‹ Maladies chirurgicales du pénisChapitre 63 sur 80 · PÉNIS PALMÉ · texte numérisé non relu

PÉNIS PALMÉ

On dit que le pénis est palmé lorsque cet organe est enveloppé par la peau du scrotum. Ce vice de conformation est très-rare, peu de faits ont été publiés ; Bouisson dit cependant l'avoir rencontré plusieurs fois, mais il n'a donné dans son mémoire qu'une observation personnelle. Le fait suivant a été rapporté par J.-L. Petit (2).

Un étranger consulta J.-L. Petit pour savoir si la mauvaise conformation de sa verge, qu'il avait apportée de naissance, pouvait se réparer, ou si, telle qu'elle était, elle le rendait impropre au mariage, qu'il était près de contracter. Il avait la verge tellement recourbée que la peau du scrotum lui servait d'enveloppe dans toute sa partie inférieure. Le gland était la seule partie saillante lors de l'érection ou plutôt lors du gonflement des corps caverneux et du gland. L'ouverture de l'urèthre était placée à l'endroit de la fosse naviculaire, de manière que, quand il rendait son urine, elle sortait en nappe et mouillait tout le scrotum. « Je le jugeai impropre au mariage et lui conseillai de ne se point rendre aux raisons de ceux qui auraient envie de le délivrer de son incommodité par quelque opération », écrivait J.-L. Petit. «Je lui dis que, quoique les parties qu'on aurait à couper en faisant une opération ne fussent pas de conséquence, les suites pouvaient en

(1) Voir l'article Hypospadias,

(2) J.-L. Petit, Traité de* maladies chirurgicales, t. ill, Supplément, p. 98, édit. de 1783.

être dangereui^eft, mais, de plus, qu*ii n'obtiendrait jamtb ce qu'il espérait ; que. quand même il n^arriverait aueumcodent, quand, après la cicatrice, la verge se trouverait entièn^ ment séparée du scrotum, elle resterait toujours courbée n se gonflant, parce que la cicatrice ne pourrait jamais »e prêter à 1 allongement de Ja verge ; qu*outre cela, il y artit m autre caust' de la courbure à laquelle ropéraiion ne fomù remédier. Il ne suivit pas mon conseil, un antre le persuada. Cependant, quoique je fusse d'un aris contraire, le malaèr désira que j*assistasse à Topération ; elle fut faite avec beaucoup de dextérité, mais la verge, quoique exactement séparée du scrotum, conservait sa coubure. Jamais elle ne pat être redressée ; elle resta telle après la cicatrice, n

Dans le cas de Bouisson, le pénis était affecté d'hypospadiif balanique, l'ouverture anormale était placée exactement udessous du point correspondant à la face navicnlaire ; et avait des dimensions restreintes, mais parfaitement sufflsaates pour la libre émission de Turine et de la liqueur séminale. En avant, existait une petite gouttière ayant quelques millimètres d'étendue et venant aboutir au point où existe nomi' lemcnt le méat urinaire.

Lorsque le malade voulait émettre ses nrines, il éUit obligé de relever sa verge, et une partie du liquide se répandait sur le scrotum et souillait les vêtements. Le péni§ ne pouvait se porter en haut, Térection était douloureuse, mais le développement de la verge était normal et s'opérait san* incurvation.

Dupont, médecin de Thôpital d'Harcourt (I), a vu un enfant hypospade dont la verge était palmée dans tonte rétendue de sa face inférieure ; le jet d'urine était dirigé en arrière ; cet enfant, âgé de quatorze à quinze mois, fut opéré sans plus attendre.

L'enfant étant convenablement placé et tenu, le pénis fiit relevé par un aide, et le chirurgien, tendant lui-même le

(1) Moniteur des hôpilauXf 11 février 1853.

PÉNIS PALMÉ. Ut

scrotum avec le pouce et Tindex de la main gauche, donna un coup de ciseaux dans le triangle formé par la double membrane ainsi tendue, on coupant parallèlement à la verge, h 2 lignes de distance environ et prolongeant l'incLsion jusqu'à sa racine.

