‹ Maladies de la matriceChapitre 2 sur 86 · FLORENCE · texte numérisé non relu

FLORENCE

Ricordi et O, libraires.

INTRODUCTION

Chargée du rôle le plus important dans la propagation de l’espèce humaine, la femme semble n’acheter ce privilège que par le nombre et la gravité des maux dont il est la source. C’est en effet par l’organe le plus immédiatement destiné à recevoir et à développer le nouvel être, que la femme voit à chaque instant sa santé compromise, son existence même menacée. Car, bien que les affections nombreuses des parties externes de la génération, des ovaires et autres annexes ou dépendances de l’utérus puissent exercer sur l’économie une influence défavorable et parfois dangereuse, c’est principalement dans ce dernier viscère que s’établissent ou par lui que commencent les plus redoutables maladies des femmes.

Ces maladies ont donc dû attirer spécialement l’attention des médecins de tous les temps: aussi leur histoire occupe-t-elle une place distincte dans les écrits des grands maîtres, à commencer par ceux du père de la médecine. Mais c’est seulement depuis que l’anatomie pathologique a porté sa lumière dans le chaos des altérations organiques en général , que l’on commence à recueillir des notions plus exactes et des idées plus précises sur la nature , les caractères et les différences de celles qui affectent la matrice. Jusque là, toutes, ou à peu près, étaient confon-

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dues sous les dénominations mal déterminées de carcinome, de squirre, de cancer, etc,, etc. La thérapeutique devait nécessairement se ressentir de l’obscurité qui nous dérobait la connaissance de ces maladies; aussi leur traitement portait-il presque exclusivement le cachet de l’empirisme.

Il faut P avouer cependant, malgré les investigations anatomiques et les travaux cliniques des modernes, l’histoire de ces maladies, quant à leur génération, leur nature, leurs caractères différentiels, se ressentait encore en beaucoup de points de son ancienne obscurité; malgré de précieuses acquisitions et d’incessantes expériences, leur traitement surtout laissait encore beaucoup à désirer. Il est vrai que dans ces derniers temps on s’était moins attaché à établir les différences qui existent entre les altérations organiques de la matrice, à baser sur ces différences des indications rationnelles, que d’essayer comme à l’envi des traitemens chirurgicaux qui, indistinctement appliqués à la presque universalité des cas, se ressentent par cela même de l’empirisme si justement reproché aux anciens. En outre, une malheureuse expérience a prouvé que ces opérations , tant prônées , sont rarement couronnées de succès ; que souvent elles sont incertaines ou suivies de rechutes ; et que , dans plusieurs des cas où l’on y a eu recours, elles étaient au moins inutiles ou non essentiellement indiquées.

La Société de Médecine de Bordeaux a prévu combien cet exemple, donné par les grands praticiens, était contraire aux progrès de la science des maladies chroniques de l’utérus et à l’intérêt bien entendu de l’humanité : honneur lui soit rendu pour avoir solli-

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cité, par la question qu’elle a proposée pour su jet de prix (i), des travaux qui fixassent enfin l’opinion des praticiens sur la nature et le diagnostic différentiel de ces affections si nombreuses et si variées, qui établissent d’une manière positive les indications particulières qu’elles réclament et. qui doivent nécessairement différer pour chacune, en raison de la différence qu’elle présentent dans leur nature, et l’éclairassent enfin sur le choix des moyens de traitement et sur la valeur de ceux proclamés ou employés, et principalement sur celle des opérations qu’on leur a opposées et dont on avait porté si haut les mérites.

Je ne me dissimulai pas tout ce qu’un sujet de cette importance nécessitait de connaissances, et combien il présentait de difficultés pour être traité convenablement. Mais ayant médité toutes les observations de maladies chroniques de la matrice publiées jusqu’à cette époque, ayant moi-même eu l’occasion de voir et de suivre un grand nombre de faits y relatifs observés avec attention , recueillis scrupuleusement dans une longue pratique, j’avais obtenu de leur examen comparatif des notions et déduit des conséquences théoriques et pratiques qui m’ont paru propres à répondre à la question, et susceptibles de contribuer à remplir le vide que présentait encore l’histoire des affections de l’utérus considérée sous le double point de vue pathographique et thérapeutique.

