‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 42 sur 595 · HÈTRE (lat. Fagus ; angl. Beech; all · texte numérisé non relu

HÈTRE (lat. Fagus ; angl. Beech; all

Mastbuche ou Rothbuche; ital. Faggio). — Le, HèTre des bois ( F.silvestrés, Lin.) ( fig. 47)

est un des plus beaux arbres de nos forêts

Satige, revêtue d’une écorcegrise etunie, présente quelquefois un fût de 60 pieds sans aucuue branche ni nœud. J'en ai vu dans quelques parties de la Normandie et dans les lieux frais et montagneux de la Provence, qui avaient de 80 à 100 pieds d’élévation. Il se couronne d'une cime large et arrondie. En automne, ses feuilles prennent une teinte rouge et jauuâtre qui donne à cet arbre une physionomie particulière et très-pittoresque. Il forme quelquefois à lui seul , ou mêlé avec le chêne, des forêts d’une grande étendue.

Son pivot étant moius long que celui du chêne et ses branches latérales étant trèsnombreuses, il trouve sa nourriture dans les couches supérieures du terrain , que l’auire va chercher à une grande profondeur, de sorte que leur association est très-avantageuse. -

Le bois de cet arbre est sujet à beaucoup de retrait par la dessiccation, et, comme 1l n’est pas d'une grande force et qu'il a peu d’élasticité, on ne l’emploie pas à la construction de la charpente. Nonobstant cela, c’est un des arbres les-plus empioyés aux usages de la vie. On peut en faire des quilles de vaisseaux et tous les ouvrages sous l’eau. Il est propre à la monture des fusils de guerre; il sert à faire des bateaux d’une seule pièce pour les petites rivières et les étangs. Il est préférable à tous les autres pour les rames des bâtimens de mer. Il fournit de bons brancards pour les chaises de poste, des jantes de roues, des affüts de canon. On en construil les planches qui formeul l’encaissement des pilotis. Les ébénistes, les menuisiers l’emploient journellement. Il est excellent pour le chauffage, quoiqu'il brûle un peu vite ; il est même, sous ce rapport, meilleur que le chène. Son fruit, nommé faire, est bon pour engraisser les pores et les dindons;il est très-recherché par les bêtes fauves: mais c'est surtout par l'huile qu'il donne que la culture du hêtre mérite d’étrerépandue.Cette huile est bonne à manger, à faire des fritures, et on la brüle dans les lampes. Elle a la propriété de se conserver pendant plusieurs années el même de s'améliorer, si, après l’avoir clarifiée, on la renferme dans des cruches bien lutées, que l’on enterre dans le sable à la cave. On prétend qu’elle occasione des pesanteurs de tête et d’estomac lorsqu'elle est fraiche. Pour avoir de la bonne huile de faine, il faut ramasser ce fruit à mesure qu'il tombe, le mettre dans une chambre bien aérée, et ne pas l’entasser, de crainte qu'il ne s’échauffe. Lorsqu'il est bien sec, on le dépouille de sa peau et on le broie pour eu exprimer l’huile. Les tourteaux donnés aux vaches,aux cochons, à la volaille, les engraissent promptement.

Le hètre se plaît dans presque tous les terrains, pourvu qu'ils aient un pied et demi à 2 pieds de fond. Il est beaucoup plus beau dans une argile fraiche, mêlée de terre végétale. Les fonds très-humides et marécageux ‘ me lui conviennent pas. Il aime les plaines et le penchant des montagnes exposées au nord; il y parvient à une grande élévation. On multplie le hêtre par le semis des faines en automne, lorsqu'elles tombent d’eiles-mêmes.

Si on ne veut les semer qu'au printemps, il

faut avoir soin deles étendre dansune grange, parce qu’elles s’échauffent promptement, et les remuer au moins une fois par Jour. Quand elles sont bien ressuyées, on en forme des tas d2 2 ou 3 pieds de haut dans un grenier planchéyé, puis on les recouvre de paille de l'épaisseur d’un pied, pour les préserver de la gelée et d’une trop grande dessiccation.

14. HOUX ( lat. Z/ex ; angl. Holly; all. Stechpalme; ital. Agrifolio ).— Le Houx commun (I. aquifolium, Lin.) (fig.48) forme souvent des Fig. 48.

buissons. dans nos haies; mais lorsqu'on le laisse croitre en liberté dans lies terrains qui lui conviennent et dans les clairières des forêts, il s'élève à 25 ou 30 pieds. On en cullive plusieurs variétés, les unes distinctes par la couleur de leurs fruits, les autres par celles de leurs feuilles. Son bozës est dur, solide et pesant ; il prend la couleur noire mieux qu'aucun autre, parce que le grain en est fin et serré. Les ébénistes en font de très-beaux meubles; on en tabrique des manches d’outils, des alluchons, des engrenages de roues, des verges de fléau à battre le blé, et plusieurs ouvrages de tour. Le pied cube sec pése 47 à 48 livres.

