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MALADIES DES FEUILLES

1** Puccinia Pruni spinosae (Pers.).

Syn. : Uredo Prunastri (De).

Le Puccinia Pruni spinosœ est une Urédinée qui produit, à la face inférieure des feuilles des Pruniers, une rouille d'un brun noirâtre, ayant quelque anar logie avec la rouille noire, si connue, produite sur les céréales par une espèce assez voisine, le Puccinia graminis.

Il existe dépendant entre ces Puccinia des diffé-

rences assez importantes, et qui méritent d'être signalées.

Le Pwxinia graminis est hétéroïque, c'est-à-dire que, pour accomplir son développement complet, il est obligé de passer sur deux hôtes diflFérents, où il forme des appareils fructifères distincts.

Au printemps on le trouve sur l'épine-vinette (Berberis tmïgaris)^ où ilformedesspermogoniesetdes œcidies, et en été et en automne sur un grand nombre de graminées, telles que le blé, etc., où il forme ses urédospores et des téleutospores ou spores d'hiver, qui ne germent qu'au printemps suivant.

Le Puccinia Pruni spinosas, au contraire, présente un développement moins compliqué ; ce parasite est Jwmoïqtfe, c'est-à-dire qu'il habite toute l'année sur une seule plante hospitalière, le Prunier, où il ne forme que deux appareils fructifères différents : des urédospores et des téleutospores.

Les feuilles de Prunier infestées par ce parasite sont recouvertes à la face inférieure de petites tâches brunâtres, arrondies, généralement nombreuses, serrées, souvent même confluentes.

Le' mycélium de ce Puccinia étend ses nombreux filaments entre les cellules du parenchyme de la feuille; sous l'épiderme, il produit des amas d'urédospores qui, de bonne heure, soulèvent cette assise, la font éclater et apparaissent au dehors. Ces urédospores sont de forme assez variable, elliptiques, ovoïdes, généralement oblongues, ou même claviformes.

Elles sont ordinairement fortement épaissies au sommet, et de couleur brun jaunâtre clair; leur surface est hérissée de piquants serrés, leur longueur est de 22 à 35 |x, leur largeur de 10 à 17 ix.

Ces urédospores sont portées sur de courts pédicelles, et sont entremêlées de cellules stériles ou paraphyses, renflées au sommet en massue.

Un peu plus tard, le mycélium donne naissance à des amas de spores d'hiver ou téleutospores, qui sont faciles à distinguer, même à l'œil nu, des spores précédentes.

Ces téleutospores, portées sur de longs et grêles pédicelles, sont constituées par deux cellules globuleuses, dont la forme et la grosseur relative sont assez variable, la cellule inférieure étant souvent plus petite, incolore ou jaune pâle.

La membrane de ces téleutospores a une épaisseur uniforme, une couleur brun sombre ; elle est couverte de piquants courts et forts: leur longueur est de 30 à 45 {x, leur largeur de 17 à 24.

A la maturité les 2 cellules de chaque téleutospore s'isolent, de telle sorte que l'on pourrait croire que ces téleutospores sont unicellulaires.

Ce parasite est assez commun en France, où on le trouve sur les Pêchers ainsi que sur les Prunus armeniam^ spinosa^ insititia et domestica.

Comme traitement préventif, il est bon d'employer une solution de bouillie bordelaise, que l'on appliquera à l'aide d'un pulvérisateur au printemps au début de la végétation; comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire, ce traitement n'a aucun effet sur les spores des Urédinées, dont l'épaisse membrane les met à l'abri de l'action des fongicides, il a pour but de tuer les germes issus de ces spores et de les empêcher de pénétrer dans la feuille.

Remarquons également qu'il n'existe aucun traitement curatif permettant de combattre d'une façon

efficace ce parasite une fois établi et fructifié sur les feuilles.

2<» Polystigma rubrum (De).

Le Polystigma rubrum est un champignon qui appartient à Tordre des Pyrénomycètes, sous-ordre des Hypocrèacées^

Ce parasite attaque les feuilles des Pruniers,y produisant des taches brillantes orangées ou rouges, rondes ou elliptiques, isolées ou confluentes. Une coupe transversale d'une de ces taches, examinée au microscope, montre qu'en ce point la feuille présente un épaississement notable, déterminé par le mycélium du parasite, qui y forme une couche dense, ou stroma, très vivement colorée.

Ce stroma est creusé de cavités, les unes sphériques, et sans communication avec l'extérieur, les autres en forme de bouteilles, munies, d'un orifice ou ostiole, qui s'ouvre à la face inférieure de la feuille; ces conceptacles sont les spermagmies du parasite, qui, sous cette forme, est désigné sous le nom de Polystigma rubra.

Ces spermogonies sont tapissées à leur intérieur d'une couche serrée de conidies ou spermaties^ qui sont linéaires, hyalines, amincies au sommet, droites ou courbées en forme de crochet (fig. 28).

Ordinairement, ce sont là les seuls appareils fructifères que le parasite produit sur les feuilles vivantes de Prunier, il ne forme ses périthèces que sur les feuilles tombées ou en voie de décomposition.