(1) « Établir les caractères distinctifs des divers engorgemens et ul— « cérations du col et du corps de l’utérus ; exposer les meilleures mère thodes de traitement qui conviennent à chacun d’eux, et préciser les « cas qui nécessitent l’extirpation des parties malades. »

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L’espoir d?avoir atteint ce but fut confirmé par le suffrage unanime que la. Société royale de Médecine de Bordeaux a accordé à mon travail , d’après le rapport favorable d’une commission composée de MM. Doumeing, Brulatour père, Guérin, Gintrac et Bonnet.

Extrait du Rapport (i).

On aurait tort de se figuier qu’il ne reste plus rien à dire sur les maladies symptomatiques ou idiopathiques de l’utérus ; et, pour ne parler que de ces dernières, on 11e saurait se dissimuler que si leur diagnostic est mieux connu, leurs causes, leur nature, leur traitement présentent encore beaucoup de doutes et d’obscurité. Vous l’avez senti comme nous, Messieurs : c’est dans cette pensée que vous avez cru devoir rappeler l’attention des praticiens sur les engorgemens et les ulcérations du col et du corps de la matrice. Le choix d’une pareille question témoigne de votre discernement et de votre désir constant de satisfaire aux besoins de la science. Il vous eût été difficile d’en proposer une qui offrît plus d’intérêt, et qui fût plus susceptible d’exciter l’émulation des gens de l’art. Aussi , malgré les circonstances graves qui préoccupent les esprits et nous arrachent aux travaux paisibles du cabinet, s’est-il trouvé des hommes qui ont répondu à votre appel. Vous devez même vous féliciter d’autant plus d’avoir établi ce concours, que son but nous paraît avoir été atteint.

Les détails dans lesquels nous venons d’entrer 11e vous

(1) Journal de Médecine pratique, ou Recueil des Travaux de la Société royale de Médecine de Bordeaux. Août i83i.

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donneraient pas, Messieurs, une idée entièrement exacte de cet ouvrage, si nous n’appelions de nouveau votre attention sur quelques uns de ses points principaux. Et d’abord nous vous ferons remarquer que l’article qui traite des engorgemens utérins est sans contredit ce qui a été publié de mieux pensé et de plus complet sur cette matière. L’auteur ne se montre pas seulement liabile à expliquer les causes et le mode de développement des altérations organiques de la matrice , il nous apprend encore à les guérir. Personne, avant lui, n’avait considéré le traitement de ces états morbides d’une manière plus rationnelle et plus philosophique. Les moyens curatifs qu’il conseille d’administrer sont sans doute pour la plupart connus el usités depuis long-temps, mais il apprécie avec une rare supériorité de talent leurs propriétés, l’époque à laquelle il convient de les prescrire, le temps qu’on doit en continuer l’emploi. Une chose surtout qui nous paraît neuve , et qu’il n’est pas inutile de noter, c’est l’explication qu’il donne du genre de modification que les sédatifs et les stupéfians produisent sur l’économie : ces médicamens , selon lui, n’exercent pas une action spéciale , mais ramènent l’innervation exagérée du tissu malade à son état naturel , condition nécessaire pour que ce tissu, en perdant sa faculté sécrétoire anormale, récupère sa faculté absorbante physiologique. Il est vrai qu’on serait en droit de demander si c’est bien ainsi qu’agissent les remèdes qui nous occupent , et s’il est certain qu’en diminuant la vitalité exaltée d’une partie on lui fera recouvrer la faculté absorbante. Mais il ne faut pas se figurer non plus qu’une pareille proposition ait été avancée cà la légère : elle repose, nous pouvons l’assurer, sur des faits très-curieux , qui , s’ils ne la confirment pas pleinement, lui prêtent un très-haut degré de vraisemblance. Cet article, nous le répétons, est ce qui a été publié de

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mieux pensé et de plus complet sur les en gorge mens utérins. Toutefois on ne saurait se dissimuler qu’il laisse à désirer sur quelques points : on y pose en principe , par exemple, que les engorgemens de la matrice ne dépendent pas toujours d’une phlegmasie , mais on ne nous enseigne pas à distinguer les cas où ce fait a lieu de ceux où la maladie provient d’une véritable inflammation. Nous regrettons également d’y rencontrer presqu’à chaque page les mots plilegmasie rouge et plilegmasie blanche. Ces expressions, quoi qu’on en dise, sont impropres et n’offrent aucun avantage sur celles dont on s’est servi jusqu’à présent.