Les jeunes branches sont très-souples; on en fait des houssineset des manches de fouet. C’est avec l’écorce de cet arbre qu'on fait la meilleure glu pour prendre les oiseaux.

Les fruits du houx sont purgatifs, on Îles regarde même comme vénéneux pris en grande quatité:les oiseaux néanmoins,surtout les grives, en font leur principale nourriture pendant l'hiver; c’est pourquoi il est à propos de planter des houx dans les remises.

M. Rousseau a découvert que ses feuilles jouissent de propriétés fabrifuges très-marquées qu’elles doivent à un principe amer nommé zZcine. On le multiplie facilement par ses graines ou par les Jeunes pieds qu’on arrache dans les bois. Il est peu délicat sur la nature du terrain, mais il préfère les coteaux et les fentes des rochers ex-

osés au nord et à l'ombre des grands arres. Quand on veut en former des haies, il est plus avantageux de le semer er

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lace; ces haies, conduites avec soin, sont es plus durables qu’on puisse faire, car on en cite qui ont plus de 2 siècles et qui sont encore en bon état.

15. MARRONNIER (lat. Esculus; ang]. Horsechesnut; all. Rossk astanie; ilal.Ippocastano) fg.49.—Le MarRoONNIER d’Inde où l’Hippoca-

stane (E. hippocastanum, Lin.) est un des plus beaux arbres de la nature, lorsqu'il est couvert de ses innombrables panaches de fleurs ; mais on ne lui a encore reconnu aucune proriélé capable de le faire rechercher pour es usages de la vie. Son bois est mou et de peu de valeur : on assure néanmoins qu’étant employé à faire des conduits d’eau souterrains , il dure plus long-temps que ceux de beaucoup d’autres bois plus durs. On en fait des voliges, des planches pour les caisses d'emballage. Ses fruits pelés, desséchés et réduits en farine, servent à faire une assez bonne colle; on assure qu’ils donnent une assez grande quantité de potasse. Le meilleur emploi qu'on puisse en faire, c’est de les donner aux chèvres et aux moutons, qui les mangent sans aucune répugnance. On peut les ramasser en quantilé et les conserver pour le chauffage, ils donnent beaucoup de chaleur. On multiplie cet arbre en semant, au printemps, des marrons qu'on a eu la précaution de conserver dans du sable pendant l'hiver ;1l vient bien dans presque tous les terrains et toutes les situations, mais il préfère une terre un peu humide, mais non marécageuse, car il y périrait.

16. MERISIER ( lat. Prunus; angl. WAite cherry; all. Vogelkirschbaum : ïtal. Visciola, où Ciriegio selvaggio). —Le MeEristEeR (2. avium, Lin.) est uu arbre élevé de 30 à 40 pieds. Sa tige est couverte d’une écorce lisse, blanchätre, avec une teinte rougeâtre; elle est formée de plusieurs couches que l’on peut enlever séparément. Quelques personnes le considèrent comme le 1ype de toutes les variétés de cerises cultivées. Autrefois on en réservait beaucoup dans les coupes des forêts, suivant l'ordonnance de 1669, trop même; dans ces derniers temps, on est tombé dans un excès contraire. Le bois du merisier est ferme, roussâtre, dur et serré. Le pied cube sec pése 54 à 55 livres. Il

est doux, facile à travailler, et prend un beau poli. Il est recherché par les tourneurs, les ébénistes et les menuisiers. En le mettant dans l’eau de chaux pendant 30 à 40 heures, on lui donne une belle couleur rouge brun, qu'il conserve long-temps; on le polit ensuite, el il peut rivaliser avec plusieurs bois exotiques. Le merisier élevé dans les forêts, et ayant acquis ses plus fortes dimensions, est employé comme bois de charpente; il sert à faire des planches, des douves de tonneaux, qui passent pour donner un goût agréable au vin qu’on y renferme; il sert aussi comme bois de chauffage, et produit un charbon estimé. Dans les chantiers de bois, il ne se conserve pas long-temps. Le fruit du merisier est fort estimé; il est céphalique, apéritif et agréable au goût. L'eau distillée des merises noires sert à faire différentes liqueurs.

