CONCLUSION
Eclairer les opérations par les détails, et, par là, créer un contrôle qui ne trompe jamais, tel est le but de la comptabilité.
Depuis longtemps l’industrie manufacturière s'appuie sur la comptabilité; sans ce précieux flambeau, elle n’oserait engager ses capitaux; elle risquerait de les compromettre par une timidité trop grande ou par une confiance excessive non moins fuueste. Les livres lui sont indispensables, et l’on ne conçoit pas comment l’agriculteur ne s’en est point encore emparé. Qu'est-ce en effet qu’une exploitation rurale, si ce n’est une manufacture où l’on fabrique du blé, du colza, des pommes de terre; manufacture la plus importante de toutes, puisqu'elle s'adresse à nos premiers besoins et dont les détails compli-
ués ne le cèdent à nulle autre branche d’inustrie.
Pour bien comprendre la nécessité d’une comptabilité, le cultivateur, avant tout, doit
| se pénétrer de cette idée qu'il est fabricant de
denrées. Pour lui point de succès à espérer, s’il ne s’efforce d'établir son prix de revient à un taux qui lui présente des bénéfices en réalisant au cours d2s marchés. Il doit donc se rendre compte de tous ses frais de culture et chercher dans les diverses ramifications de
l’ensemble les parties sur lesquelles frappe-
| ront les économies.
Si nous avons obtenu quelque succès dans la carrière que nous parcourons depuis longues années, nul doute que nous n’en soyons
redevables à notre comptabilité. Il nous est
aussi difficile de concevoir une ferme sans tenue de livres qu’une maison de banque, une manufacture sans écritures régulières. Vouloir faire de l’agriculture sans tenue delivres, c’est naviguer sans boussole, c’est se livrer au hasard ; et que d’agriculteurs, cependant, ont aventuré leur fortune pour avoir méconnu cette vérité! Des livres régulièrement tenus auraient ouvert leurs yeux sur l’abime où
| courait se perdre leur patrimoine et q\i rui-
nait l'avenir de leurs enfans; certes le temps consacré à cet examen n’eüt point été un temps perdu.
Dès son eñtrée en ferme, le cultivateur prudent doit procéder à un inventaire. Pour y parvenir, nous pensons qu’il ne pourrait mieux faire que d'adopter les méthodes en usage et qu'on trouve exposées dans les ouvrages qui traitent de la tenue des livres du commerce, et nous renvoyons à cet égard aux auteurs qui ont écrit sur cette matière.
Un livre auxiliaire abrégera singulièrement les écritures du journal el du grand livre. Ce livre auxiliaire n’est point circonscrit dans des formes invariables, 1l se plie aux circonstances locales et chacun peut l’appliquer à ses différens besoins.
L’exposé suivant met en relief la méthode que nous avons adoptée dans notre faire-valoir, et chacun des douze mois correspond à un cahier de 18 feuilles. Ainsi:
MECCROMSN 7. - - - .
NACHENE 0 . . ..
basse-cour. . . . .
troupeau de brebis id. de jeunes mou- ENS CNRS
ECHOIES = . LOT
Consommation des :
Dur de 0h me
fumier de la ville. 7
Fransport id. de la ferme. . 8 id. des dépôts. .. 9 1 quinzaine. . .. 10 Journaliers SUILE..,. #5... 08 11
2e quinzaine .
SUNLE. Le70 0e CROIS Ouvrages et tâches, corvées. . . . . . . 14 Chargement et déchargement des sacs. 15 DOMEMEÉE : he à à A be de QUE Dépiotement des bergeries.. . . ... . 17 COEUR SOEUR 2 12 240 eue. 15 Notre cahier, réglé en travers, contient autant de lignes qu’il y a de jours dans le mois; la consommation journalière y est inscrite; des colonnes verticales indiquent les différentes consommations, leur nombre est subordonné à celui des diverses denrées: de plus, l’une de ses colonnes sert à fixer le nombre des animaux qui consomment les denrées.De cette manière, le travail de chaque jour est extrêmement simplifié. À la fin de chaque mois, on additionne toutes les colonnes, à
Liv. Vil,
l'effet de déterminer la quantité de denrées consommées, et selon sa convenance, on fixe immédiatement leur prix pour en passer écriture, ou bien on en fait le report à la fin du mois suivant. Ce dernier mode permet d’ajourner à la fin de l’année le réglement de tous les mouvemens intérieurs de l'établissement.
Ainsi qu'on le voit par cette esquisse, la comptabilité n’est point chose difficile, à la vérilé elle exige une sévère investigation de tous les délails, mais lorsqu'on réfléchit que ces mêmes détails effrent le moyen infaillible de saisir les causes de succès et d’insuccès, et que, sans eux, toute amélioration est impossible, on ne saurait regretter le temps que l’on consacre à tenir ses livres. En adoptant la comptabilité en parties doulses, la seule véritablement lucide, ou celle qui vient d’être ex posée précédemment d’une manière simple et claire, on place ses opérations à l’abri de la routine et du hasard.
DaiLy,