‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 33 sur 467 · DU COTONNIER , SES ESPECES ET VARIETES, ET SA CULTURE · texte numérisé non relu

DU COTONNIER , SES ESPECES ET VARIETES, ET SA CULTURE

tre une muraille : elle est supportée par 4 pieds et garnie d’une table, sur laquelle l’ouvrier dispose le colon vis-à-vis les cylindres auxquels il le présente. À mesure qu'il est entrainé, les graines tombent par l'ouverture pratiquée à l'extrémité et le long de la table, et le coton, s’échappant du côté opposé, va se rendre dans une caisse placée au-dessous.

On le nettoie ensuite des ordures qui peuvent s’y trouver, et on l’emballe pour le livrer au commerce,

$ VI. — Usages du coton.

Il n’est point de plante textile dont la culture soit plus généralement répandue dans les deux continens. La finesse excessive à laquelle le coton peut être réduit, fait qu'on peut le combiner avantageusement avec la laine, la soie, le lin et le chanvre. Le coton a, sous certains rapports, de la supériorité sur ces deux dernières matières, il exige moins de préparations pour être converti en vêtemens, 11 reçoit plus facilement la teinture, et il est plus recherché pour la salubrité de l’homme. Les étoffes de coton sont durables, chaudes, légères, et d’un prix modéré. Avec le coton on fait des tissus de la plus grande utilité, et variés presque à l'infini. Le linge de table damassé, qu’on fabrique en France avec le coton, égale en finesse et en beauté le plus beau linge de table en lin qu'on fait en Saxe.

La mousseline de coton est regardée comme la plus légère, la plus souple, la plus moelleuse et la plus déliée de toutes les étoffes: le fil de coton se trouve employé dans la couture et la broderie. Avec le coton on fait du papier d'une blancheur extraordipaire. Aux Grandes-Indes, en Perse, on fait les matelas, les coussins, les sofas et presque tous les meubles domestiques en coton.

En Chine, on en confectionne des tapis magnifiques, dont on fait un commerce considérable. En France, le bazin, le piqué, le nankin, la futaine, les velours, les couvertures de lit, la bonneterie, les bas, le linge de corps, les garnitures des meubles en coton, etc., forment une des branches les plus importantes de l’industrie nationale.

Indépendamment de toutes ces qualités, le cotonnier possède encore des propriétés médicinales. Le duvet du coton, appliqué promptement sur les brûlures, en est un remède très-efficace. La semence du coton étant très-mucilagineuse et huileuse, est un remède très-adoucissant dans les toux opiniàtres, et, comme elle est très-rafraichissante, on la donne en tisane dans les fièvres inflammatoires. Cette graine est aussi trèsnourrissante, et sert pour engraisser la volaille et les animaux domestiques.

Nous bornerons ici les instructions que nous avons pensé devoir donner aux riches propriétaires des départemens du midi. 11 serait possible que, dans les premiers essais, ils rencontrassent des difficultés provenant du défaut de germination de certaines graines, du mauvais choix des variétés, de l'intempérie dela saison, d'une culture peu convenable, etc. Dans ce cas, nous supplions les

. ÇGultivaleurs de ne pas se décourager, de ne

80 CULTURES INDUSTRIELLES : PLANTES TEXTILES ET FILAMENTEUSES. :Lrv.ut.

pas être étonnés si, dès l’abord, ils ne réussissent pas, d'en bien examiner les causes, de recommencer en prenant plus de précautions, et de n’abandonner une entreprise conçue dans les vues de l'intérêt public, que quandilleur sera clairement démontrequ’elle ne peut procurer les avantages qu'ils s’en promettaient.

L'abbé BERLÈSE.

SECTION 1v. — De diverses autres plantes textiles.

$ I. — Du phormium.

Paormium, Lin de la Nouvelle-Zélande (Phormium tenax, Forsr; en anglais, /ris-lea-

ved flax lily; en allemand, Neu Hollændischer.

Jlachs; en italien, Lino della Zeelande)(fig.1T).

Voici la plante textile par excellence, celle dont les fibres tirées de ses feuilles sont les plus fortes et les plus élastiques; les expériences faites à ce sujet par LABILLARDIÈRE les placent entre le chanvre et la soie, et elles pourraient remplacer avantageusement toutes les filasses avec lesquelles on fabrique les cordes, les câbles, et les toiles dont nous faisons nos vêtemens.