Cet arbre se rultiplie de graines, ainsi que par la greffe. On préfère le propager de plants, qu'on trouve en abondance dans les forêis. L’utilité de son bois et de ses fruits mérite qu’on le cultive dans nos forêts; il est alors convenable d’en semer les fruits; on aura des arbres toujours plus élevés et plus vigoureux. Il paraît que la variété à fruits rouges est préférable à celle dont les fruits sont noirs, parce que les arbres qui en proviennent sont plus élevés et deviennent plus gros. Dans tous les cas, on sème les fruits après la récolte, et si l’on est forcé de différer le semis, on les conserve pendant l'hiver, en les stralifiant avec du sable. On choisit pour faire les semis une terre légère et bien labourée, et on les recouvre d'un pouce de terre au plus. Les jeunes merisiers lèvent au printemps; il faut avoir soin de les débarrasser des mauvaises herbes. Au bout d’un an, ils sont en état d’être transplantés en pépinière. En janvier et février, on met les plants à 2 pieds de distance, en ayant soin de conserver les pivots, surtout pour ceux qu’on destine aux forêts. La plantation à demeure se fait au bout de 2 ou 3 ans et à 3 ou 4 pieds de distance en tous sens, ou entremélés avec des chênes, des hêtres, etc.; ils n’en viendront alors que mieux. Cet arbre croît bien dans les forêts et à l’ombre des plus grands arbres, mais il est encore plus beau en plein air. Suivant DUnAMEL, il pourrait servir à faire de belles avenues dans les champs comme sur les grandes routes. Cet arbre se plait dans les pays de montagnes, sur les coteaux élevés, dans les terrains calcaires, légers et même sablonneux; il ne craint que les terres trop humides ou argileuses.

17. MICOCOULIER ( lat.Ceftés).— Le MicocouLiEr de Provence(cC. EU. ON 50) estun arbreindigène à la France méridionale et à l’Italie.Sa tige,unie et grisâtre dans la jeunesse de l’arbre, noirâtre et raboteuse lorsqu'il est vieux, s'élève de 40 à 60 pieds. Son bois est compacte, liant, et tellement souple, qu’une branche de 5 à 6 pieds de long, sur un pouce de diamètre, peut former le cercle avant de se rompre; le pied cube pése sec 70 livres. Il presente de grands avautages pour la menuiserie, pour la marqueterie et la fabrication des meubles. Coupé cbliqueiient à ses fibres, il imite assez bien Je bois satiné. À Sauve, département du Gard, sept arpens

cHaAP. 2°.

de terrain, entrecoupés de rochers et plantés de micocouliers, fournissent, tous les ans, près de cinq mille douzaines de fourches, et produisent un revenu d’environ 25,000 fr. par an. Dans le nord de la France, ainsi que dans le centre, on ne cultive pourtant le micocoulier que comme arbre d'ornement; il serait du plus grand intérêt de le répandre dans les forêts. Il présente tant d'avantages, que peu d'arbres peuvent rivaliser avec lui; il a même le mérite d’être à l’abri des attaques de plusieurs insectes qui rongent l’orme. le chéne, eic.

Fig. 50.

Cet arbre croit dans presque tous les terrains ; il préfère ceux qui sont légers, frais et de bonne qualité. Aux environs de Grasse, j'en ai vu un bois de la plus grande hauteur, au milieu de rochers et de 15 à 20 pieds d’élévation. On le multiplie de greffe, de drageons enracinés et de graines qui ne lèvent souvent que la seconde année. Au nord de la France, les jeunes arbres sont sensibles à la gelée; il faut les abriter en les entourant de paille Jusqu'à ce qu'ils aient atteint une hauteur de 5 à 6 pieds : ils peuvent alors résister aux olus fortes gelées. Dambourney a obtenu unebelle couleur jaune-chamois de deux onces de son écorce bouillie dans l’eau pendant une heure.

Les feuilles du micocoulier conviennent aux bestiaux, surtout aux chèvres. Ses fruits sont d’un goût agréable; quoique peu nourrissans, les enfans les recherchent. Soumis à la presse, ils donnent une huile dont la saveur rappelle celle de l’huile d'amandes douces : cette huile, brûlée dans les lampes, produit une flamme très-claire.

18. NOISETIER (lat. Corylus ; angl. Hazel; all. Haselstrauck ; ital. Nocciuolo.;—Le Noise- TxER commun où Coudrier ( C. avellana, Lin. ) (fig. 51)est un graadarbrisseau qui croît naturellement dans les taillis et dans les haies de l'Europe. Il est peu propre à être cultivé dans les forêts, mais on l’élève en pépinière et dans les jardins ; il n’est jamais assez gros pour qu’on en puisse faire desouvrages de quelque importance. Son boës est tendre, souple, d’un blanc-roux, d’un grain assez égal, mais il ne

prend pes un assez beau poli: il pése par !

pied cube 49 livres. On en fait des cerceaux, des claies, des harts, des échalas, des étuis, des pieux et différens ouvrages de vannerie.

