TOME IV
les produits que nous indiquerons supposent que la terre est dans un bon état de richesse, de propreté et d’ameublissement, que les labours sont faits avec le soin et les instrumens conveuables etqu'’ilen est de même des autres façons ou travaux ; nous ajouterons aussi que dans l’énonciation de la quantité ou du poids des produits, on se bornera au chiffre que l’expérience a démontré qu’on pouvait atteindre dans la pratique journalière des champs et auquel on doit parvenir dans les circonstances ordinaires et avec un bon plan de culture et d'aménagement exécuté avec intelligence.
Voici maintenant l’énoncé des faits d'expérience sur lesquels reposent les principes exposés jusqu'ici et les plans de culture qui servent d'exemple pour l'évaluation du produit de chaque espèce de terre.
1° Un quintal métrique ( 100 kilog.) de fourrages secs moitié foin et moitié paille fournit, quand la moitié de cette dernière est employée en litière, 342 décimètres cubes ou 19 pieds cubes de fumier court, aplati, non pailleux ni consommé, et dans un état propre à être enfoui en terre pour la culture et la végétation active des plantes fourragères feuil-
ées.
2° Un quintal métrique de pommes de terre, consommé par les bestiaux, ne fournit que 34 décimètres cubes (1 pi. cube ) de fumier, mais ce fumier, sous ce volume, restitue à la terre autant de richesse que 56 kilog. de bon foin sec converti en fumier par les animaux. Une récolte de pommes de terre consommée
ar les bestiaux peut donc être évaluée pour a quantité d'engrais qu’elle fournit à la moitié de son poids en bon foin sec.
3° Un trèfle rouge de 1'° année, suffisamment épais, végétlant avec vigueur et fauché lorsqu'il est en fleur, puis rompu, rend à ja terre, par ses chaumes et ses racines, autant de richesses que le tiers du poids de ses tiges -et feuilles consommées comme fourrages par le bétaii et transformées en fumier pourraient lui en restituer.
4 Un quintal métrique de plantes fourragères récoltées en vert sur fumier anciennement enfoui ou consommé, épuise autant le sol que ? kilog. de grains, ou bien 4 quintaux de fourrages verts réduits à 1 quintal par la dessiccation consomment autant de larichesse du sol que 8 kilog. de grains.
5° 34 décimètres cubes (ou 1 pi. cube) de bon fumier d’étable, consommé, obtenu des plantes fourragères et de la paille des céréales dans les proportions ci-dessus (n° 1), en supposant que les façons données à la terre ont été faites convenablement et que le plan de culture et d'aménagement est convenable, restituent à la terre autant de richesse que lui en ont enlevé 1,870 grammes de grain avec leur paille ou, en d’autres termes, 34 décimètres cubes de bon fumier doivent, dans le cours d’un assolement et en 3 récoites de céréales, donner 1 kilog. 870 grammes de grains; par conséquent un quintal métri-
Liv. Vii, que de fourrages et de paille (voy. le n°1) peuvent en donner 18 kilog. 70, ei un mètre cube de fumier environ 54 à 55. C’est ce que certains auteurs nomment la force ou activité du fumier (1).
Go Un quintal métrique de:pommes de terre récoltées sur fumier ancien et consommé, épuisent autant la richesse du sol que 10 kilog. de grain; mais sur fumier frais et non fermenté la récolte de ces 100 kilog. ne coûte pas plus à la terre que 7 kilog. de grain, parce qu’alors ces plantes mettent à profit les principes volatils du fumier qui se perdent dans la fermentation en tas.
7° Le pâturage des plantes fourragères par les bestiaux dans un système de culture alterne, enrichit à fort peu près la terre autant que pourraient le faire ces plantes si on les récoltait et si on les convertissait en foin, puis si elles étaient consommées en cet état par ces animaux et transformées en fumier. Que les animaux en effet restent constamment sur le pâturage ou qu’ils passent la nuit dans les étables, leurs déjections n’en profitent pas moins aux terres de la ferme, et la petite quantité qui peut se perdre dans le dernier cas sur les routes ou autrement est balancée par les urines abondantes qui tournent entièrement au profit de la terre.
8° Dans une terre exempte de défauts, suffisamment riche, convenablement aménagée et où les céréales ont pu prendre tout leur développement, l’expérience prouve que poids de la paille est dans un rapport constant avec celui du grain, le 1e s’élevant ou s’abaissant constamment avec le second. Les blés versés, ceux qui montent en paille, ceux des années peu favorables à la végétation ou des années très chaudes où le grain est abondant et pesant, tandis que la paille reste courte, font naturellement exception et changent ce rapport.
Les expériences de MM. THAER, SCHEER, BLock, Scmazz, KREyssiG ont prouvé qu’en Allemagne, dans les circonstances ordinaires, les céréales d’hiver offraient les rapports suivans comme une moyenne de plusieurs années et sur plusieurs sols.
Un hectolitre de froment du poids de 76 à 80 kilog. donne 167 kilog. de paille.
Un hectolitre de seigle du poids de 70 à 72 kilog. donne 175 kilog. de paille.
Un hectolitre d'orge du poids de 60 à 65 kilog. donne 83 kilog. de paille.
Un hectolitre d'avoine du poids de 44 à 50 kilog. donne 47 kilog. de paille. k
On a aussi trouvé que 1 hectolitre de seigle de printemps du poids de 70 kilog. donne 167 kilog. de paille.
Un hectolitre de pois du poids de 85 à 87 kilog. donne 228 kilog. de paille.