Cette petite opération ne donna que quelques gouttes de sang ; après l'avoir soigneusement étanché, la plaie fut réunie avec quelques bandelettes agglutinatives très-déliées et un bandage en T, à deux chefs, qui venaient se croiser sous la verge, senit à maintenir 1 appareil. La cicatrice s'opéra en peu de jours et la verge est demeurée isolée.

Traitement, — D'après l'observation précédente, on voit que rincision peut donner de très-bons résultats, et malgré la répugnance de J.-L. Petit pour l'intervention chirurgicale dans des cas semblables, je suis d'avis qu'elle est parfaitement justifiée ; je pense même que l'on devrait opérer si la verge devait rester courbée pendant l'érection. Même dans ce cas il y aurait bénéfice réel pour le malade.

Bouisson (1) opéra de la manière suivante :

« Le malade, dit-il, étant placé dans le décubitus dorsal, les jambes écartées, le chirurgien se plaça au côté droit ; la verge fut relevée assez fortement pendant qu'un aide retenait en arrière le scrotum et les testicules ; la membrane cutanée interposée entre le scrotum et le pénis étant mise en évidencei comme le frein de la langue, lorsqu'on soulève celle-ci avec la plaque échancrée d'une sonde cannelée, fut incisée avec des ciseaux droits^ dans une direction rectiligne et de la base au sommet, en ayant soin de se rapprocher plus du bord postérieur de la membrane que du bord adhérent au pénis ; ainsi il restait assez de peau pour le recouvra* librement, sans exercer aucun tiraillement sur la face inférieure de la verge ; ainsi on évitait aussi le canal de l'urèthre. Le chirurgien eut l'attention de ne pas prolonger l'incision au-delà du sommet. La division de cette membrane cutanée donna immé«

(1) Bouissoii; Mémoim i%ir fhffpotpaâiaê, p. S36.

diatement la faculté de relever la verge, de la séparer coinpl^tement du scrotum et de reconnaître son entière indépeadance, aucune bride ne retenant plus Torgane et ne devsâ 8*opposer ultérieurement à Texercice de ses fonctions. Auees vcdsseau ne fut compris dans la division faite par les ciseaux. et il suffît d'absterger le sang avec une éponge imbil^ d^eau fraîche pour voir cesser tout aussitôt la légère effusioi sanguine provenant des capillaires. La plaie résultant d« l'opération ne donna qu'un écartement assez léger, soit (h côté du scrotum, soit du côté de la verge. EUle représentait qb sinus à sommet supérieur ; mais en relevant la veige et U maintenant dans cette position, elle se transformait en plai* longitudinale et linéaire (i). C'est à peine si Ton aperce>'ait l'angle de la réunion du bord scrotal et du bord pénien de k membrane intermédiaire, dont les deux portions adossée: s'étaient séparées par l'ampliation du tissu cellulaire lâche qui les unissait. La verge étant relevée du côté de l'abdomen et maintenue contre le pubis, un grand nombre de points d« suture entrecoupée, placés à i centimètre de distance, servirent à assujettir à un contact rigoureux les bords de la plaie cutanée ; la nouvelle position donnée à la verge fut ell^ même rendue fixe par l'application de bandelettes agglutinatives, étendues jusqu'aux aines, afin de prendre un point d'appui suffisant. On recommanda au malade le repos le plus complet et des précautions convenables pour ne pas mouiller la plaie lorsqu'il voudrait rendre les urines ; il fut soumis ait diète et à l'usage des boissons délayantes.

Ladhésion immédiate fut le résultat de cette opération. Elle ne fut entravée par aucun accident inflammatoire ou de toute autre nature. Le quatrième jour quelques érections tourmentèrent le malade, mais elles furent calmées par des lavements camphrés et des applications de linge trempé dans Veau froide sur le périnée. Le cinquième jour, on enleva les points de suture, après avoir eu la précaution de placer quelques serre-fines pour prévenir tout décollement des

(!) Voir pi. VIII, flg. *, de l'ouvrage de Bouisson.

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