Son charbon est très-léger et propre à la fabrication de la poudre à canon. On coupe les taillis de coudrier tous les 10 à 15 ans; il ne dure guère que 40 à 50 ans, mais il repousse du pied avec une grande force. Les zotsettes ont un goût généralement agréable, mais qui varie suivant les variétés que l’on cultive et dont on connaît un assez grand nombre : on en retire une huile douce, béchique, anodine et qui rancit difficilement.

Fig. 51.

la ia

Le noisetier est peu délicat sur la nature du terrain, il préfère cependant ceux qui sont légers et frais ; il supporte également le froid etle chaud. On le »#ultiplie de graines et surtout par marcottes et par ses drageons : il est à propos d’en mettre dans les remises, parce que le gibier recherche ses fruits. On le propage le plus souvent en le greffant par ap-

roche, c’est la seule greffe qui ne manque Jamais ; elle se fait au commencement du printemps, et il faut attendre la seconde année pour séparer le sujet de l'arbre qui est greffé, afin que la réussite soit complète et ien assurée.

19. ORME (lat. Ulmus ; ang. Elm; all.Ulme, Ruster;ital. Olmo).—L'ORME commun(U.campestris, Lin.) a une tigehaute de 60 à 70 pieds ; elle acquiert quelquefois une circonférence

de 12 à 15 pieds. Le bois en est jaune, mar-

bré de couleurs brunes ou jaunâtres, dur, pesant, susceptible d’un beau poli. C’est le meilleur de nos bois indigènes pour le charronnage ; il sert, de préférence à toutautre, pour les moyeux, les jantes, les entretoises et les essieux de l'artillerie. Le pied cube sec pese 48 1 livres; on en fait des tuyaux pour la conduite des eaux, des corps de pompes etautres ouvrages destinés à rester sous l’eau ou dans la terre, et qui durent très-long-temps. Après le chêne, c’est le bois de construction le plus durable. Dans le Nord, on fait des nattes avec la seconde écorce, qui est presque aussi souple que celle du tilleul, et on en fabrique des cordes à puits : les feuilles servent à la nourriture des vaches, des chèvres et des moutons. Cet arbre est souvent attaqué par

plusieurs insectes, qui le maltraitent et quelquelois causent sa mort.

L'Orue tortillard,que l’on considère comme une variété de l’orme commun, quoique ses caractères distinctifs se conservent par le semis de ses graines, est un des arbres les plus précieux de l'Europe pour lecharronnage.Son bois se vend 3 ou 4 fois plus cher que celui de l’autre, de sorte que les propriétaires auraient le plus grand avantage à le cultiver en grand, comme à Varèdes, près de Meaux, et dans quelques autres parties de la France.

L’orme, multiplié par ses graiies, a produit un grand nombre de variélés distinctes par la forme et la grandeur des feuilles, et elles ont recu différentes destinations comme arbres d'ornement. On peut, dit DUHAMEL, faire de superbes avenues avec lORME 4 /arges feuilles, des lisières admirables avec celui à petites feuilles où OrME pyramidal, des belles palissades, des boules en forme d'’orangers,el des lapis ou massifssousles grands arbres, dans les quinconces, avec l'ORME & trés-petites feutlles.

L'ORuE fongueux (U. suberosa, Wild.) a été long-temps confondu avec lorme commun.

Il en diffère par les jeunes rameaux qui sont toujours couverts d’excroissances de la nature du liége. Ses fleurs n’ont que quatre élamines, et ses fruits sont glabres. Son boës est employé aux mêmes usages que celui de l’orme commun.

L'OrME pédonculé (U. pedunculata, Foug.) (fig. 52) est un bel arbre très-élevé qui mérite

Fig. 52.

d’être propagé dans nos forêts. On le croit originaire de Russie; il est actuellement trèscommun sur les routes de Villers-Cotterets à Paris et Crépy. On le distingue des autres par ses fleurs pédonculées et ses fruits ciliés sur les bords. Ses premières feuilles paraissent 15 jours avant celles de l’orme commun.

L'ormese plait assez dans tous les terrains ; il préfère cependant un composé de terre végétale, de sable et de petites pierres, et un peu frais:ilne réussit pas dans les lieux aquatiques ou dans les sables mouvans et stériles. On le multiplie par le semis de ses graines, par rejetons, par marcottes, par boutures et par greffes ; mais les semis donnent les arbres

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