Le chapitre intitulé Cancer confirmé offre beaucoup d’intérêt, et nous n’y trouverions rien à relever, n’étaient les nombreuses espèces d’affections cancéreuses que notre confrère a cru devoir reconnaître. Ces variétés, Messieurs, pouvant être le résultat d’une même et unique altération , nous ne voyons pas l’utilité qu’il y a de les établir. Quelques unes d’ailleurs sont évidemment surabondantes, et en supposant qu’il fût essentiel de diviser le cancer en espèces, on serait nécessairement -obligé de rejeter celles dont il s’agit ici.

L’amputation du col de la matrice et l’extirpation de la totalité de cet organe sont depuis quelques années l’objet d’une vive controverse. Les partisans de ces opérations les regardent comme l une des acquisitions les plus précieuses de la chirurgie moderne ; leurs détracteurs peutêtre en exagèrent les dangers et l’inutilité. Dans cet état de choses, il était à désirer qu’un homme impartial, dégagé de préventions, descendît dans l’arène et essayât de mettre un terme à une lutte louable sans doute dans son but, mais qui malheureusement n’est pas restée étrangère à des considérations personnelles et d’intérêt privé. Notre confrère, Messieurs, n’a pas reculé devant une tâche

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si difficile, et il a d’autant plus de droits à notre reconnaissance et à nos éloges , qu’il nous paraît l’avoir fait avec bonheur.

Nous nous sommes efforcés , Messieurs , de vous faire connaître le plan de cet ouvrage, l’esprit dans lequel il est conçu, l’ordre et l’importance des matières qu’on y traite. Nous ajouterons maintenant qu’il se recommande par des aperçus ingénieux, des explications neuves, et surtout une grande sagesse de discussion. L’auteur n’est pas un de ces écrivains qui bâtissent sur des hypothèses et se perdent dans les conjectures. Doué d’un tact exquis et logicien sévère , il n’avance généralement rien qui ne soit entouré de preuves. Et remarquez que ce n’est pas par la voie seule du raisonnement qu’il procède 5 la plupart de ses opinions reposent sur des faits nombreux et qui lui appartiennent. Peu de médecins ont tant vu d'altérations organiques de l’utérus. Aussi en parle-t-il non sur la foi d’autrui , mais en homme qui a beaucoup et parfaitement observé. Examinez la théorie des causes et du mode de développement des engorgemens de la matrice, les règles de traitement pour ces états morbides, le jugement porté sur les avantages et les inconvéniens de l’amputation du col et de l’extirpation de l’utérus 5 examinez, disons-nous, les points principaux de son manuscrit, et vous verrez que, sans négliger de mettre à profit les travaux de ses devanciers ou de ses contemporains, c’est presque toujours sa propre expérience et une pratique éclairée qui lui servent de guide.

En résumé, Messieurs, l’ouvrage dont nous venons de vous entretenir est sous tous les rapports digne de vos suffrages. La question cpie vous avez mise au concours s’y trouve résolue , autant du moins qu’il était possible qu 'elle le fût d ans l’état actuel de la science. Il y a donc lieu de décerner à son auteur la totalité du prix, et c’est ce que votre commission a l’honneur de vous proposer.

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Extrait du Programme lu à la séance publique annuelle du samedi 3 septembre i83i (i).

La Société a reçu en réponse trois Mémoires.

Le Mémoire enregistré sous le n° 3, portant pour épigraphe cette phrase extraite du Mémoire , le plus grand nombre des cancers de V utérus pourraient être prévenus , si Von combattait à temps et convenablement les engor gemens et les ulcérations simples qui en sont V origine la plus commune j est divisé en deux parties. Dans la première, on expose des considérations générales sur les altérations organiques de la matrice. La seconde partie renferme une histoire exacte et complète, d’après l’état de nos connaissances , des engorgemens et des ulcérations du col et du corps de l’utérus. L’auteur en décrit les espèces en praticien .expérimenté : s’il se livre quelquefois à des explication théoriques, il les appuie du témoignage des faits 5 s’il a su étayer par des observations remarquables et curieuses la description des engorgemens qu’il appelle sanguins j, il s’est montré non moins habile dans celle des engorgemens appelés durs ^ et les observations que renferme ce chapitre doivent surtout fixer l’attention des praticiens. En suivant ce gui de, on sera sur la voie la plus sure pour discerner les altérations de tissus simples et susceptibles de guérison d’avec ces dégénérescences cancéreuses presque toujours mortelles j il importe surtout de confirmer les heureux succès des médications qui lui ont si bien réussi. L’auteur n’a pas montré moins de. savoir et une noble indépendance dans la discussion des cas qui nécessitent l’extirpation des parties malades. Il a

(0 Journal de Médecine pratique , ou Recueil des Travaux de la Société royale de Médecine de Bordeaux. Septembre i83i.

