sol les substances solubles fixes qui suivent l'eau liquide, mais l'abandonnent lorsqu'elle se vaporise. — Parmi les substances solubles, plusieurs sels augmentent considérablement les effets de la capillarité, en lui fournissant de nouveaux points d'appui; aussi les voit-on grimper à de grandes hauteurs, ou venir en efflorescence a la superficie du sol.

Ces efflorescences salines permettent de faire de véritables récoltes de sels par un simple balayage en certaines localités. C'est ainsi qu'on se procure le salpêtre de Houssage dans l'Inde.

Dans les terrains trop salés les mêmes phénomènes débarrassent en partie le sol de l'excès du sel. On pourrait augmenter cet effet utile en écroûtant ces terrains pendant les sécheresses, puis exposant à des lavages naturels par les eaux pluviales, ou par des irrigations artificielles, les terres ainsi enlevées, avant de les répandre sur les champs, ou avant de les livrer de nouveau à la culture. Les labours en sillons profonds ont d'ailleurs une efficacité plus immédiate dans la culture des terres trop salées.

La capillarité des sols dépend surtout d'une perméabilité convenable ( V. page 42 ) ; ainsi, trop sableux ou trop argileux, ils entravent la force capillaire : dans le 1er cas, en offrant de trop larges interstices et se desséchant trop complètement; dans le 2e cas, en rétrécissant tellement les interstices, que toute circulation de l'eau y devient impossible. C'est ce qui arrive aux argiles plastiques ; lorsque celles-ci constituent le sous-sol , la capillarité seule dans la couche arable supérieure peut ramener à la superficie, où elle s'évapore, l'eau excédante que le fonds argileux retenait, et qui eût altéré les racines des plantes.

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