‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 5)Chapitre 49 sur 329 · CHAPITRE III. — DES AMENDEMENS · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — DES AMENDEMENS

Section ire. — Considérations générales.

On a vu dans le chapitre précédent comment une proportion excessive de quelquesunes des terres élémentaires et même a'humus peut être nuisible au sol , en dérangeant l'équilibre de ses propriétés physiques, en détruisant sa consistance ou sa disposition, soit à retenir, soit à laisser écouler l'humidité, etc.; c'est amender le sol, que de corriger ces défauts par l'emploi de substances ayant des qualités opposées.

Avant d'appliquer des amendemens sur les champs, la première chose est donc de déterminer exactement la nature, les propriétés et les parties constituantes du sol; la deuxième est de connaître, également d'une manière bien positive, la nature, les propriétés et la composition des substances qu'on veut employer. Ces notions se trouvent enseignées avec détail dans les articles relatifs aux différentes espèces de terre et à leurs propriétés physiques , et les moyens de connaître leur composition se trouvent indiqués dans le § qui traite des indices de la qualité des terres et notamment de leur analyse chimique, nous n'avons pas ici à nous occuper du choix des amendemens en général pour les différentes espèces déterres, choix qui sera suffisamment enseigné en parlant de chaque amendement en particulier.

L'amendement du sol est appelé, parTHAER, une amélioration physique, pour la distinguer de l'amélioration chimique qui consiste dans l'emploi, non seulement des engrais proprement dits, c'est-à-dire des alimens destinés à la nutrition des végétaux, mais encore des stirnulans, c'est-à-dire des substances dont le rôle principal parait, être de développer ces alimens et d'exciter les organes des plantes à les assimiler. Cette amélioration des qualités physiques de la terre, par l'addition d'une substance dont le mélange corrige les défauts du terrain qu'il s'agit d'améliorer, est sans doute toujours dans l'ordre des choses possibles; mais les circonstances où elle peut s'opérer avec profit sont loin de se rencontrer constamment.

§ Ier. — Études préliminaires.

JEn conséquence, avant de songer à employer des amendemens à l'amélioration des terres, le fermier et le propriétaire doivent déterminer rigoureusement les circonstances dans lesquelles ils se trouvent placés relativement à cette opération. Faisons remarquer avant tout que ces deux classes d'exploitans ne sont pas, sous ce rapport, dans une situation semblable. L'amélioration qui résulte de l'emploi des amendemens ajant des effets durables et quelquefois assez lents, il s'ensuit qu'une opération de cette nature, avantageuse dans certaines conditions pour le propriétaire, peut ne pas l'être dans ces mêmes circonstances pour le fermier, du moins si son bail n'a pas une longue durée. — De même, comme l'extraction et les charrois sont en général les principales dépenses qu'entraînent l'amendement d'une terre, le cultivateur qui a des bras et des moyens de transport économiques à sa disposition, ou qui serait obligé de les laisser chômer s'il ne les appliquait à ce travail, est dans une position qui lui permet de donner à ses champs cette sorte d'amélioration avec avantage, tandis que celui qui serait obligé de la faire exécuter à prix d'argent n'y trouverait que de la perte.

L'examen préliminaire auquel on doit se livrer consiste donc :

1° A bien connaître la nature , l'état et la composition du sol qu'on se propose d'amender;

2° A rechercher les substances les plus proches et les plus faciles à extraire propres à cet amendement. Les indices géognostiques doivent à cet égard être consultés, et conduiront souvent à d'heureux résultats ; mais ce sont surtout \essondages auxquels on doit demander cette solution : car il arrive assez souvent que les couches inférieures d'un terrain recèlent à une profondeur plus ou moins considérable, sans que rien semble l'indiquer à la surface, des substances très -convenables à l'amélioration de la couche cultivable. Les divers moyens d'opérer les sondages seront décrits et figurés dans le chapitre des desséche* mens;

3° A étudier la nature, les propriétés et la composition de la substance qu'on se propose d'employer,d'abordchimiquement;mais cette étude ne suffit pas, attendu les effets très-différens que produisent souvent, en raison de la diversité de leurs propriétés physiques, des matières d'une composition semblable. Si l'on ne connaît pas déjà par avarice le mode d'action et les résultats de l'amendement, on doit donc, pour en juger, avoir recours à un essai direct sur le champ à améliorer. Presque toujours l'examen de la manière dont se comportera dans ce cas l'amendement, et les changemens qu'il apportera dès la première année dans les qualités physiques du sol, suffiront pour faire apprécier ses effets, et l'on n'aura pas besoin d'attendre, pour se livrer en grand à l'opération, l'expérience de la culture durant toute la période d'action de l'amendement;

4° A examiner la situation respective du terrain à amender et du gisement de l'amendement; ce qui comprend: la distance à parcourir; la facilité ou la difficulté que le terrain ou les chemins offrent à franchir celte distarce; le plus ou le moins de peines et de travaux que nécessitera l'extraction, en raison des terres supérieures à enlever ou détourner, de la profondeur où gît la substance à extraire, de la résistance que présente cette substance à l'emploi de la pioche ou de la pelle; la possibilité d'amener les voitures de transporl à l'endroit même où se fera l'extraction ; etc.

5° Pour les amendemens stimulans qui sont rarement sur le lieu même à la disposition du cultivateur, mais aussi qu'on emploie souvent à de très-faibles doses, les calculs ci-dessus sont remplacés par ceux du prix d'achat et d'expédition, soit dans les villes de commerce, soit dans les centres de production, soit dans les usines où l'on peut se les procurer.

De l'examen des circonstances que nous venons dénumérer sortira la solution de la question de savoir s'il y aura avantage à opérer l'amendement. En effet, l'agriculteur n'aura plus qu'à comparer entre eux, d'une part, les effets de l'amendement sur ses terres, et par conséquent les résultats qu'il est en droit d'en attendre pour l'accroissement de ses récolles ou la facilité et l'extension de ses cultures; d'une autre part, les dépenses qu'entraînera l'opération et qu'il est à même d'établiravecuneexactitude suflisa. te, puisqu'il connaît la dose d'amendement qu'il doit employer, sa situation ou son prix, et par conséquent qu'il lui est facile de calculer approximaiivement les frais d'extraction, de chargement, ou ceux d'achat, et enfin ceux de transport, d'éparpillemenl sur le terrain, et du mélange de l'amendement avec la terre végétale.

Il reste maintenant à traiter des divers amendemens et de leur emploi; ce qui comprend leurs propriétés , leurs effets , leur durée, la dose qu'il convient d'employer, l'époque et la manière de les répandre, etc.

C B. de M.

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