DES MEULES ET GERBIERS
la position dans laquelle il a jusqu’alors travaillé, et place une gerbe toute droite au centre en l'entourant de gerbes disposées de la même manière, mais en ayant soin d’incliner leurs têtes en dedans, et de les appuyér sur la gerbe centrale. Le sommet de ces gerbes droites est consolidé avec deux ou trois liens de paille qu'on attache quelquefois à différens côtés de la meule, de manière à empêcher son sommet d’être renversé.
La meule a maintenant la forme d’un cylindre avec un sommet conique; ordinairement, à mesure que la meule s'élève, on en augmente le diamètre, afin d'éviter que les eaux de la pluie puissent en atteindre les diverses parties. Toutefois, il ne faut pas pousser trop loin cette déviation de la perpendiculaire, parce qu’elle diminuerait la solidité de la meule ou pourrait la faire pencher d’un seul côté; accident qui n’arrive que trop souvent lorsqu'on ne prend pas les précautions que nous venons d'indiquer, et qui nécessite, lorsqu'il se manifeste, l’apposition détais. Ces étais sont des morceaux de bois plus ou moins forts et longs, qui doivent du bas être solidement fixés en terre, et par le haut s'arrêter contre une planche qui s’appuie sur la meule.
Il s’agit maintenant de couvrir la meule, et pour cela il convient de disposer avec promptitude une certaine quantité de paille. On en forme des bottes qu’on retire des deux bouts par poignées. La paille courte, qu'on sépare dans cette opération, est mise de côté pour d’autres usages, comme de garnir le bas de la meule, et en partie aussi pour entrer dans la composition de la couverture en chaume.
Les cordes de paille peuvent être faites avec promptitude au moyen de l'instrument bien simple (.£g. 451) qui consiste eu un bâton de 2 à 3 p.delon- N gueur, plié en arc à Fig 151.
l’une de ses extrémités, et portant à l’autre un anneau au travers duquel on passe une corde de paille, que l’ouvrier lie autour dé sa ceinture. La paille à tordre est fixée dans un cran au bout de l’arc, et fournie par une personne au fur et à mesure, d’un tas voisin, L'autre ouvrier, qui peut être un enfant, cet ouvrage ne demandant pas beaucoup de forces, marche à reculons, tournant son arc jus:
u’à ce que la corde soit de la longueur dé:
sirée. Les cordes ainsi fabriquées sont roulées sur le bras et conservées pour l'usage.
L'ouvrier qui couvre les meules s’y tient debout. Des bottes de paille lui étant données au bout d’une grande perche, il les étend par poignées tout autour de la meule” en formant des couches successives jusqu’à ce qu’il aiteigne le sommet, faisant en sorte que chaque couche recouvre tou- Jours un peu la couche qui lui est inférieure, et il prend soin, en travaillant, de ne pas fouler la paille déjà étendue. Lorsqu'il atteint les gerbes droites du sommet, il forme la couverture avec une couche épaisse, qui peut consister en paille courte, qu'il fait aboutir en un point au sommet, et qu'il lie avec une petile corde de paille. La paille est ensuite attachée du bas au moyen des cordes
décrites. Le couyreur se tient debout sur une échelle élevée, afin qu’il puisse atteindre au sommet, pendant que deux aides restent à terre ou sur de courtes échelles. Il place les cordes sur la couverture en les espaçant de 12 ou 15 po.,et leur donne une disposition oblique sur la couverture à laquelle il les fixe, ou bien il les tourne autour d’une autre corde placée dans le bas et autour du toit, comme on le voit ( #g. 452).
Fig. 452.
Dans lesenvirons de Paris, la confection des meules est plussimple,et on les fait aussi beaucoup plus grandes. On commence par COMposer Ja base de fagots recouverts de mauvaise paille; puis on place au centre des gerbes en croix, les épis superposés; on fait ensuite, à l’entour, de doublesrangs degerbes placées têtes-bèches les unes sur les autres, et l'on continue ainsi par couches, en ayant soin de bien serrer les gerbes les unes contre les autres, et de les entasser contre les rangs voisins à l’aide du genou ; arrivé au faite de la meule, on place plusieurs gerbes debout, et l’on achève le comble par des bottes de paille. —Dans la confection de ces grandes meules, lorsqu'on est parvenu à une élévation où le déchargement serait difficile, le tasseur réserve une place pour le chargeur en supprimant quelques gerbes, et le déchargement a lieu sur un échafaud en planches reposant sur deux morceaux de bois fichés dans la meule. Ce vide est ensuite comblé au moyen de gerbes placées debout. — Quant à la couverture, elle s'exécute avec des poignées de paille liées par le bout des épis et maintepues sur la meule au moyen de fiches en bois, en commençant par le bas du toit et ayant soin de recouvrir les rangées inférieures avec les supérieures.