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F. — LES LOTIONS VOLATILES

Les médicaments que nous venons d’étudier forment et usqu’à de nouvelles recherchés formeront toujours la base lu traitement des séborrhées huileuses de tout siège.

Ils ont contre elle une action indéniable, ils donnent lies neilleurs résultats que l’on puisse obtenir présentement contre une des plus tenaces et chroniques des affections de la peau.

Pourtant il est tics cas nombreux où ils ne peuvent être ^ Mnployés. Particulièrement les régions séborrhéiques pilaires sont par les médicaments étudiés plus haut très difficiles a

THÉRAPEUTIQUE

traiter. Plusieurs de ces médicaments sont gras, agglutinent les cheveux et trahissent aux yeux le traitement que suit le malade; d'autres sont odorants et ne se trahissent pas qu’aux yeux mais encore à l’odorat. Et par une malheureuse coïncidence les goudrons ne sont pas des parfums.

D’autres sont poudreux comme le soufre et sont visibles dans une chevelure.

Bien souvent donc le médecin se trouve obligé, surtout dans les cas moyens, de délaisser les médicaments les plus actifs pour d’autres qui sont plus maniables et les excipients gras pour des lotions volatiles. Mieux vaut encore un traitement médiocre suivi par le malade qu’un traitement actif qu'il délaissera.

De là sont nés dans le traitement de la séborrhée pilaire une multitude de lotions, d’une application pratique plus facile que les médicaments étudiés plus haut. Et la vogue de la plupart des lotions empiriques incessamment préconisées dans ce même but est due à la facile exécution des applications, facilité à laquelle des traitements sérieux ne peuvent prétendre.

La plupart de ces formules empiriques, dont quelques-unes sont fort anciennes, n'ont positivement aucune valeur; quelques-unes parmi les modernes sont dangereuses par les topiques irritants qu’elles contiennent. Plusieurs ont une action sensible. Mais ce qu’on peut dire de plus vrai à leur sujet, c'est que toutes sont de bien loin au-dessous de leur tâche et que les meilleures sont encore d’action fort limitée et médiocre.

Il en est d'ailleurs de même de celles que l’on établit journellement.

J'étudierai successivement les excipients qu’on peut leur donner et les médicaments plus ou moins actifs qu'on peut y incorporer, en disant pour chacun ce que je pense de leur valeur.

11 n’est pas inutile d’ajouter une remarque à ce qui précède, c'est que les meilleures et les pires des lotions préconisées contre la calvitie masculine ont cela de bon et de commun, qu’elles sont toutes des agents de nettoyage assez actifs, qu’elles remplacent avec une technique plus facile des savonnages, et que dans une maladie pénible et malpropre elles

TRAITEMENT EXTERNE DE LA SÉBORRHÉE

diminuent ce que ses symptômes ont de plus visible et de plus désagréable.

L'aicooi est l’excipient de la plupart des lotions proposées tant contre la séborrhée du visage et les acnés que contre la séborrhée du scalp. Sa vertu propre est à peu près nulle. C’est un excipient commode pour l'immense nombre d’agents plus actifs qu'il peut contenir et dissoudre. Il a l'avantage de dégraisser par lui-même le tégument sur lequel on l'applique et par conséquent de faire pénétrer plus profondément les agents médicamenteux qu'il véhicule.

Dans les lotions dont il forme le liquide, il est commode de le formuler très rectifié : alcool à 80, 90, 96 degrés, car beaucoup de médicaments pour être solubles dans l'alcool doivent avoir été solubilisés dans l’eau d’abord (exemple : sels de pilocarpine) et l'eau ainsi rajoutée nécessairement ramène l’alcool à 60 ou 70 degrés.

Dans les lotions, l’eaiz est encore conseillée par un grand nombre de médecins comme véhicule de substances actives. Quand on l'emploie, il faut bien savoir ce qu'on fait et ce qu’on veut faire.

Dans une formule comme la lotion soufrée de N idal par exemple :

Alcool à 90° 15 grammes.

Soufre précipité 15 —

Eau de roses 100 —

beau n'est qu’un agent de mélange, puisque la poudre de soufre directement appliquée sur la peau agirait autant que cette lotion.

Mais conseiller des frictions du cuir chevelu avec de la

liqueur de Van Swieten dans les séborrhées grasses, comme je le vois faire tous les jours, est une erreur de posologie.

L’eau ne mouille pas les graisses; en admettant que le sublimé agisse sur la séborrhée, encore faudrait-il qu il pénétrât la graisse dont le cuir chevelu est recouvert.

L’eau est donc à écarter comme excipient de lriclions ou

tiiehapeutique.

lotions destinées à pénétrer la région malade et non à déposer une simple poudre à sa surface.

