‹ Maître de sa joieChapitre 14 sur 14 · MORICAUDE · texte numérisé non relu

MORICAUDE

« Vivre sans bruit consol* d»

vivre sans srloire. »

LE REEL

L'IMAGINÉ

Le père est las, triste et Jeanne veut dehistoires de poupées, de belles histoires de malades qui guérissent, qui guérissant vite..

Jeanne — « qui guérissent tout de suite. >■ Elle choisit l'heure, les gens, et le conte qu'elle entend est d'elle-même, ainsi, maîtresse de sa joie.

Dans cette histoire de Moricaude, il y a ;:ne

Dame, une belle jeune Dame. On frappe.

Jeanne -.{(.c'est la Dame.» La Dame entre:«Elle vient dîner avec nous, comme cela, sans prévenir et il n'y a rien ! Cherchons dans le buffet : ah, des œufs! » Jeanne : — « Et du beurre. » — « Du fromage. » Jeanne : « Du petit salé !» — « Une pomme ». Jeanne « Une orange. » La Dame qui a des servantes a cette grâce d'être très maladroite : Elle veut se rendre utile et elle se coupe le doigt; elle veut allumer les fourneaux et elle se brûle. Jeanne — : « Pour rire. » Elle est venue la Dame dans une voiture de la campagne traînée par un cheval... Jeanne : — « Par un âne... Les chevaux sont méchants. » — « Les chevaux ne sont pas méchants, ils n'aiment pas les gens» qui font du 'mal aux bêtes. » Jeanne : — « Ils écrasent des enfants.» — Les enfants leur donnent des coups de pied.» Jeanne — « La bonne voisine a été mordue par un cheval. » — Il l'aura prise pour une ,-iutrc. •) Muricaitdc. Il faut inviter la voisine

MAITRE DE SA JOIE àç

et sa petite fille. (Et pour ce père, cette petite lî lie gentille, c'est Jeanne, encore, Jeanne à un autre instant.) On frappe — Jeanne: — « C'est la voisine. »

(La voisine a de ces bonnes mains de ménagère qui sentent les quatre-z-herbes.) u La pe tite fille gentille, a cinq ans. » — Jeanne : — « Trois ans et demi. » — Elle aime Moricaude 3t à Moricaude qui était venue la voir elle a dit: — « Pourquoi que tu fen ailles? » On dîne et la Dame dit : — « Il y a trop... il en restera... il y a encore quelque chose apr^s mon os. » — On coupe les pommes en deux... Jeanne : a Et l'orange en quatre. »

La petite fille gentille a une poupée avec ie beaux cheveux noirs... Jeanne : — « Avec de beaux cheveux blonds. » — « De beaux cheveux blonds qui frisent.^ » Jeanne : — « Elle parle. » — « Elle ne dit pas tout, personne ne sait tout dire » Jeanne : — « Elle parle mieux qu'un enfant de six mois. » — La petite fille gentille dort dans une autre piècf

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et la bonne voisine chante...» — Jeanne : — « Elle chante La Marjolaine. » — « La bonne voisine chante, et, en chantant elle se penche pour écouter si la petite fille ne s'est pas éveulée... La bonne voisine avait envoyé sa fille malade à la campagne. Et quand la petite fille a été partie, la mère pour dire quelque chose a dit : La maison est grande et on n' est pas gêné... Elle explique : En marchant, je l'éveillais... Mes souliers faisaient trop de bruit dans le monde. Elle pleurait... Elle n'a pas fait sortir la chèvre et Moricaude a dit : <( Le chagrin ça dure un jour, nous reviendrons demain ». Jeanne : — Et le lendemain elle a fait sortir la chèvre... » — Déjà la petite était mieux...» Jeanne. — « La petite était guérie.» — « La Dame doit partir et cela lui fait de la peine (c'est déjà un peu ancien). On lui dit : Fartez donc. On lui dit : Allez-vous-cu et on lui tient les mains et on lui tire les bras. La Dame part, enfin part, part bien tard, part trop tard. Et ce père dit à Moricaude qui

boude : Je suis fâché je ne t'apporterai pas un beau livre à images demain. Et le lendemain il dit : J'ai du caractère... Quand j'ai dit quelque chose... Hier je t'ai dit : Je ne t'apporterai pas demain un livre à images et je ne t'apporte pas de livre... Jeanne : — « Mais, je ne t'ai pas dit : Je ne t'apporterai pas demain un sac de bonbons. » — « Non, il ne l'a pas dit. » — Jeanne. — « Et il lui donne un sac en satin blanc. » — « Avec des fleurs. » — Jeanne — « Et des oiseaux. »

Moricaude dit : « Il est tien tard et la Dame ne vient pas.» — « Son cocher ne sait fins la route. »

Ce père dit au bon chien Riquet : « Votre conduite est mauvaise, vous mordez votre maître, je crois.» Le bon chien Riquet se dresse et crotte son maître. « Vous m'offensez gravement. » Riquet s'éloigne la tête basse. Jeanre. — (( Qu'il pardonne. » — u Vous êtes tovt de même un loyal camarade. » Riquet revient et lèche, — « Vous êtes vulgaire, vraiment!... »

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Moricaude — « N'est-ce pas qu'elle est gentille la Dame? » — « Oui, très gentille.» — « Il n'y en a pas une autre. » — « Il n'y en a peut-être pas une autre.» — Tu dis « oui » comme ça... tu as l'air de dire « non ». One fait donc la Dame ?» — « Elle cueille des fleurs. » <( Le chat est mort hier et si le chien était mort on n'en pourrait pas parler, on peut parler du chat : « C'était là sa place. » - - Jeanne — «On ne connaissait pas ses griffas >*

Moricaude — « Que fait donc la Dame? »

« Elle chante. »

« Le père de Moricaude n'est pas méchant, à la moindre pâleur de sa fille, il traîne chez lui tous les médecins. » Jeanne. — <( Et lui?» — <( Il va au chaud et au froid. Rien n'est assez bon pour sa fille Jeanne. — Et pour lui ? » « Il ne sait pas ce qu'on lui sert. » Il veut qu'elle ait toujours une robe nouvelle » — <( Et lui ?» — « Il ne sait l'habit qu'il prend. »

Moricaude. — « Mais que fait la Dame ?»

— « Elle écoute chanter. » Moricaude bien triste va dormir : — « Elle est gentille... la Dame... gentille!... « — Oui... gentille.... »

Jeanne lassée pose sa tête sur l'épaule du père et le père lui dit — : « Tu es bien ?» — « Oui... bien ».

Anniversaire : Octobre 1884 — octobre

Pour deux, pour deux au moins j'ai eu de la peine, que pour deux, elle et moi, elle ait de la joie.

Quinze ans, elle a quinze ans et je suis consolé.

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