II. Chaulages flamands
L'usage des amendemens calcaires dans le département du Nord comme dans la Belgique, parait aussi ancien que leur bonne agriculture ; il est beaucoup moins fréquent en Belgique. Des chaulages anciens et successifs ont, à ce qu'il semble, fourni à de grandes parties de ce sol ce qui lui en est pour le moment nécessaire ; mais le départ. du Nord recoit encore de la chaux, de la marne ou des cendres partout à peu près où la chaux n’entre pas comme composant du sol. On distingue dans le pays le chaulage foncieret le chaulage d’assolement; le premier consiste à donner au sol, tous les dix à douze ans, avant la semaille d'automne, 4 mètres cubes ou 40 hectolitres de chaux par hectare; on mêle le plus souvent à la chaux en poudre des cendres de houille et de tourbe qui entrent dans le mélange dans la proportion d'un tiers à moitié.
Le chaulage à tous lesrenouvellemens d’assolement ou sur les grains de mars, se donne en compost; il est d'usage régulier dans ce pays, plus encore qu’en Belgique, sur les prairies cu pâtures froides qui ne recoivent pas des eaux d'irrigation; 1] en réchauffe le fonds, accroît et améliore les produits ; plus le compost est ancien, plus grand est l’effel: il se prolonge pendant 15 ou 20 ans, au bout desquels on recommence.
Les chaulages de Normandie, les plus anciens de France, se sont soutenus dans les environs de Bayeux, pendant qu'ailleurs on les défendait dans les baux. Cependant maintenant ils gagnent toute la surface qui en a besoin; mais au lieu d’être employée immédiatement sur le sol, comme dans les anciens chaulages, la chaux est presque toujours mise en composl.
HI. Chaulages de la Sarthe.
De tous les procédés, ceux de la Sarthe semblent à préférer; ils sont à la fois économiques, productifs et garantissent le sol de tout épuisement. Ils ont lieu tous les trois ans, a chaque reprise d’assolement, à la quantité moyenne de 10 hectolitres par hectare, en compost fait à l'avance avec 7 à 8 voluines de terreau où de bonne terre contre uu de chaux. On emploie le compost sur le sol pour la semaille d'automne, en rangs alternatifs avec le fumier. Ce procédé, dont le succès s'accroît de jour en jour, se répand sur les bords de la Loire et semblerait devoir être adopté partout où le sol s'égoutte facilement.
Nous croyons devoir insister sur la convenance et les avantages éminens de l'emploi
simultané de la chaux et des engrais. Ici on fait mieux encore, en employant simultanément le compost de chaux terreauté et le fumier; aussi, depuis un demi-siècle que les Manceaux ont commencé leur chaulage, la fécondité du sol n’a pas cessé de s’accroitre.
Les pays dont nous avons parlé sont ceux de France où le chaulage est le plus étendu; cependant plus de la moitié des départemens en a, Je pense, commencé l'usage, et dans un quart il est tout-à-fait établi. Sans doute les premiers essais ne réussissent pas partout; il faut une réunion de conditions rares pour que des essais, même couronnés de succès, soient imités par les masses; cependant les succès se multiplient et deviennent des centres d’impulsion qui propageront l'amélioration.