‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 59 sur 357 · C. B. de M · texte numérisé non relu

C. B. de M

AMENDEMIENS. LIV. 1%.

$ 11.—Importance de l’usage des amendemens.

La question des amendemens est d’un grand intérêt dans l’agriculture; ce moyen d'améliorer le sol est trop peu connu et surtout trop peu pratiqué dans une grande partie de la France, et cependant c’est une condition absolument nécessaire à la prospérité agricole d’un pays:le départ. du Nord, la Belgique, l’Angleterre leur doivent en grande partie leur prospérité; le départ. du Nord dépense tous les ans, sur deux tiers de son sol, en chaux, marne, cendres de mer, cendres pyriteuses, cendres de tourbe et de houille, 1,000,000 de fr. (1), etc. C’est prineipalement à ces agens d'amélioration que parait due cette suite non interrompue de fécondité qui étonne tous ceux qui ne voient pas tous les jours leurs produits.

Dans le moment où nous sommes, sur tous les points de la France, l’agriculture, à l'exemple des autres arts industriels, est en travail d'amélioration; de toutes parts, surtout, en essaie ou on veut essayer la chaux, la marne, les cendres, le noir animal. C’est le point particulièrement en progrès, celui qu'il faut surtout éclairer ; c’est cette pensée qui a présidé à la rédaction de cet article.

Depuis près de 30 ans l’auteur s’est livré par goût à l’agriculture; mais les amendemens calcaires ont été pour lui un sujet spécial d’études, dans la pratique de beaucoup de pays, dans le sien propre, dans ses essais personnels, et dans ce qu’en ont écrit les étrangers et les nationaux.

$ IL. — Résultats de l'emploi des amendemens sur le sol français.

Les trois quarts de l'étendue du territoire francais ont besoin, pour être fécondés, des agens calcaires; si le tiers de cette étendue en reçoit déjà, ce que nous croyons au-dessus du vrai, sur les deux autres tiers qui font moitié du tout, les produits agricoles, par cette opération, croitront de moitié en sus ou d’un quart au iotal. Mais par ce même moyen, en s’aidant encore de l’écobuage, la plus grande partie des sept millions d’hectares en friche et sans produit donnerait au moins un sixième du produit total actuel; le produit brut du sol français, accru de plus d'un tiers en sus, pourrait done occuper et nourrir une population aussi d’un tiers en sus de la population actuelle; et cette révolution, due successivement au travail du sol, à des améliorations annuelles, qui se fefait avec les accroissemens progressifs des récoltes, serait insensible. L'Etat croitrait en force, en vigueur, en richesse, en population active, morale, et qui serait devouée à la paix et au pays, parce qu'elle prendrait sa part de ce sol nouveau et amélioré.

Sur notre étendue de 54 millions d'hectares, notre population, accrue et portée à 44 millions, où chaque individu a un hectare et quart , serait moins pressée que les 24 millions d’habitans du sol anglais qui n’ont pas un hectare par tête; et cependant notre sol est au moins aussi bon et il est plus favorisé

(1) Statistique du département du Nord,

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du ciimat; et puis nos voisins consomment au moins un quart où un cinquième de viande dans leur nourrilure, tandis que notre populationn’en consomme pas un quinzième. Or, comme il faut douze à quinze fois

lus d’étendue pour produire la viande que e pain, ils’epsuit qu'il faut, pour nourrir un Anglais, presque une fois plus d’étendue que pour nourrir un Français: d’où il résulte qu'avec l'accroissement d’un tiers en sus, notre population serait encore une fois plus au large pour sa nourriture que la population anglaise.

Mais cette prospérité du pays, sans doute encore bien éloignée de nous, vers laquelle cependant nous marchons chaque jour, serait encore bien moëndre que dans le département du Nord, où un hectare nourrit presque deux habitans; et cependant ils ont encore plus du sixième de leur sol en bois, marais et terres non productives; ils ont en outre un autre sixième de leur meilleur sol en récoltes de commerce qui consomment une grande partie de leurs engrais, et qui s’exportent presque en entier. Ce résultat prodigieux est saus doute dû en partie à une étendue de bon sol plus grande là qu'ailleurs; mais il est dû surtout, aussi bien qu’en Angleterre, à l'emploi régulier des amendemens.

