III. Formation d'une Oseruie
Pour former une oseraie, on fait choix d’un terrain convenable ; le meilleur est un sol profond, situé à peu de distance d’une rivière, ou qui soit naturellement gras et hu-
cHAP, 2°.
mide : on lui fait donner un bon labour à la charrue ou à la houe; et dans le mois de février, si le temps le permet, on y plante, à 3 ou 4 pieds l’une de l’autre, des boütures de 15 à 16 pouces de longueur et de la grosseur du doigt, prises parmi les espèces dont on veut composer son oseraie. Ces boutures se mettent en terre, en s’aidant d’un plantoir, et en les enfoncant aux deux tiers de leur longueur. La coupe de la 1° année ne produit que des brindilles à peu près inutiles pour l'usage, mais qu’il faut cependant couper avec soin ;sans cela celle de la seconde année ne serait bonne qu’à brûler, parce que ses branches seraient trop rameuses pour être employées à autre chose. Lorsqu’au contraire on a pris le soin de faire couper au niveau du tronc toutes les petites brindilles de la première pousse, la seconde donne déjà un certain nombre de jets de 4 à 6 pieds de haut qui peuvent êlre utilisés. La coupe de la troisième annéeest plus productive, et d'année en année elle le devient davantage, de telle manière que pendant 25 à 30 ans, lorsqu'il est en bon état et dansun bon fonds, un arpent d’oseraie peut rapporter tous les ans 100 fr. et plus, ei cela, sans aucune peine et sans aucun soin de la part du propriétaire, si ce n’est d’en écarter les bestiaux, et d'y faire pratiquer quelques binages pendant les 1°“ années.
C’est en février, ou au plus tard en mars, qu’il faut faire chaque année la coupe des osters ; les belles pousses ont communément 8 à 10 pieds de longueur. On les coupe, avec une forte serpette, à quelques lignes du tronc, qui devient ainsi une sorte de têtard.
La pius grande partie de l’osier jaune et de l'osier rouge s'emploie avec son écorce qui lui donne plus de force. Ces deux osiers sont d'un usage si général dans l’économie domestique et l’agriculture,qu’onserait aujourd’hui fort embarrassé pour s’en passer : onen fait des liens pour toutes sortes de choses, des corbeilles el des paniers légers, des claies, des hotteset autres objets de vannerie commune.
Refendu en 2 ou 3 brins, l’osier jaune est employé par les tonneliers pour lier les cercles des tonneaux, des cuves, etc., et sous ce rapport, il s’en fait une grande consommation.
Les jardiniers et les vignerons font aussi un grand usage d’osier pour le palissage des arbres en espaliers, pour attacher les vignes aux échalas.
Les ouvrages de vannerie plus soignée se font en osier blanc ou osier sans écorce, pour lequel on emploie principalement le saule viminal, parce que ses Jets sont beaucoup plus unis, ne se ramifiant jamais en brindilles secondaires.
LoisELEUR DESLONCHAMPS.
ART. LE. — Arbres résineux, Conifères.
On désigne sous ces noms une famille naturelle de végétaux ligneux, composée de grands, de moyens et de petits arbres divisés en plusieurs genres , et dont le caractère commun est d’être résineux, et d’avoir
les fleurs monoïques ou dioïques, disposées | en épi serré que les botamistes appellent
“ cône, d’où le nom de couifère. Presque lous
conservent leurs feuilles pendant l'hiver, ce qui leur à valu aussi le nom d’arbres verts en horticulture. Cette famille, après celle des céréales et des arbres fruitiers, est certainement la plus intéressante pour les peuples de l’Europe dans leur état actuel de civilisalion.Nos vaisseaux ne pourraient parcourir l’immensité des mers sans les hautes mâtures qu’elle leur fournit, sans le goudron qui préserve leur coque et leurs agrès de la pourriture. L'architecture civile et militaire en tirent des bois qui ne pourraient être remplacés par aucun autre; enfin, elle offre à l’économie domestique, industrielle et à la médecine, des produits de première nécessité aussi nombreux que variés.
Un autre avantage que possède encore cette précieuse famille, c’est que tous les arbres qui la composent croissent dans les sols les plus maigres, parmi les rochers où aucune culture ne serait possible, et que la pu de terreau qu’ils produisent par la
écomposition de leurs feuilles, est beaucoup plus grande que celle que fournissent les feuilies des autres arbres; de sorte qu'une forêt d’arbres résineux enrichit le propriétaire, el améliore en même temps la terre plus qu'aucune autre. C’est doncavec de bien bonnes raisons que les économistes conseillent les plantations d’arbres résineux, et d’en faire des forêts dans les départemens sablonneux et sur les montagnes rocheuses de la France.
Le nord de l'Europe et l'Amérique septentrionale sont les contrées du globe où il croit le plus d'arbres conifères, susceptibles d’être cultivés avec un grand profit sur le sol de la France. Nous allons signaler avec quelques détails, et indiquer la culture de ceux de ces arbres qui peuvent le plus contribuer à augmenter notre richesse territoriale , et ne ferons qu’énumérer ceux qui ne paraissent pas de nature à améliorer notre agriculture ni notre économie industrielle.
Nons ne mentionnerons même pas les espèces étrangères qui, ne pouvant supporter les rigueurs de notre climat en pleine terre, sont entièrement du ressort de l’horticulture.