SCÈNE XII
AIGNELET, bas.
Oui... c'est mon doux maître !...
PATIlELîN, à part.
Diable !... il va venir... comment me tirer delà? ... ( II S8 cache la figure avec un dossier et se mel à parler 1res vile.) Je me présente pour le nommé Aiguelet, et la partie adverse étant absente et ne faisant comparoir personne pour la représenter, je requiers le tribunal de prononcer défaut contre elle, avec dépens.
JOSSEAUME, fendant la foule.
Ta, ta, ta! qui est-ce qui dit que je ne suispas présent ? Qui est-ce qui parle de faux et de défaut... me voilà... j'ai bon pied, bon œil et bonne langue, etje viens plaider moi-même mon affaire...
PATHELIN, s'enfonce le nez de plus en plus dans ses papiers. Nl Je ne plaide que contre avocat...
JOSSEAUME, l'examinant.
Ouais I... quel est cet individu-là ?
LE BAILLI
\ Vous avez ouï, maître Josseaume ?
JOSSEAUJIE, brusquement.
Je n'ai pas besoind'avocat... ( Regardant Palhclin, à part.) U a un faux air de mon coquin de tantôt I PATiiELiN, se levant à moitié.
Ergo ! je vais me retraire. .
LE DAILLI.
K Demeurez et plaidez!
Mais l'article quatre cent nonante-deux m'autorise...
^ LE BAILLI
^^ Demeurez, vous dis-je... le tribunal veut avoir au moirs un avocat à son audience... ça meuble...
Pourtant...
LE BAILLI
v^ Si vous videz la place, je vais conclure contre vous et ^ prononcer votre radiation immédiate de la matricule... ^ PATHELIN, se cachant la figure avec son mouchoir.
"Sit Déguisons-nous le plus possible... / JOSSEAUME, à part, lorgnant Pallielin.
C'est- à-dire qu'ils se ressemblent comme deux gouttes d'encre !
j LE BAILLI.
)"C Maître Josseaurne, vous êtes le demandeur, parlez!...
JOSSEALME.
C'est donc pour vous dire... monsieur le tribunal... (Montrant Aignelet.) que ce coquin ..
LE BAILLI
Pas de mots à double entente !...
JOSSEAUME.
C'est juste... que ce brigand...
LE BAILLI
'-/' Encore des injures!
JOSSEAUME.
Vous avez raison... je me modère... je disais aonc que ce voleur...
SCËNE XII. 01
LE BAILLI
■ Eh! de par Dieu!... appelez votre partie adverse par son nom on par celui de sa profession , et non pas par ses qualités personnelles...
ooit! Eh bien, ce malfaiteur de berger m'a \olé sixvingts moutons.
j PATilELlN.
^>I Nous VOUS attendons à la preuve... et je demande acte de nos réserves.
JOSSEAUME, à part, ne pouvant pas quitter Patlielin des yeux.
Têtebleu!... si je ne sortais de voir l'autre dans le cauchemar, je parierais que \oilà mon homme !
LE SAILLI
y" Laissez là votre homme et prouvez le fait...
JOSSEAUME.
Je le prouve pnr mes comptes.'., saprebleu!... que sont devenus les six-vingts moutons?...
"xlls sont morts de la clavelée...
JOSSEAUME, regardant toujours Patlielin.
Mille tonnerres!... je crois que c'est lui-même !
LE BAILLI
/N^Eh! sans doute, c'est lui-môme... mais il s'agit de vos moutons qui sont morts de la clavelée... revenons à VOS moutons...
JOSSEAUME, s'embrouillant en regardant Patlielin. Mes moutons, m'y voilà l II les a tués pour les ven-
dre... à preuve que je lui ai livré sur mon établi... six cents moutons... non, je veux dire que je l'ai chargé de mener paître dans mon pré... six aunes de drap... ah ! je le répète, c'est lui-même!...
LE BAILU.
Quel galimatias!... mais revenez à vos moutons!..,