‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 5)Chapitre 93 sur 329 · C. Végétation dans les canaux et sur les francsbords · texte numérisé non relu

C. Végétation dans les canaux et sur les francsbords

Quand les canaux ont peu de profondeur et que l'eau y reste stagnante, les poissons n'y réussissent pas très-bien, mais la végétation des plantes marécageuses qui s'y établit, fournit un produit assez important. Si ce sont des. roseaux (Arundo phragmites), ils peuvent être fané* et servir à l'alimentation du gros bétail en hiver, ou bien être conservés pour cou\rir les habitations, pour natter les digues , etc. Si ce sont des carex , des souchets, des joncs, etc., ils peuvent être mangés en vert par les bêtes à cornes, ou plutôt être fauchés pour litière. Il est même quelques espèces de joncs qu'on peut employer à faire des nattes d'un effet très-agréable. On en voit de telles dans les salles à manger des Hollandais qui servent de tapis de pied.

Les talus et les francs-bords du canal se garniront aussi d'une végétation plus ou moins abondante, selon la plus ou moins grande fertilité du sol. Dans les Pays-Bas on fauche presque tous ces talus; on en retire ainsi un revenu assez considérable. Si on ne pouvait les faucher, on aurait du moins un pâturage abondant; mais il faudrait prendre garde que le piétinement du bétail n'occasionàt des dégradations à ces talus et aux francs-bords.

D. Plantations.

Les francs-bords, les banquettes et les talus des canaux peuvent être rendus productifs par des plantations appropriées au terrain ; mais, avant d'y procéder, il convient de bien reconnaître la qualité du sol, sa consistance , son niveau , son exposition ; d'étudier le climat , les besoins locaux , l'emploi

DESSÈCHEMENT DES MARAIS

qu'on pourra trouver des produits; en un mot, de prendre note de toutes les circonstances dans lesquelles on va agir.

Si le canal doit servir à la navigation, il ne faut planter entre le chemin de halage et l'eau que des osiers coupés rez de terre, qui sont taillés tous les ans pour des liens de cercle, pour des paniers ou pour tout aulre usage analogue. Encore risque-t-on de nuire à cette navigation quand le bief du canal est très-étroit, et de voir ces plantations dépérir si le halage a lieu fréquemment.

Si l'on n'est pas gêné par cette considération, je conseille de placer un rang d'osier au rez de l'eau, puis un second rang à un pied au-dessus, mais alternant avec celui d'audessous, de manière que la plante supérieure se trouve entre deux inférieures. Si l'on a un espace suffisant, on plantera au haut des talus un rang de saule, dé peuplier, d'aune, ou de frêne, selon qu'on le jugera convenable et selon l'emploi qu'on en prévoira. On pourra ensuite complanter les francs-bords, par-delà des banquettes, avec les espèces susceptibles d'y croître le mieux. Je n'entrerai pas à cet égard dans des développemens plus étendus, on les trouvera dans d'autres parties de cet ouvrage. Seulement je ferai observer que, pour épargner la bourse desdessiccateurs,qui ont déjà tant de dépenses à supporter, on peut se borner à planter des pourrettes d'ormes et autres arbres analogues, au lieu de sujets tirés des pépinières , en supposant toutefois qu'il soit facile de les garantir de la dent du bétail. Un homme plantera, dans une terre meuble comme Test celle des francs-bords d'un canal nouvellement creusé , jusqu'à cinq cents pourrettes par jour, et si les dessiccateurs ont semé eux-mêmes ces pourrettes , elles ne reviendront pas à plus de 2 ou 3 fr. le mille, de sorte qu'on peut à très-bon marché garnir ses canaux d'une multitude d'arbres. Je conseillerais de les mettre d'abord très épais; on les éclaircit ensuite facilement et avec bénéfice .en vendant les plants qu'on a de trop.

Avant de terminer ce paragraphe, je recommanderai la culture du chêne en têtard comme dans la Belgique. Il fournit un bois de chauffage de fort bonne qualité.

Je dois observer que, dans tout ce qui précède, j'ai supposé que le terrain n'était pas salé et l'eau non plus. Dans le cas contraire, il faudrait substituer à' la plantation des arbres ci-dessus, celle des tamarix; aux gazonnemens en graminées, l'ensemencement et la transplantation des plantes alcalines, telles que le Chenopodium fruticosum, Y A triplex portalocoides, etc.; aux cypéracés enfin, les plantations du Juncus acutus, le seul qui résiste bien, sinon à l'eau salée, du moins à l'eau saumâtre.

Il est entendu aussi qu'on choisira entre les diverses variétés d'osier et de tamarix celles qui réussissent le mieux et ont un meilleur débit. Parmi les osiers il y en a de plus propres aux cours d'eau rapides, d'autres aux cours paisibles, d'autres aux marais, d'autres aux lais de mer; il y en a qui sont préférés pour les corbeilles, d'autres pour la tonnel' lerie, d'autres pour le fagotage. Parmi les

AGRICULTURE : OPERATIONS AGRICOLES

Tamarix, Y af ricana est préférable dans les climats chauds, le gallica dans les climats tempérés, et le germanica dans les climats froids.

Je n'ai rien dit non plus de la culture du roseau à quenouille (Arundo donax), qui réussit très-bien dans les sables, sert à les fixer, et peut être utilement employé à faire des paniers très-solides, des canisses à vers à soie, des castellets de pêcheurs, etc.

Sur les bords du canal de Beaucaire on a planté, il y a peu d'années, des mûriers qui ont très-bien réussi. On y sème de la luzerne. On eût pu y cultiver avec profit les espèces de vigne qui sont propres à produire le vin de chaudière, ou introduire toute autre culture appropriée au sol.

On sent, par tout ce qui précède, qu'il faudrait des circonstances bien défavorables pour que les frais d'entretien des digues et «des canaux ne fussent pas couverts par une bonne administration de leurs produits. La plupart du temps, si l'on sait en tirer parti, ils donneront un excédant imputable sur l'intérêt de l'argent qu'on y aura dépensé.

§ II. — Emploi du sol après le dessèchement. Observation préliminaire.

L'usage qu'on fera du terrain desséché dépendra, comme dans toutes les autres exploitations, du climat, du sol, des ouvriers qu'on pourra employer, des débouchés, etc. Nous n'entrerons dans aucun détail à cet égard, afin d'éviter des répétitions; nous ne parlerons que des opérations spéciales et des modifications aux règles générales qu'exige ou que comporte l'état particulier de ces terrains.

Pour mettre de l'ordre dans nosidées, nous diviserons les sols desséchés en trois classes: 1° sols endigués contre les torrens, rivières ou fleuves; 2° sols goutteux, étangs et ma. rais d'eau douce', 3° lais et relais de la mer. Dans chacune de ces classes nous considérerons : 1° les terrains complètement desséchés; 2° ceux qui ne le sont qu'imparfaitement; 3° enfin, ceux qui sont tout-à-fait abandonnés aux eaux.

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