‹ Maître Alicd Hénaut; pìece en trois actesChapitre 30 sur 33 · SCÈNE XIII DARIEUX, ALICE · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII DARIEUX, ALICE

ALICE

Vous avez besoin d'être aidé, Jean. Vous avez besoin d'une personne auprès de vous qui serait mieux qu'un secrétaire, qui serait un collaborateur, un confident peut-être ?

DARIEUX

Monsieur Marnix s'est permis un acte inqualifiable.

ALICE

N'en veuillez pas à Monsieur Marnix. C'est moi qui ai provoqué cette entrevue ; il n'a fait qu'obéir à mes instantes prières.

Et qu'espérez-vous de... de cette ruse?

ALICE

Vous avez besoin de quelqu'un capable de travailler auprès de vous.

DARIEUX

Vous le faisiez naguère. Aujourd'hui je dois recourir à des étrangers.

ALICE Vous devez!...

DARIEUX Je le dois. Par votre faute.

ALICE

La place est demeurée vide. Toute la place est demeurée vide. Je demande, je demande à la reprendre; je suis repentante, Jean, et je supplie...

DARIEUX

Oui, ici la place est demeurée vide... Mais celle que moi j'occupais...

AL.ICE, éclatant.

Ob ! non, pas cela, Jean, pas cela! Tu le sais bien. J'ai été imprudente, ambitieuse, entêtée, tout ce que tu veux. Mais mon cœur, lui, tu n'as rien à lui reprocher. On m'a calomniée, je le sais. Et tu as cru les calomnies, comme tout le monde. Mais je te jure que je n'ai cessé de t'aimer, que je suis toute pure, toute fidèle. Non, Jean, non, pas cela ! Ne crois pas cela !

DARIEUX

Il y a un an, à cette même place, c'était moi qui vous suppliais. M'avez-vous entendu? M'avez-vous écouté?

ALICE

Tu suppliais'^ Moi je demande pardon.

DARTEUX Rien ne m'oblige à vous croire.

ALICE Si : mes larmes.

DARIEUX

J'en ai versé beaucoup, et personne n'était là pour les essuyer ni même pour les voir.

ALICE, trcs tendre.

Je saurai te les faire oublier. Je saurai te les faire oublier toutes...

DARIEUX, avec déjà plus d'amertume que de rigiieicr.

Il est trop tard. Nous devons vivre comme vous l'avez voulu.

ALICE

Mais ce que je vcu.x, c'est vivre auprès de toi, c'est vivre pour toi, c'est vivre ici. Ah! j'abdique, je ne

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suis plus la femme égarée, la femme sottement indépendante que tu as connue. Je suis une compagne attentive et douce, une humble épouse qui ne veut plus qu'aimer et se dévouer. Je suis une mère, aussi, Jean, une mère surtout. Vois, je pleure aujourd'hui, je ne relève plus la tête, je pleure, je demande mon enfant... notre petit, notre petit Robert. Il est malade, je ne l'ai plus embrassé depuis des jours et des jours... Et toi, Jean, toi non plus, depuis deux ans, je ne t'ai plus embrassé, je ne t'ai plus serré dans mes bras... Dis, Jean?

(Elle s'est approchée itisensiblement de lui et cherche à l'enlacer. Il se défend ejicore, mais avec peu d'énergie. A ce moment on entend un appel. Jean et Alice se taisent, immobilisés, ajixieux un instant. Simo7ine Amaury ouvre brusquement la porte de gauche et, du seuil, elle appelle :)

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