En 1791, Labillardière partit comme botaniste, dans l'expédition de d’'Entrecasteaux, à la recherche de l’infortuné Lapeyrouse, et revint en France vers 1798, avec plusieurs plantes de phormium; mais, en arrivant sur nos côtes, les hasards de la guerre maritime lui enlevèrent ses collections, qui lui furent cependant rendues par l'intervention du célèbre Banks, excepté les plantes de phormium. Peu de temps après, AITON, directeur du jardin de Kew, en adressa un pied à THouix, de respectable mémoire, au Jardin des Plantes de Paris. C’est de ce pied, multiplié par drageons, que pro-

viennent tous ceux répandus aujourd’hui sur divers points de la France, où Thouin s’est empressé d’en envoyer, d’après les relations des voyageurs sur l'immense utilité de cette plante. L'expérience a démontré que, plantée en pleine terre, sous le climat de Paris, elle n’y végète que médiocrement, et qu’elle y est endommagée ou tuée par nos hivers rigoureux; mais qu'elle végète vigoureusement et ne souffre pas des hivers dans nos départemens les plus méridionaux. C’est donc dans ces départemens que sa culture et sa multiplication doivent être encouragées. On en a obtenu des fleurs pour la premiére fois en 1816, dans le midi de la France, chez Fauyas Saixr-Fon», et depuis à Cherbourg. Mais, jusqu’à présent , les fruits n’ont pas müri, de sorte que c’est toujours par la division des vieux pieds que l’on multiplie cetle plante précieuse dont je vais donner une légère description.

Le phormium, ou lin de la Nouvelle-Zélande, appartient à la famille des litiacées. De sa racine noueuse, charnue, divisée inférieurement en fibrilles, s'élèvent de 10 à 20 feuilles engainantes à la base par les côtes, distiques, lancéolées, longues d’environ 4 pieds, larges de 3 pouces, d’un vert gai, sèches, assez minces, coriaces, et d’une telle force qu’il est impossible de les rompre en travers. A ce premier appareil de feuilles s’en ajoutent bientôt d’autres semblables à l’entour, qui partent du collet de la plante et forment, avec le temps, une grosse touffe d'un aspecl aussi étrange qu'agréable. La floraison consiste en une lige ou hampe qui sort du centre des feuilles, haute de 7 ou 8 pieds, divisée en panicule dans la partie supérieure, et portant un grand nombre de fleurs jaunes assez grandes.

En rendant compte de cette floraison, Fausas SAINT-FoxD a fait connaître les expériences qu'il avait tentées pour extraire Les fibyes des feuilles et les convertir en filasse ; mais il avoue que le rouissage et les procédés usités pour le chanvre ne lui ont pas réussi ; les moyens employés par d’autres personnes n'ont pas eu plus de succès. On en a bien fait des cordes d’excellente qualité, mais où n’a pu donner à la filasse la pureté, la division ni le blanc soyeux dont elle est susceptible. C’est probablement à la chimie qu’est réservé l'honneur de préparer le phormium de manière à l’obienir pur et à le débarrasser des tissus et du gluten qui en cache la finesse et-:la blancheur. Les chimistes devraient d’autaut plus s'empresser de mettre la main à l’œuvre, qu’il est bien certain que le phormium contient une plus belle et plus précieuse filasse que toutes les plantes connues.

$ II. — De l’Agave.

AGAVE d'Amérique ( {gave Americana, Lin.; en allemand, 4mericanische aloe) ( fig. 18 et 19). J’ai cru devoir figurer A ( fg. 18) l'agave tel qu’il se présente en Amérique, et B! fig. 19) tel qu’on le trouve dans le midi de la France, aux environs de Toulon, où il s’est acclimaté et se reproduit spontanément sans culture, afin qu’on puisse juger de la

cHAP. 2°.

Fig. 18.

différence qui me semble assez grande pour constituer détx espèces. En effet, l’agave, en Amérique, produit une tige qui ne s’élève pas àplus de 10 à 12 pieds ; à Toulon, la tige ou hampe de l’agave s'élève à la hauteur de 20 à 24 pieds. En Amérique, les rameaux de la panicule sont simples, se courbent avec grâce en girandoles, et leur ensemble forme un lustre de la plus grande élégance; les fleurs sont toutes réunies en ombelle au sommet des rameaux, et les étamines sont plus courtes que ie style. À Toulon, les rameaux de la pauicule sont rameux ou plusieurs fois divisés, à divisions toutes tournées du côté supérieur, et leurs fleurs, également jaunâtres, ont les étamines plus longues que le style. Je laisse aux bolanistes à apprécier ces différences.

Les feuilles ne m'en ont offert aucune.

L'agave est une plante qui ne fleurit qu’une lois, à l'âge de 30 ou 40 ans, et qui meurt naturellement après sa floraison, à moins que, par quelque circonstance, elle n’ait produit au pied un ou plusieurs œilletons, où qu'on ail coupé sa hampe au moment de son premier développement pour forcer les bourgeons axillaires à se développer. Ses feuilles nombreuses, étendues en rosette près de la terre, sont glauques, épaisses, raides, succulentes, meurtrières par l’épine acérée qui les termine et par celles dont elles sont bordées. . M.le baron ne HumBozpr a fait connaître que les Mexicainstirent de cette plante, en lui coupant la hampe, une quantilé considérable de liqueur qui devient vineuse et que l’on boit dans le pays sous le nom de pulque. Sans doute les agaves qui fleurissent en France en donveraient aussi, si on en coupait la | hampe au milieu de sa croissance, si rapide | que l’œil peut en suivre les progrès; mais on n’en à pas encore fait l'expérience, non plus que l'analyse de la liqueur miellée que distille abondamment l'intérieur de ses fleurs.

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