L’éther, meilleur dissolvant des graisses que l’alcool, est un excipient souvent utilisé dans les lotions et il y est utile comme agent de nettoyage, de dégraissage. Ce médicament a contre lui son inflammabilité. Dans beaucoup de cas aussi, son action est trop active parce qu’il dégraisse trop des cheveux par euxmêmes secs et qui peuvent devenir cassants.

L acétone remplace l’éther dans certains cas où l’odeur de l’éther ne serait pas tolérée. Il a les mêmes qualités et les mêmes défauts. Son extrême miscihilité à tous liquides le rend souvent précieux.

L éther de pétrole , qui pendant un temps a remplacé tous les autres excipients, a beaucoup d’avantages extérieurs. 11 dégraisse très bien le cheveu sans le délustrer. Il est posologiquement parlant plus difficile à manier parce qu’il faut bien connaître les médicaments qu’il dissout et ceux qu'il ne dissout pas.

Le tétrachlorure de carbone , bon dissolvant, peu employé parce qu'il est rare et coûteux, serait utilisable comme succédané de l’éther ou de l’éther de pétrole, de même le chloroforme.

Les agents médicamenteux miscibles aux lotions, et utiles dans la séborrhée sont assez nombreux.

Ils se divisent en deux catégories :

1° Les agents utiles contre l’élément séborrhéique;

2° Les agents inertes contre l’élément séborrhéique et qui activent la fonction pilaire elle-même.

Les agents utiles contre la séborrhée peuvent encore fournir deux catégorisations; les uns très actifs mais dont 1 utilisation est difficile, les autres moins actifs mais dont 1 emploi est très aisé.

TRAITEMENT EXTERNE DE LA SÉBORRHÉE

J’ai donné déjà des formules de lotions complexes :

Liqueur d’Hoffmann 100 grammes.

Huile de cade 20 —

Acide pyrogallique 2 —

Soufre précipité 10 grammes.

très utiles dans certaines séborrhées fluentes par exemple mais dont l’emploi est extrêmement pénible.

De telles lotions n'ont rien des qualités qui font préférer les lotions aux pommades. Elles sont grasses, salissantes, d'emploi infiniment désagréable.

J’ai eu l'occasion d’en parler plus haut, j’aurai à y revenir encore, je ne m'y arrêterai pas ici.

Je n’envisagerai donc que les médicaments qui peuvent se dissoudre complètement dans une lotion, d’emploi facile, du type de l’eau de Cologne par exemple; ceux-là, qui rentrent dans ma seconde catégorie, sont bénins et de très peu de vertu contre les états séborrhéiques.

Tel est le biclilorure hydrargyrique par exemple. Sa vogue comme antiseptique cutané a été grande. Elle décroît. Sa valeur contre la séborrhée du cuir chevelu est nulle et contre les pityriasis est discutable. L’alcool pur serait bien près d’avoir la même action que 1 alcool bichloruré au millième.

Le sa loi, médicament « antiherpétique » un peu meilleur, est encore de valeur médiocre dans le traitement d une séborrhée. 11 en est de même des aristol, dermatol, etc.; ils peuvent agir contre les pityriasis, non pas contre un état séborrhéique sousjacent.

L'acide clivysophanique est un « antiherpétique » de premier ordre (0,10 pour 100). Son action, même a laibles doses sur les maladies dartrcuses exfolialives, est admirable. Mais d’abord il est beaucoup mieux toléré en pommades qu eu lotions. Ensuite contre la séborrhée il n agit qu a des doses auxquelles son action tinctoriale le rend difficilement ou rarement utilisable. En outre c’est un médicament très traumalisaot, que toutes les peaux ne tolèrent pas.

L'ammoniaque (2-4 pour 100) incorporée aux lotions \ niables est d’un usage fréquent. Mais on ne l’y emploie que comme

THERAPEUTIQUE.

dégraissant. Elle saponifie les graisses. Elle décape un cuir chevelu gras, elle n’a pas d’action propre contre la séborrhée*. Posologiquement l'ammoniaque exclut dans une lotion tout médicament acide et tout composé hydrargyrique.

Comme valeur antiséborrhéique autant est à dire de Yacide tartrique, de Yacide salicylique fl pour 100) et de Yacide acétique (1-2 pour 100) dont l’action mordante augmente pourtant d’une façon nette le pouvoir de pénétration d’un liquide antiseptique. L’acide acétique, à la longue, agit sur le pigment du cheveu et le fonce, l’ammoniaque inversement le décolore. On accuse même l’ammoniaque de le blanchir, mais on sait combien les lotions simples sont inertes en ce qui concerne la décoloration ou la coloration du cheveu à moins qu'elles n'agissent sur lui par des éléments tinctoriaux.