Lorsque nous nous occuperons par la suite du choix d’un système d’exploitation pour un établissement rural, nous reviendrons nécessairement sur les plans de cuiture proposés ici pour chaque classe de terre; c'est alors
(1) Ce résultat, obtenu par la comparaison d’un grand nombre d'expériences et d'observations dues à MM. Thaer, Block et Kreyssig, dans différens systèmes de culture , paraît une moyenne propre à la partie centrale et septentrionale de l'Allemagne. Il serait à désirer qu’on entreprit en France des essais du même genre , ou qu’on rapprochät les observations faites dans diverses localités , afin de connaître l'influence que le climat exerce sur le rapport de la quantité en poids du fumier à celle du grain produit,
cHar. 2°.
aussi que nous discuterons les avantages qui doivent résulter pour chacune d’elles de ladoption de tel ou tel mode, et que nous ferons conpaître les modifications qu’apportent dans un plan de culture les engrais qu’on peut se procurer au dehors et les pâturages.
4° Tableau estimatif du produit des différentes classes de terre âans un système de culture raisonné, économique et adapté à leur nature.
Dans un système de culture alterne, il y a 2 modes différens d'employer les plantes servant à la nourriture du bétail et qui entrent daus l’assolement. Dans le premier, le bétail consomme ces fourrages à l’étable où il reste constamment et où on les lui apporte, soit en vert, soit à l’état sec; dans le second, les animaux sont conduits à certaines époques de l’année sur les soles fourragères où ils consomment sur place une partie des récoltes.
Le premier mode, ou la stabulation permanente, est celui auquel on donne aujourd'hui la préférence comme s’alliant le mieux à un bon système d'économie rurale ; maisle pdturage étant non-seulement très usité, mais offrant souvent sur le premier des avantages qu’on doit aux circonstances locales, il était utile de faire connaître le produit des terres classées pos suivant qu’on adopte l’un ou ’autre mode de consommation des fourrages, parce que la rotation éprouve des changemens et que les rapports des soles à fourrages à celles à grains, de la fumure, etc., ne sont plus les mêmes comme on le verra dans le tableau qui va suivre.
Relativement à ce tableau il est nécessaire d'entrer dans quelques détails qui en faciliteront l'intelligence.
Toutes les terres arables y sont rangées suivant la classification adoptée, et pour chacune d’elles on a indiqué un assolement conforme à sa nature et propre à donner le produit le plus élevé. Dans la première colonne on a désigné les différentes classes de terres; dans la deuxième, où l’on a donné l’assolement adopté pour chacune d’elles dans les 2 systèmes économiques mentionnés plus haut, on trouve : 1° à la suite de la désignation des
lantes qui doivent successivement occuper e sol chaque année, le produit des récoltes par hectare en grain, paille ou fourrage (semence déduite); 2° le nombre des labours qui ont été donnés pour obtenir ces récoltes; 3° la quantité de fumier qu’on a employée.
Le produit des années de pâturage a été évalué comme une récolte fauchée et convertie en foin, ainsi que nous l’avons annoncé ci-dessus. Les pommes de terre ( semence, frais de sarclage et de récolte déduits) ont,
ESTIMATION DES DOMAINES RURAUX. 539
également d’après ce qui a été dit ci-dessus, été évaluées pour moitié de leur poids de fourrages secs, savoir : 5 p. 0/0 en paille et 45 p. 0/0 en foin.
Dans les colonnessuvantes, sous le titre de produit brut, on a donné en hectolitres et quintaux métriques le produit dont la semence a été déduite pour la totalité de la rotation, soit en grain, soit en fourrage, puis le produit moyen pour un an, c’est-à-dire le produit précédent divisé par le nombre des années dont se compose la rotation.
A la suite des produits on a fait connaître par hectare les travaux de culture qui sont nécessaires pour obtenir les récoltes indiquées dans la 2e colonne; ces travaux sont :
1° Le transport des fumiers par chars de 25 pi. cubes, ou 850 décimètres cubes;
2° Les labours et les hersages qui ont été divisés en forts, moyens et légers, ainsi que nous l’expliquerons dans le chapitre III du titre IV quitraitera des travaux;
3° Les travaux de récolte des grains et des fourrages qui se composent de l’ensemencement, de la moisson et de l'emmagasinage de ces récoltes.
Ainsi une terre à froment de fr° classe cultivée d’après l’assolement indiqué au tableau, et avec lastabulation permanente, a donné lieu par hectare pendant le cours de la rotation, et pour obtenir la récolte indiquée au transport de 124 chars de fumiers, à 3 labours forts d’un hectare (ou 1 labour fort de 3 hectares ce qui revient au même), à 8 labours moyens, à 3 hersages forts et 8 moyens, toujours pour 1 hectare, et enfin aux frais nécessaires pour l’ensemencement, la récolte et l’emmagasinage pour 3 hectares ensemencés en grains et 3 autres en plantes fourragères. Dans ce dernier cas les travaux de 2 coupes sur 1 seul hectare sont comptés comme une coupe sur 2 hectares.
Les 6 dernieres colonnes contiennent une comparaison entre le produit en grain de chaque classe de terre, avec la rotation qu’on lui applique et la quantité d’engrais fournis par la consommation des pailles et fourrages produits, en tenant compte de l’enfouissement des racines de trèfle et des années de päturage. Cette partie du tableau ne nous occupera pas pour le moment, mais elle nous fournira dans un autre chapitre les élémens de divers calculs intéressans dans la question importante du choix d’un système d'exploitation.
Nous ajouterons enfin que les nombres que renferment ces 6 dernières colonnes ont été calculés, en supposant que le froment récolté
èse 76. le seigle 70, l’orge 60, la petiteorge 50, et ordinaire 44, l’'avoine nue 30, et les
pois 87 kilog. l’hectolitre.
L ASSOLEMENS ,