INFLAMMATION CHRONIQUE DES CORPS CAVERNEUX
Cet état pathologique du pénis a été étudié principalement par Johnson, qui en a fait l'objet d'un mémoire publié dans the Lancet, en 1831, et renfermant quatre observations reproduites dans V Union médicale du 19 juin 1852. D'après ce travail, la blennorrhagie et les excès de coït seraient les deux causes les plus fréquentes de cette maladie, que je serais fort enclin à considérer comme un premier degré de l'altération des tissus érectiles décrite dans l'article suivant. Il y a cependant un fait digne de remarque, c'est que, dans les quatre obserA'ations de Johnson, la lésion a porté principalement sur l'enveloppe ou la paroi des corps caverneux, et qu'une fols seulement le tissu érectile proprement dit a paru intéressé. Cette étude mériterait évidemment d'être reprise; malheureusement les observations sont encore trop peu nombreuses.
Obs. (iV. — Vn avocat, de plus de quarante ans, ayant mené une vie aH*ez déré^hîe pendant plusieurs années, avait, par suite, épi*ouvé bon
(1) Notice sur tes travaux de V Académie de médecine de Bordeaux, par te docteur Ë. Dcs^^ranges^ 1859, p. 29.
I4t TUMEURI ET LÉSIOHS OROAKIOUM.
nombre d'attaintes de blennorrhagies. Il «Tait touIu se toifikar Mai le secours d*un homme de Tart; aussi la blennorrhag^e était-elle devcoie pour lui un état normal, habituel. Six mois eoTiron a^ant le mmeâ où il Tint consulter le docteur Johnson, il commença à éprouTerd^ douleurs lancinantes dans le corps du pénis, immédiatement att-deral du scrotum ; For^ane était douloureux dans Térection et, peu à pn, 3 prit la forme d*une spirale. Cette tension, arriTée à un certain dcfvi, fmit par donner à Torgane Tuspect d'un appendice Termifbrme. Enluminant le pénis, Johnson reconnut que la cause de cette tension m tm- \ait être dans le corps caTcmeux, dont Tenveloppe fibreuse était irréfilièrement indurée, tandis que Tépaississement et Tinduration aTiio! envahi à Tintérieur le tissu érectile. L*éreefion était devenue iasi^ portable et imparfaite; les souffVancei étaient très*Tives. Ton la remèdes mis en usagée n'eurent d'autre effet que de faire dispanitn. et encore à la longrue, la sensibilité et la douleur. Quant à Tindaiition, elle persi^^ta ainsi que la rétraction.
On comprend jusqu^à un certain point que renveloppe fibreuse du corps caverneux, soumise à des distensions subites et violentes, puisse s'enflammer chroniquement, surloot chez des hommes ayant atteint la période moyenne de la j\t époque à laquelle Télasticité et la flexibilité des organes viennent à diminuer, et oii les membranes fibreuses présentent le plus de disposition à 1 induration.
La paroi du corps caverneux commence à perdre une partio de son élaslicité, ce qui produit une déviation de Taxe du pénis ; dans un grand nombre de cas, la maladie s'arrête à cette première période, qui ne met pas un obstacle absolu au coït; il n'y a aucune douleur, aucune induration, ni alténtien quelconque des tissus.
Si l'afl'ection fait des progrès, le malade éprouve bientAl, pendant Térection, dos douleurs lancinantes dans le eorps ds pénis, dans la partie située au-devant du scrotum et du pnbis. Cette douleur, qui se fait sentir pendant le coït sous Tin* fluence de la pression, est le premier symptôme qui attîn Tattention. Quelquefois il survient brusquement dans le pénis, pendant le coït, une douleur aiguë qui persiste pendant un certain temps après Téreclion.
Obs. CVl. — Un homme de cinquante et un ans éprsuTa tout d'im
INFUMUATION GHRONH)UE DES CORPS CAVERNEUX. 849
coup, pendant le coït, une douleur aiguë dans le pénis. Cette douleur ne disparut pas avant une semaine ; mais peu à peu il s^aperçut que, dans Térection, Torgane se recourbait en haut et que le point vers lequel il avait éprouvé la douleur était extrêmement sensible. Six mois aprè», lorsqu'il vint consulter le docteur Johnson, celui-ci reconnut sur le dos du pénis, immédiatement au-devant du pubis, un nodule dur, du volume d'une petite féverole, mais assez mal circonscrit. On ne pouvait le sentir qu'en pinçant le corps caverneux entre l'index et le pouce et l'induration avait son siège plutôt dans l'enveloppe fibreuse que dans la substance même du membre. Elle était légèrement sensible à la pression. Le corps spongieux avait sa forme et sa dureté habituelles et l'écoulement da Turine n'était nullement empêché. Après quelques onctions mercurielles, l'induration avait diminué, mais l'engorgement était devenu diffus et s'était étendu un peu à gauche. Malgré l'emploi de divers moyens fondants et résolutifs, cet engorgement continua à s'étendre, mais l'induration disparut. La paroi du corps caverneux donnait, lorsqu'on la pressait entre les doigts, la sensation du parchemin ; il resta encore de la sensibilité pendant quelque temps et, pendant les érections, le pénis s'incurvait à gauche, ce qui était dû à l'extension de l'épaississement dans ce sens. Bientôt le malade s'aperçut que, dans l'érection, le pénis se recourbait en haut : les rapports sexuels devinrent done diffielles ; l'érection imparfaite s'accompagna de douleurs très-vivei à nieiure quê l'induration fit des progrès ; la verge prit une forme spirale : tandis que le malade qui a fait le sujet de la première observation l'organe avait l'aspect de l'appendice vermiforme.
Au toucher, on constate que l'enveloppe fibreuse est irrégulièrement indurée, comme Taponévrose palmaire chez certains manonvriers ; d'autres fois il existe seulement au dos ou au-devant du pubis, un nodule dur, du volume d'une petite fève ; l'induration est parfaitement circonscrite et lisse ; on l'apprécie en pinçant le corps caverneux entre l'index et le pouce, ce qui permet de reconnaître que l'épaississement occupe la paroi du corps caverneux immédiatement au-dessous de la peau, qui n'est ni adhérente ni comprise dans l'induration. Le corps spongieux peut conserver sa forme et sa dureté habituelle ; mais il peut aussi être envahi par l'épaississement et rinduration, comme chez le malade de la première observation.
L'induration, qui était d'abord circonscrite, devient diffuse.
perd de son épaisseur, et il reste nn engorgement de toute la paroi du corps caverneux, qui donne, lorsqu'on la presse colre les doigts, la sensation du parchemin.
Cette affection entraîne constamment, au point de vue d« fonctions du pénis, un pronostic sérieux ; car le traitement est resté constamment inefficace. Les fondants et les résolutifs qui ont été employés par le docteur Johnson n'eurenl d'autre effet que de faire disparaître, à la longue, la sensibilité et la douleur que le malade éprouve dans le pénis ; quant à l'induration et à la déformation de la verge, elles ont toojours persisté.