LIV. v
Deux modes d'opération s'offrent à l’estimateur chargé d'évaluer les futaies; le premier consiste à cuber les arbres, les uns après les autres, d'après leurs dimensions individuelles, et à annoter leur solidité respective, æ mesure que ces arbres passent sous les regards de celui qui en mesure les dimensions. Cette marche a sans doute l’avantage d’une sévère exactitude, mais elle a aussi le défaut de la lenteur et d’une trop grande multiplicité de détails; elle n’est guère praticable que dans une opération de peu d’étendue. L’estimation doit-elle embrasser des centaines, et quelquefois des milliers d'arbres? On a recours alors à l’expédient suivant :
On divise les futaies en catégories ou classes, d'après la grosseur des tiges. La 1° classe se compose des arbres de 2 pieds de tour, la 2°, des arbres de 2 pieds 1/2, la 3°, des arbres de 3 pieds, et ainsi de suite, en s’élevant de 6 pouces dl ss plus gros arbres. Une pareille distribution a lieu dans chaque essence. Ensuite, au moyen d’observations répétées sur un assez grand nombre de tiges, on détermine la hauteur moyenne des arbres de chaque classe. Mais comment devra-t-on classer les arbres à grosseurs intermédiaires? à quelle catégorie appartiendra, par exemple, l'arbre qui aura plus de 3 pieds et moins de 3 pieds 1/2? Voici, sur ce point, une règle qui a la sanction de la pratique.
On range dans la classe immédiatement supérieure, les futaies auxquelles il ne manque que 2 pouces pour appartenir à cette classe, et réciproquement, on rejette dans la classe inférieure celles qui n’offrent qu'un cxcédant de 2 pouces. Les arbres qui ont 3 pouces au-dessus ou au-dessous du pourtour d’une classe, sont portés, les uns dans la classe inférieure, et les autres dans la classe supérieure. Ainsi l’arbre de 3 pieds 1 ou 2 pouces de tour sera placé au rang des 3 pieds ; un arbre de 3 pieds 3 pouces sera classé parmi les 3 pieds; mais un second arbre de cette grosseur sera porté parmi les 4 pieds. Enfin les fractions de 4 et 5 pouces en plus ou en moins se confondront avec la grosseur la plus voisine.
En procédant d’après ce système de compensation, on opérera avec une très grande célérité, et on obtiendra des résultats aussi exacts que si l’on s’appliquait à cuber et à évaluer chaque arbre isolément.
Passons à l'évaluation des baliveaux; ces arbres ne sont propres actuellement à aucun service de charpente, et ne prennent point rang parmi les futaies ; on les énumère cependant comme les futaies, mais sans mesurer leur circonférence qui rarement atteint la limité de 2 pieds; ensuite, on les estime d’après les principes que nous allons exposer. Les baliveaux de 2 pieds de tour ou plus, sont assimilés aux futales et classés d’après leur grosseur.
Si l’on ne considérait dans le baliveau que la matière combustible, on n’attacherait à cette classe d'arbres qu’une valeur extrêmement faible. Il faut environ 49 baliveaux pour former une corde de charbonnette (de 80 pieds cubes ) dont le prix moyen est de 10 fr. Chaque arbre n'entre dans ce prix que pour
, 25 c. Il semblerait donc que ce baliveau ne
ET
mme
cHAP. 8°, dût être évalué que 25 c.; cependant cette appréciation serait très inférieure au prix réel du baliveau; nous allons le prouver.
Le baliveau est à la futaie proprement dite ce que le jeune recru est au taillis exploitable; c’est un produit qui n’a point atteint son point de maturité et qui n’a par conséquent qu’une valeur d’espérance que nous trouverons à l’aide du petit tableau ci-après.
Tableau pour servir à trouver la valeur actuelle d'un baliveau d’après celle qu'il aura un jour comme sur-taillis.