‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 456 sur 595 · LIV. VII · texte numérisé non relu

LIV. VII

Ses livres lui auraient montré que le fumier est souvent le principal produit du bétail, et non les veaux et le lait; il aurait vu encore que le fumier est le principal facteur du blé. En continuant ses déductions, il aurait été amené à conclurequ’en augmentant la surface consacrée aux prairies, il aurait diminué les frais de culture, augmenté la masse de ses fumiers, et partant, qu’il aurait récolté plus de blé.

L'hypothèse que Je viens de présenter n’est que trop fréquemment la réalité de ce qui se passe dans certains cantons du territoire français; elle suffira pour montrer aux moins clairvoyans comment on peut se ruiner avec le raisonnement qui ne repose passur la comptabilité.

SecrTion II. — Méthodes de comptabilité.

On a dû tenir des comptes aussitôt que les hommes ont eu entre eux des relations commerciales. CaToN parle assez au long de la manière dont il faut tenir une comptabilité rurale. Ce n’est cependant que dans ces derniers temps qu’on en a senti toute l’importance. THAER, CRUD, PHLUGUER, SINCLAIR, M. de DomBasce, M. BELLA n’ont pas peu contribué à répandre le goût d’une comptabilité méthodique. Ils ont accompagné le précepte de l'exemple. La comptabilité en parties doubles appliquée au contrôle d’une exploitation rurale avait tenté l’ambition de THaAER, et il en avait posé les premiers fondemens. À Roville et à Grignon, cette méthodeestsuivie avec la régularité et l’exactitude qu’on admire dans les livres des commerçans; c’est au dépouillement de cette comptabilité que nous devons les plus saines instructions, et les enseignemens les plus précieux, les plus positifs de ces derniers temps sur les diverses branches de l’économie rurale. L'étude de la comptabilité en parties doubles n'offre certainement pas de difficultés très sérieuses à surmonter ; J'ai vu des élèves en comprendre parfaitement l’économie et le mécanisme dans l’espace de 3 semaines. On pourrait affirmer néanmoins que, parmi les nombreux élèves sortis des écoles de Roville et de Grignon, il n’y en a pas six qui suivent cette méthode enseignée dans ces deux établissemens. Ce fait, que jene crois pas contestable,m’aconduitàrechercherquelle pouvait être la cause d’un pareil abandon ; et voici quel a été le résultat de mes investigations : La comptabilité en parties doubles ou commerciale, sans exiger de grands talens, demande de la part de celui qui la tient une tête posée, un esprit calme et l'attention Ja plus soutenue. L'homme des champs toujours en éveil, obligé de porter sa surveillance sur les points les plus opposés, d'écouter chacun, de donner ou de changer le mot d'ordre à chaque instant, assailli jusque dans son cabinet pour des affaires de première importance, n’a pas le temps de se recueillir assez pour aborder un travail aussi sévère. Cet obstacle avait déjà été pressenti par M. Gasrou fils, auteur d’un traité de comptabilité rurale.« Il « y a souvent, dit-il, des écritures très diffici- « les à passer en parties doubles; et j'ai vu de « fort ass teneurs de livres avouer qu’ils « avaient quelquefois à réfléchir long-temps

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‘rurales, il en est un autre non moins grave

« avant de faire telles ou telles écritures. Où ! «en serait un cultivateur si, quand il a besoin « d'agir, et queses soins sont réclamés de tou- «tes parts, il fallait qu’il s’enfonçât dans des | « réflexions abstraites avant de se déterminer | « à rien écrire sur ses livres? Le travail de ses «écritures doit se faire par lui promptement | « et facilement. Il doit être en quelque sorte « matériel, je veux dire dégagé de toutes com- « binaisons &’esprit, et nerappeler que des faits « posilifs de recette et de paiement, d’entrée « et de sortie. » Quant à cette dernière assertion, si on la considère dans son sens le plus exclusif etle moinsabsolu, elle me paraïl manquer de justesse ; elle n’est nullement l’expression de ce que doit être une bonne comptabilité. Les comptes agricoles qui se borneraient à présenter unétat des recettes et des dépenses, l’entrée et la sortie des objets qui constituent le matériel d’une exploitation rurale, ne rempliraient qu'imparfaitement le but du comptable. Pour ne citer qu’unseul exemple, les frais de labour ne peuvent se classer dans la catégorie des entrées et des sorties, et cependant ils représentent une portion des produits aussi bien que l'argent déboursé pour le salaire des valets.

Outre ce premier inconvénient de la comptabilitécommerciale appliquée aux opérations

et qui sera senti partous les hommes qui connaissent cetteméthode; c’est celui de créer des comptes fictifs, imaginaires, qui sont indispensables au mécanisme, mais qui ne représentent aucupe réalité. Le compte des profits et pertes est souvent dans ce cas ; ceux de bilan, d'entrée et de sortie le sont toujours. Or, ces trois comptes, précisément parce qu'ils ne représentent que des êtres imaginaires, sont ceux qui font naître les difficultés les plus sérieuses, et qui souvent déguisent l’état réel des choses.

On a essayé bien des fois d'indiquer des modèles de registres à l'usage des cultivateurs. Le travail le plus consciencieux que je connaisse sur cette matière est celui qu’a publié en 1822 M. le comte pe PLaxcy. La marche à suivre peut être fort simple pour celui qui a imaginé ces sortes de registres; mais pour ce- Jui qui veut les appliquer à sa situation particulière, ils exigent une étude fort longue, aride, sèche, et d’ailleurs peu féconde en résultats. Il y a dans ces tableaux divisés en colonnes, trop de symétrie, trop de chiffres sans commentaires. Les Anglais qui, en matière de comptabilité , ont hérité des idées en vogne à Venise et à Amsterdam, ont appliqué à l’agriculture une méthode mixte qui a les avanta- ! ges de la comptabilité commerciale, sans participer à ses inconvéniens. Cette comptabilité n’exige dans son étude, ni dans son application aucune tension d’esprit ; elle est la représentation fidèle des faits quotidiens et de toutes les modifications que subissent les valeurs dans leur transformations; mais elle est dé- |

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