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démontré que ces opérations ne doivent être faites que rarement, et que la plus grande circonspection est imposée aux chirurgiens dans ces circonstances, où ils peuvent, par des médications aussi efficaces que sures, préserver les malades de ces opérations toujours dangereuses , si elles ne deviennent funestes. Ce travail est rédigé avec soin; le style en est simple et clair; les faits qui y sont consignes sont nombreux et appartiennent en grande partie à la pratique de Fauteur. 11 serait difficile de lui adresser aucun reproche essentiel. Si quelques négligences dans les détails pourraient être relevées, elles sont rachetées par des qualités si supérieures dans l’ensemble, que la Compagnie, très-satisfaite , décerne la totalité du prix, consistant en une médaille d’or delà valeur de 3oo francs , à son auteur, M. le docteur Duparcque , médecin à Paris, membre correspondant de la Société.

J’ai essayé de faire disparaître de cet ouvrage les fautes que la Commission y a signalées ; j’ai donné plus de développemens à quelques unes des propositions qu’il renferme ; de nouvelles considérations échappées à la première rédaction le rendent plus complet ; enfin j’ai étayé par quelque nouveaux faits et les opinions théoriques que j’ai émises, et les données pratiques que j’avais signalées. Je n’ai pas la prétention d’offrir au public un traité parfait, mais j’aime à penser qu’il ne sera pas sans utilité pour le nosographe , et cpie les praticiens pourront y puiser quelques lumières propres à les diriger dans le diagnostic et le traitement des maladies chroniques de la matrice.

1 NTHODUCTIQN.

L’empressement 'que le public médical , tant en France qu’à l’étranger (i), a mis à accueillir cet ouvrage, est venu légitimer le flatteur et brillant suffrage que lui avait accordé la Société royale de Médecine de Bordeaux.

Cette publication ouvrait un nouveau champ à la discussion; elle devait exciter l’émulation, rappeler des souvenirs, susciter des controverses, solliciter enfin de nouveaux écrits sur ce sujet important. On a répondu à l’appel. Les écrits se sont succédé. Les uns ont embrassé toutes les maladies de la matrice (2) , d’autres n’ont porté leurs investigations que sur quelques unes de ces nombreuses affections (3).

(1) L’Institut médical de Philadelphie a encouragé , approuvé et adopté la traduction anglaise faite par un de ses membres distingués , le doc’eur Warrington : A Treatise an the f une tional and organic diseases of the utérus, frorn the franch of F . Duparque; tvanslated , with notes, by Joseph Warringlon , D. M. of Philadelphia , 1 887 .

(2) Traité théorique des Maladies de V Utérus et de ses annexes , par MM. Boivin et Dugès; 1 83 3 . — Cancer delà Matrice , de ses causes , de son diagnostic et de son traitement, par P. S. J. Téallier, ouvrage qui a remporté le prix proposé par la Société de Médecine de Lyon; 1 8 3 G . — Maladies de V Utérus, d’après les leçons cliniques de M. Lisfranc, faites à l’hôpital de la Pitié, par H. Pauly, docteur en médecine , ex-premier prosecteur de M Lisfranc , ancien interne de première clause à l’hôpital de la Pitié, i836, 1 vol. in-8°. — B. Iloopcr. The Morbid ana'.omy of the hum an utérus ant ils appendages ; London, 1 834 -

(3) Carron Duvillards. Dell’ estirpazione delV utero ca/zceroso; Bologna, 1834. Mémoire imprimé par ordre et aux frais de la Société médico chirurgicale de Bologne. — Remarques pratiques sur les Ulcérations du col de la matrice, et sur l’abus du spéculum uteri dans le traitement de cette maladie, par C. M. Gibert , médecin de l’hôpital de l’Oursine (vénériensfemmes); 1887. — Mémoires sur les Maladies dites cancéreuse delà matrice, où sont combattues les opinions des partisans de l’amputation ou de la cautérisation du col utérin cancéreux, par J. F. B. Maurice- Treille, docteur-médecin; i838. — Lettres sur les Ulcérations de la matrice ( metroelkoses), et leur traitement , par S. G. Otterburg ; i83g.

