‹ Maistre Pierre PatelinChapitre 190 sur 200 · II · texte numérisé non relu

II

Mon introduction était tirée et je corrigeais les épreuves du texte, quand j'appris qu'un bibliophile étranger, en ce moment à Paris, se flattait de posséder un Patelin, exemplaire unique d'une édition inconnue à tous les bibliographes.

MH i\oTi:s.

Je courus à l'adresse iudiquœ solliciter lu faveur de voir ce merveilleux Patelin. Je trouvai dans M. Coppinger un propriétaire plein d'humanité, qui non-seulement nie permit sur-le-champ la vue de son trésor, mais poussa la bonne grâce jusqu'à m'oifrir de me le confier. On juge si j'acceptai la proposition avec empressement et reconnaissance, et à coup sûr ce dernier sentiment sera partiïgé par tous ceux qui sintértssent à la résurrection de (tet antique chef-d'œuvre et au droit d'aînesse de lu Comédie française sur les thei\tres du reste de l'Europe.

Cet exemplaire est imprimé avec les caractères do (iuillaume I-«eroy, de Lyon, lequel commença d'exercer en 1^73, et employa ce caractère dans le Ficj'abras, la Danse des aveugles, Bertrand Du Guesclin, etc., et pour la dernière fois que l'on sache , dans « /.e livre des SaintS'Anyes, Lyon, 20 mai \US6. »

Son Patelin serait donc au plus tard de i486, c'est-àdire antérieur à celui deGermain Beneaut de quatre ans, et à celui de P. Levet de trois ans pour le moins (1).

Et cette édition est si rare, qu'elle est restée ignorée de M. Monfalcon, qui, dans son Histoire littéraire de Lyon, s'est livré à des recherches approfondies sur la biblio* {graphie lyonnaise, et particulièrement sur les ouvrages sortis des presses de Barthélémy Buyer et Guillaume Lerov.

l-a rareté n'est qu'un mérite de convention, une qualité fortuite et tout extérieure; mais quand il s'y joint la bont** du texte, omette qualité devient réelle et double de prix. L'édition de Le Caron est peut-être aussi rare aujourd'hui que celle de G. Leroy ; mais par où la se-

(I) Lo Patt'lhi i\o P. Levpl, sans date, doit être de 4 489, comme son Vilhn daté de cette année; l'un et l'autre reproduits par (Icrmain Beneaut l'année suivante et datés de t49().

iNOTES. 33^

coude i'eiiiporle iiulubitablement, c'est par son texte, le plus pur de tous, à mon avis. Ainsi elle est la seule qui m'ait fourni Timportantc leçon du vers 115, que j avais devinée, mais que je n'aurais jamais osé restituer sur mes simples conjectures :

S'en poull on ne M)igiwr ne paistre?

Si l'édition de G. Leroy n'est pas assurément la première édition du Patelin, il peut du moins passer pour (constant qu'elle est une des premières, et pour infiniment probable qu'on n'en découvrira pas de plus ancienne.

Je lui ai donc attribué l'autorité sur toutes les autres, et j'en ai fait, avec P. Levet et 1690, la base de celle-ci.

C'est l'orthographe de G. Leroy que j'ai suivie de préférence, comme étant la première en date, et, chose singulière, la moins éloignée de l'orthographe actuelle. Par exemple , Leroy écrit toujours par ez la seconde personne du pluriel des verbes (1), tandis que Levet et Beneaut l'écrivent par es, sans accent. H m'aurait fallu introduire cet accent sous peine d'équivoque quelquefois et de bizarrerie toujours ; j'ai échappé à cette fi^cheust; alternative, et ne me suis permis d'accent (|ue pour distinguer des formes identiques : a et à; — la et là ; — au et où, etc. Hors de là, je tiens que les accens ne servent qu'à défigurer ces vieux textes, avec riscjue d'en travestir ridiculenient la véritable prononciation.

(I) Celle |»arlirularilé se relrouve «lans P. Le (!;iron.

356 niHLIOGRAPHIE DE LA FARCE DE PATELIN.

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