Après ce grand résultat sur la production, celui sur la salubrité, quoique s'appliquant à de moindres étendues, serail encore trèsprécieux ; sur un sixième au moins de notre sol, la population est maladive, sujette à des fièvres intermittentes souvent funestes, et les morts dépassent les naissances. Eh bien!

sur ce sol sans marais les agens calcaires détermineraient une progression de population croissante, celle qui règne dans nos pays sains, et comme le travail s’offrirait de tous côtés, ces pays assainis seraient bientôt ceux où la population serait la plus heureuse, la plus riche, et croitrait le plus rapidement.

SECTION 11. — Des amendemens calcaires.

Les principales substances que nous comprenons sous le nom d’amendemens calcaires sont la chaux, la marne, les plâtras et débris de démolition, le falun ou substances coquillères.

ARTICLE 1°. — Du chaulage ou de l'emploi de la chaux comme amendement.

$ 1°. — Des terres auxquelles la chaux convient.

Nous avons vu qu’au milieu de l’immense variélé des substances et des combinaisons diverses qui composent les premières couches terreuses du globe, trois substances, la silice , l’alumine et la chaux, forment à peuprès exclusivement la surface du sol. Nous avons vu également quels sont les qualités et les défauts des terres où domine l’un ou l’autre de ces principes. Les amendemens bien appropriés portent aveceux sur les sols les qualités qu’ils n’ont pas, et c’est notamment le principe calcaire et ses diverses combinaisons qu’on emploie à cet effet. Il suffit de les y répandre en petite proportion:

MOYENS D'EMPLOYER LA CHAUX SUR LE SOI. Gt

une quantité de chaux qui ne dépasse pas un millième de la couche labourable, une méme proportion de cendres lessivées, un deuxcentième de marne, suffisent pour modifier la nature, changer les produits, accroitre de moitié les récoltes dans le sol qui ne contient pas le principe calcaire.

La chaux convient aux sols qui ne contiennent pas déjà en excès les combinaisons calcaires. Tout sol composé de débris granitiques, de schistes, presque tous les sols sabloargileux, ceux humides et froids de ces immenses plateaux argilo-siliceux qui lient entreeules bassins des grandes rivières: le terrain sur lequel la fougère, le petit ajonc, la bruyère, les petits carex blancs, le lichen blanchätre viennent spontanément; presque tous les sols infestés d'avoine à chapelet, de chiendent, d'agrostis, d'oseille rouge, de petite matricaire; celui où l'on ne recueille que du seigle, des pommes-de-terre et du blé noir; où l’esparcette et la plupart des végétaux de commerce ne peuvent réussir; où cependant les bois de toute espèce, et surtout les essences résineuses, le pin sylvestre. le pin maritime, le mélèze, le pin Weimouth et les châtaigniers réussissent mieux que dans les meilleures terres; tous ces sols ne contiennent pas le principe calcaire, et tousles amendemens où il se rencontre leur donneront les qualités et y feront naître les produits des sols calcaires.

Mais là, plus encore qu'ailleurs, il faut se garder de trop de hâte; les chaulages, sur une grande échelle, ne doivent se faire qu'après avoir réussi dans des essais en petit, sur plusieurs points de l'exploitation.

Etendue du sol auquel la chaux convient — Une grande partie du sol français ne contient pas le principe calcaire : les pays primitifs, les montagnes dont la roche n'est pas calcaire, une foule de ceux dont le sous-sol renferme des formations calcaires, la grande et dernière alluvion qui a couvert la surface et qui la compose encore partout où les eaux en se retirant ne l'ont pas entrainée; toule cette étendue, qui compose au moinslestrois quarts du sol français, demande, pour être fécondée, des amendemens calcaires. En admettant qu'un tiers de ce sol recoive déjà de la chaux, de la marne, des cendres de bois, de tourbe, du noir d’os, des os pilés, il resterait encore la moitié du sol français à féconder, tâche immense sans doute, mais dont lerésultat serait bien plus prodigieux encore, puisqu'on verrait croître de moitié en sus tous les produits de cette grande étendue.

$ II.— Des divers moyens d'employer la chaux sur le sol.

Trois procédés principaux sont en usage pour répandre la chaux. Le premier et le plus simple, celui qu’on emploie dans la plupart des lieux où la chaux est à bon marché, la cul- Lure peu avancée, la main-d'œuvre chère, consiste à mettre la chaux immédiatement sur le sol par pelits tas, distans entre eux de : 20 pieds (6 m. 30) en moyenne (/g.45), et contenant, suivant les doses du chaulage, depuis un demi-pied (18 déc.) jusqu’à un pied ( 36 déc.) cube. Lorsque la chaux, par suite de son

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