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Des thèses ont été soutenues (i), des mémoires, de nouvelles observations ont été publiés dans les recueils périodiques (2) et les dictionnaires de médecine.

Il faut reconnaître cependant que rien de bien saillant n'a en général été ajouté aux inductions théoriques et pratiques que nous avions déduites d’une étude approfondie et de recherches incessantes sur la matière, considérée soit sous le rapport théorique, soit sous celui de la pratique. On a introduit quelques modifications dans les moyens thérapeutiques; on a donné plus d’extension à l’application de quelques uns, mais on a généralement adopté nos indications, et suivi les principes fondamentaux que nous avions établis, sans excepter ceux-là memes qui ne partageaient pas entièrement nos opinions théoriques; heureuse inconséquence qui a fait dire de ces dissidens, que leur pratique valait mieux que leur théorie (3).

La grande faveur accordée à mon travail, le prompt épuisement de la première édition, ne m’ont point aveuglé sur ses imperfections. Elles étaient graves, elles étaient nombreuses. J’ai fait droit à quelques critiques éclairées et consciencieuses; j’ai fait plus encore, j’ai cherché à effacer des fautes et des erreurs qui m’étaient d’abord échappées; j’ai tâché de combler les lacunes qu’il présentait; pour cela j’ai pu tirer parti des observations rapportées dans les ou-

(1) Des Ulcérations de la matrice , par Desvouves Denunque ; i836.

(2) Considérations pratiques sur le traitement des Maladies de la matrice, pur M. Mélier, Mémoire inséré dans les Mémoires de l’Académie royale de Médecine, tome il , page 35o ; 1 833 .

(3) Rapport fait à la Société de Médecine de Paris par M. Mélier, sur le Cancer de la matrice de M le docteur Téallier ; x 837 .

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vrages qui ont paru depuis, et dont je viens de citer les plus importans. Servi en outre par les circonstances, j’ai pu mettre à profit nombre de faits de maladies de la matrice que j’ai eu les occasions d’observer, occasions qui se sont montrées de plus en plus fréquentes dans ma clientelle.

Un des principaux fondemens , ou pour mieux dire la première et indispensable condition de toute thérapeutique rationnelle, est sinon la connaissance exacte de la nature des maladies, au moins celle de leurs caractères différentiels. Distinguer cette foule d’affections dont la matrice peut être affectée, et qui jusqu’ici ont été confondues et le sont même encore par plusieurs des auteurs les plus récens, était déjà un avantage précieux pour leur traitement. Par-là déjà on évite des incertitudes, des tâtonnemens, on n’est plus exposé à l’aveugle application des moyens qui peuvent être aussi bien inutiles ou même contraires qu’avantageux; en un mot, on possède une base fixe pour établir des indications précises; l’expérience vient ensuite prononcer sur les meilleurs moyens de les remplir.

Les auteurs qui ont récemment publié soit des traités ex professo , soit des mémoires monographiques sur les maladies de la matrice, et dont j’ai rappelé la liste ci-dessus , ainsi que les auteurs d’ouvrages sur les maladies des femmes (i), ont ap-

(i) Traité théorique et pratique des Maladies des femmes , par F. Imbert, ex -chirurgien en chef de la Charité de Lyon, 1889, 2 vol. in -8°. — Traité des Maladies des femmes, et de l’hygiène spéciale de leur sexe , par Colombat , de Liseré; 1 838 . — Traité complet des Maladies de la femme , étudiées sous les rapports physiologiques, nosographiques et thérapeutiques, par S. D. L’héritier; 1 838.

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précié l’importance des distinctions que nous avions établies, d'après nos observations, entre les différentes altérations organiques simples de la matrice; ils ont reconnu la justesse de nos investigations relatives à leur nature, à leur origine, à leurs caractères diagnostics différentiels, aux transformations successives qui les font passer de cet état de simplicité à celui de désorganisations profondes, etc. Il est quelques unes de ces affections qui avaient échappé à l’observation, ou cpie l’on confondait plus généralement avec d’autres. Tels étaient, entre autres, les engorgemens sanguins hémorragiques. Observés dans leurs premières périodes, on ne tenait compte que du symptôme apparent, l’hémorragie, que Ton considérait comme letat pathologique essentiel, et que Ton traitait en conséquence. A un degré plus avancé, c’est-à-dire lorsque ces engorgemens ont amené la désorganisation des tissus, et qu’ils constituent cette espèce essentielle et très-distincte de cancer que nous avons désigné sous le nom de cancer mou ou sanguin, dans cet état, dis-je, ce genre d’altération était indigestement amalgamé, confondu tantôt avec les squirres, tantôt avec les exubérances fongueuses ou hématordes, ou il était encore désigné sous le nom mal déterminé de carcinome.