Le formol est un antiseptique un peu meilleur que les précédents (1/2-2 pour 100), il faut le formuler : formol du commerce ou formol au 1/40R. C’est un irritant qui à fortes doses expose aux mêmes déconvenues thérapeutiques que le soufre, le naphtol et les médicaments à réactions traumatiques.

On pourrait augmenter indéfiniment la liste qui précède, on pourrait inversement la diminuer si l'on voulait se restreindre aux seuls médicaments d’action prouvée.

Les médicaments utiles dans la calvitie, et qui n'ont d'action que sur la repousse du cheveu sans avoir aucune action contre la séborrhée elle-même, sont au nombre de deux à ma connaissance : l’un est le nitrate de potasse , l'autre la pilocarpine.

Le nitrate de potasse (1/4-1/2 pour 100) est un excitant certain mais médiocre de la fonction pilaire, utilisable dans des calvities très anciennes d'où l’infection séborrhéique a disparu, plus fréquemment utilisable dans les alopécies non séborrhéiques de la femme.

Il .a d’abord une action de nettoyage très certaine, à fortes doses il rend une lotion savonneuse. Mais son action sur la repousse des cheveux dans des infections séborrhéiques peu intenses me paraît absolument nette.

TRAITEMENT EXTERNE DE LA SÉBORRHÉE

Certaines lotions empiriques l’avaient d’ailleurs utilisé avant que je ne me fusse aperçu de la réalité de son action.

Malheureusement cette action est des plus limitée, elle n'égale pas celle des sels de pilocarpine qui est pourtant bien limitée elle-même.

La pilocarpine est l’alcaloïde du Jaborandi (. Pilocarpus pinnatus). On emploie indifféremment le nitrate et le chlorhvdrate dont l'action semble énale.

Les sels de pilocarpine peuvent être utilisés de 0-1 pour 100. A la dose de 1 pour 100 les lotions jaborandiques donnent fréquemment de la céphalalgie et sont mal tolérées. Elles sont de plus fort coûteuses. A 1 pour 200 les lotions sont toujours bien tolérées, sauf exceptions rares (blépharite ciliaire jaborandique).

Toutes les fois qu’une lotion à la pilocarpine est utilisée contre une calvitie jeune et active, en état séborrhéique accentué, son efficacité est rigoureusement nulle.

Elle a une action très nette dans les alopécies pityroïdes non séborrhéiques et dans les alopécies séborrhéiques à leur déclin, quand le taux de la chute de cheveux quotidienne s'est abaissé spontanément, et que le flux séborrhéique est atténué.

Mais, en dehors de ces cas, tenter des applications d'une telle lotion est s’exposer à un échec certain.

Le plus évident exemple que les sels de pilocarpine puissent donner de leur pouvoir se voit dans les calvities du vieillard, si l’on choisit avec discernement celles qui ne se sont pas compliquées de sclérose folliculaire. Dans ces cas, en répétant très fréquemment ces lotions on amène assez souvent une repousse de cheveux follets , suffisante pour couvrir tant bien que mal un vertex tout à fait nu depuis de longues années.

Ordinairement cette repousse d’ailleurs s arrête court et 1 on ne produit point avec ccs follets de repousse tardive des cheveux longs, adultes, solides.

Néanmoins en limitant à ce degré la vertu des sels de pilocarpine, vantée outre mesure dans un but extra-médical dont nous n’avons pas à discuter ici, les services que peut rendre

THERAPEUTIQUE.

ce médicament sonl très certains, s'ils sont pauvres, et peuvent être utilisés intelligemment.

Si l'on sait attaquer une séborrhée intense assez activement pour faire disparaître le flux séborrhéique en quelques mois de travail, les lotions utilisées ensuite longtemps aideront au moins le patient à compenser assez largement le taux de ses pertes quotidiennes, et le bénéficiaire en saura gré au médecin.

Refuser toute efficacité à cet agent médicamenteux serait aussi faux que de l’exalter outre mesure comme un remède universel; le tout est de savoir l’employer quand il convient et de savoir que meme employé au mieux, son efficacité est restreinte. Comme, après tout, l’action qu'il possède, très peu d’autres médicaments la présentent, nous sommes encore heureux de le connaître (‘).

On emploie encore le jaborandi sous forme de teinture alcoolique. Je mets en garde contre cette façon de le formuler. Aucun pharmacien ne titre l'alcaloïde dans sa teinture. 11 est des teintures de jaborandi qui ne contiennent que des traces impondérables de pilocarpine et dont la valeur en conséquence est plus que douteuse.

La plante elle-même en contient, suivant le sujet et la saison, des quantités très diverses. On sait combien la teneur en alcaloïdes est variable pour la kola, la coca; il en est de même pour le jaborandi.

Le médecin doit savoir s'il veut ou non prescrire de la pilocarpine et dans le cas où il le désire la prescrire à l'état de sel.

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