L’ œdème du col de V utérus n’avait meme pas été mentionné, et cependant il méritait d’être au moins noté, ne fût-ce que pour éclairer le diagnostic différentiel de quelques engorgemens d’autre nature, avec lequel il peut être facile de le confondre, et auxquels du reste on le voit assez fréquemment suc-

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céder : remarque non moins importante quant au traitement de ces engorgemens.

Je signalerai aussi Y hypertrophie. Sous cette dénomination on doit entendre « une classe de lésions dont « le caractère essentiel consiste dans l’exagération de « la nutrition, et par conséquent dans l’augmentation « de poids et de volume des organes, sans altération « de leur texture. » { Dictionnaire de Médecine et Chirurgie pratique , tome X.) Au mépris de cette définition qui est la signification exacte du ntot hypertrophie et de son acception rigoureuse, on l’a appliquée à des maladies à la vérité marquées par l’augmentation de volume ou l’engorgement des parties, mais en lesquelles il y avait autre chose qu’une augmentation de nutrition; ainsi à des phlegmasies chroniques avec induration ou même à l’état squirreux (i). J’ai dû éviter cette inconvenance d’application, et n’ai considéré comme hypertrophies de la matrice que les engorgemens essentiellement et exclusivement dus à un excès ou une exagération de nutrition, sans altération de tissu. Ce sujet, ainsi restreint, se prêtait encore à des observations nouvelles et à des conséquences thérapeutiques importantes.

A propos de l’emploi impropre des noms, je citerai encore l’ hystèralgie , que l’on a aussi singulièrement détournée de son acception, en la confondant par exemple avec certains états phlegmasiques; ainsi on l’a définie « une sub- inflammation sans engorgement,

(i) Maladies de V Utérus, d’après la clinique de la Pitié.

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sans changement appréciable de l’utérus (i). » En restituant à ce mot sa véritable acception, j’ai aussi donné les caractère spéciaux et variés de ce genre de névroses utérines. Son histoire est appuyée sur plusieurs observations qui nous ont paru être du plus haut intérêt.

Il est une espèce ou une forme particulière de cancer que nous avons encore eu l’occasion d’observer tout récemment, et que nous croyons avoir le premier remarqué : je l’ai désigné par le nom de square rampant. Il méritait aussi une mention spéciale.

J’avais d’abord porté plus particulièrement mon attention sur les altérations de la matrice qui se présentent sous forme d’ engorgemens , et qui sont aussi les pins communes. Faute de faits suffisans, ou peut-être à cause de la moindre importance que j’y attachais , je n’avais donné sur les exubérances et notamment sur les ulcérations de la matrice, que des notions fondamentales. Éclairé et favorisé par de nouvelles observations, j’ai pu rendre plus complète l’histoire de ces deux genres d’affections.

Les ulcérations de la matrice surtout , auxquelles je n’avais accordé qu’une valeur pathologique assez limitée, en tant qu’elles sont simples, ont acquis depuis quelques années une trop grande importance pour ne pas avoir attiré particulièrement mon attention. En effet, on en a cherché, on en a trouvé chez presque toutes les femmes qui présentaient le moindre symptôme anormal du côté des voies génitales. Nous verrons les désastreuses conséquences théra-

(i) Maladies de V Utérus, par M. Pauly, d’après la clinique de M. Lisfranc

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peutiques qu’on en a tirées. Je me suis efforcé d’en tracer ici une histoire complète, et de donner sur leur traitement des préceptes rationnels.

On a justement critiqué la division que j’avais adoptée des affections cancéreuses. Elle était essentiellement vicieuse. Celle que je lui ai substituée m’a été commandée par une observation attentive et une interprétation que je crois exacte des laits. J’appelle l’attention des médecins sur les considérations que j’ai présentées relativement à l’origine, au mode de développement de ces altérations cancéreuses. J’ai suivi leur marche depuis leur naissance sous forme de lésions simples, d’affections bénignes, jusqu’aux derniers termes de leurs désorganisations profondes qui constituent les cancers confirmés.

Le diagnostic de toutes ces maladies étant établi aussi clairement que possible, les indications thérapeutiques se présentaient pour ainsi dire d’ellesmémes. Quant aux moyens les plus propres à les remplir, j’en ai appelé à une expérience consciencieuse de près de trente années, qui m’a permis d’étudier les propriétés et de fixer la valeur des nombreux et diffère ns agens thérapeutiques qui jusque-là avaient été préconisés, ou qui Font été durant cette période, contre les affections utérines.

J’ai aussi expérimenté quelques médicamens dont l’application n’avait point encore été faite au traitement de ces maladies : ainsi le tartre stibié , administré par la méthode iatraleptique , dont j’ai obtenu des effets résolutifs remarquables dans des cas d’engorgemens utérins, soit phlegmasiques, soit avec induration , ou même d’apparence squirreuse.

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Je dois compter comme un des principaux avantages qu’a pu avoir la première publication de cet ouvrage, le service éminent quelle a rendu à l’art compromis et à l’humanité sacrifiée , en dévoilant , en arrêtant subitement le déplorable et grandissant abus d’opérations que l’on pratiquait sans nécessité, dont on exagérait l’importance, et dont les succès pompeusement publiés se sont trouvés pour un certain nombre faux ou supposés J’ai nommé l’ampu-

tation du col de l’utérus.

Malheureusement cet abus abandonné a été remplacé par un autre non moins dangereux. On n’a fait que changer d’instrument destructeur ; au fer on a substitué le caustique, et comme son emploi, plus facile encore, le mettait à la portée des moins habiles et des moins exercés, tous s’en sont emparés, beaucoup l’ont à tort et parfois funestement prodigué, la plupart l’ont fait à bonnes intentions et de bonne foi sans doute ; il serait à désirer pour l’honneur de la médecine que cette excuse fût générale. J’avais signalé ce nouvel et non moins dangereux abus(i) contre lequel d’honorables praticiens viennent aussi de s’élever.

Que Ton se garde toutefois de tomber dans les extrêmes. Combattons l’abus, éclairons les praticiens qui l’exercent de bonne foi, stigmatisons les autres, mais ne proscrivons pas entièrement l’usage de moyens qui, dans certains cas, promettent des avantages que l’on attendrait vainement par d’autres voies. Ainsi l’amputation peut être la seule ancre de

(i) Compte rendu des séances de la Soeiété de Médecine de Paris,

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salut dans les cancers confirmés ou autres altérations organiques avancées , mais qui sont limitées au col de la matrice. Il est des ulcérations utérines, cancéreuses ou non, contre lesquelles échoue toute espèce de traitement général ou local, et qui ne résistent pas à un emploi sage et prudent des caustiques. Quelquefois même ces derniers, employés avec mesure et discernement dans les ulcérations simples , provoquent une cicatrisation beaucoup plus rapidement que ne le ferait tout autre moyen. Ce que nous avons fait relativement à l’amputation, nous le ferons également pour la cautérisation; nous tâcherons de préciser autant que possible les indications et les contre-indications de l’emploi de ces moyens thérapeutiques.

J’espère qu’avec toutes les modifications et les documens nouveaux que j’ai introduits dans cet ouvrage , il présentera une histoire des altérations organiques de la matrice beaucoup plus complète que toutes celles qui on été publiées jusqu’à ce jour.

Les praticiens qui savent les exigences d’une nombreuse clientelle, et à combien de fatigues et d’interruptions expose l’accomplissement des devoirs qu’elle impose , concevront les difficultés que j’ai dû rencontrer pour donner à la rédaction d’un ouvrage d’aussi longue haleine tout le soin nécessaire; je crois pouvoir compter sur leur indulgence à ce sujet.

Je divise ce travail en deux parties.

Dans la première, destinée à des Considérations générales sur les maladies de la matrice, j’examine successivement :

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i°. L’étiologie des maladies utérines ; les influences prédisposantes des âges, de la constitution, du tempérament, de l’hérédité; les causes déterminantes , leur nature et leur mode d’action.

2°. Quel est le siège immédiat, quels sont la nature des altérations organiques de la matrice, leurs différences , leur mode de formation , de développement, de succession, de terminaison; leur degré respectif de curabilité.

L’intérêt que l’on attache à l’étude des maladies de la matrice s’applique principalement à celles qui portent les caractères cancéreux. Le cancer de la matrice , c’est là toute la crainte des femmes qui éprouvent quelques symptômes du côté de cet organe, c’est là toute la préoccupation du praticien appelé à les soigner.

Il ri existe qu’une lésion simple, doit-on craindre quelle ne soit l’origine, la source de cette redoutable affection? celle-ci est-elle par cela même imminente, et peut-on espérer d’en prévenir le développement? ou bien , lorsque déjà se signalent quelques uns des caractères propres à ce genre de maladie, peut-on l’arrêter dans sa marche, prévenir sa funeste terminaison ? Les opinions sont en dissidence sur ce sujet. Quelques uns proclament l’inévitabilité et l’incurabilité absolue du cancer ; je m’étais inscrit contre cette désespérante fatalité, que je combats ici avec de nouvelles et plus pressantes argumentations, et par de nouveaux et nombreux faits (i).

(i) Ce sujet important a é!é l’objet d’une discussion approfondie que payais sollicitée dans le sein de la Société de Médecine de Paris, en pré-

INTRODUCTION

3°r J’ai consacré un chapitre à la symptomatologie comparée des altérations organiques de la matrice. Les phénomènes ou symptômes que produisent ou par lesquels se manifestent les altérations simples ou désorganisatrices de ia matrice, peuvent exister chacun isolément, et constituer autant d’états pathologiques simples et élémentaires. Il importait, pour la clarté dû diagnostic de ces altérations, de préciser la valeur absolue et relative de chacun de ces symptômes ainsi considérés isolément, de bien établir les rapports qui les lient aux altérations, soit comme cause, soit comme effet, ou comme simple coïncidence, ou complication , ou accident.

J’ai joint à ce chapitre l’histoire détaillée du toucher et du spéculum, qui s’y rattachent essentielle- ment comme moyens d’investigation indispensables à la recherche et à l’appréciation d’un grand nombre de ces phénomènes.

4°. J’ai terminé cette première partie par l’exposé de l’histoire des médications plus particulièrement propres à l’utérus, savoir, les applications topiques, médicamenteuses, caustiques, celle des sangsues; ne donnant ici que les règles relatives à l’application générale de ces moyens.

La seconde partie présente la pathographie détaillée de toutes les altérations organiques de la matrice. Je les divise en quatre classes.

ire classe. Les exubérances renfermant les polypes

sentant une réfutation de l'inévitabilité et de l’incurabilité absolue du cancer. Le comple rendu de cette discussion est rapporté dans la Revue médicale ,* i8?>7-i838.

INTRODUCTION

fibreux , les excroissances polypiformes , les excroissances vésiculeuses (fongus en grappe), les excroissances fongueuses idiopathiques , les végétations cellulo-vasculaires secondaires, et les excroissance car cinomateuses.

La métrite granulée, qui tient des exubérances par les excroissances qui la recouvrent, et aux engorgemens en ce qu’elle affecte le parenchyme utérin, sert pour ainsi dire de transition des premières de ces altérations à celles qui suivent.

ae classe. Les engorge mens proprement dits. A cette classe se rapportent X hypertrophie, qui est générale ou limitée ( engorgement fibreux , corps fibreux mtr apparié taux) , les engorgemens stéatomateux , les engorgemens œdémateux , les engorgemens sanguins congestifs simples et les engorgemens congestifs hémorragiques; ceux-ci sont le premier degré du cancer mou ou sanguin. Viennent ensuite les engorgemens inflammatoires, comprenant la métrite catarrhale, distinguée en active et passive; la métrite parenchymateuse, divisée en aiguë , sub-aiguë et chronique; et comme suites ou conséquences, les abcès , F induration , X engorgement squirreux , et les engorgemens cartilagineux et osseux. Cette classe d’altérations est terminée par l’histoire des tubercules , des productions encéphaloïdes et mélaniques.

3e classe. Les ulcérations , affections très - communes, très- nombreuses, très- variées, et que j’ai groupées ainsi qu’il suit : i° les érosions ; 20 les ulcères simples ; 3° les ulcérations herpétiques ; 4° les ulcères scrofuleux ; 5° les ulcères scorbutiques ; 6° les ulcères ehancreux qui sont idiopathiques ou sy-

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