Ces périthèces, plongés dans l'intérieur du stroma, sont presque globuleux, avec une ostiole peu proéminente. Les asques qui tapissent le fond de la ca-

vite du périthèce sont en forme de massues, assez longuement pédicellés, et produisent à leur intérieur 8 spores elliptiques, ayant il à 13 {x de longueur et 4 à 5 {A de largeur.

Le développement de ce périthèce a attiré Tatten-

Fig. 28. — 1, feuilles de Prunier attaquée par le Polystigma rubrum, — 2, une de ces taches fortement grossie. — 3, coupe de la feuille passant par une de ces taches, montrant en ce point un épaississement marqué dû au développement du stroma du parasite. — 4, asque. — 3, spores. — 6, spermaties.

tion d'un certain nombre de mycologues, entre autres Fisch et Frank, qui avaient cru remarquer que ces périthèces se formaient à la suite d'un acte sexuel. Mais c'est là une manière de voir qui n'est pas généralement admise.

Les conditions atmosphériques semblent avoir une influence considérable sur le développement de ce

parasite, car le même arbre souffre beaucoup plus dans une année que dans une autre.

Lorsque les taches causées par le champignon existent en assez grand nombre sur les feuilles de jeunes arbres, il peut en résulter des dommages assez considérables, car les feuilles se dessèchent et tombent de bonne heure.

Le seul remède consiste dans la destruction des foyers d'infection, c'est-à-dire des feuilles atteintes ou tuées par le Polystigma rutrum.

Il est également nécessaire d'agir de même pour les prunelliers sauvages des environs, qui sont sujets à la même maladie.

Il est inutile de ramasser les feuilles, dans les pépinières par exemple, où l'on doit bêcher; il suffit de faire un labour avant l'épanouissement des nouvelles feuilles, pour enterrer en temps utile les feuilles mortes qui renferment les spores du Polystigma^

3*" Coryneum Beijerinckii.

Ce champignon appartient à la section des Mélanconiées; d'après Vuillemin, il donne une forme conidiale, le Coryneum^ une pycnidé, et une forme ascospore, qu'il a appelée Ascospora Beijerinckii,

Les spores de chacune de ces formes peuvent germer sur les feuilles vivantes, et transmettre la maladie. On conçoit dès lors qu'il puisse se répandre et pulluler facilement, si les conditions atmosphériques sont avantageuses ; ce parasite a été particulièrement abondant pendant l'année 1890, qui a été remarquable par la persistance des temps humides.

Le Coryneum Beijerinckii végète non seulement sur les feuilles et les fruits du Prunier, mais aussi sur

les différentes espèces du genre Gerasm^ sur les Abricotiers, et en général toutes les Amygdalées;, néanmoins ce sont principalement les Cerisiers, qui sont attaqués par ce champignon.

La spore, en germant sur une feuille, produit un mycélium qui perce l epidérme, et se ramifie entre les cellules du parenchyme ; c'est vraisemblablement par la production d'une substance particulière, une diastase, sans doute, que le mycélium tue les cellules de la région atteinte avec des parois défor^ mées ou rétractées, et un contenu brun dû au protoplasma désorganisé et coagulé.

La matière toxique pour la cellule, sécrétée par le parasite, produit à distance une action irritative, qui détermine la prolifération du parenchyme ; cette sorte d'hypertrophie aboutit à la formation d'un bourrelet enveloppant le tissu nécrosé. Les cellules de ce bourrelet subissent, au bout de quelque temps, une véritable subérisation et se colorent en brun; on constate alors que le mycélium parasite ne peut s'étendre plus loin, la paroi cellulaire a acquis de nouvelles propriétés chimiques, elle résiste à l'action dissolvante de la sécrétion du parasite, et le tissu subérisé, où les méats intercellulaires sont presque nuls, présente une barrière infranchissable à la pénétration du mycélium.

- La portion de la feuille qui reste saine continue d'accomplir ses fonctions physiologiques.

Cette maladie se présente également sur le pétiole des feuilles et sur les fruits.

Les taches des pétioles sont irrégulières, noirâtres, entourées au début d'une teinte violacée. Elles s'accompagnent d'abord d'un gonflement, puis d'une excavation, qui parfois détermine la rupture du pé-

tiole en ce point; les tissus du pétiole ainsi habités par le parasite présentent une altération profonde*

Les cellules renferment un contenu brun, réfringent, les méats sont dilatés et souvent remplis de gomme, élément qui fait intérieurement défaut dans la plupart des taches du limbe.

Souvent les fruits eux-mêmes sont attaqués, les cerises, entre autres ; la pulpe de ces fruits ainsi envahis se dessèche, et des disques noirs dessinent à la surface du noyau les contours de la zone altérée. Les pédoncules sont aussi secs que les fruits avortés qu'ils supportent, aussi persistent-ils indéfiniment sur l'arbre.

Appareils fructifères, — Les filaments mycéliens du parasite, qui se ramifient dans les méats du paren chyme, écartent les cellules épidermiques, et s'insinuent entre ces dernières et la cuticule Ces tubes mycéliens soulèvent la cuticule en se dilatant, puis ils se segmentent et forment des amas de cellules, dont le nombre et la dimension varient avec la ri chesse nutritive du support.

En juin, ces amas de cellules polyédriques ou arrondies germent, et émettent de courts filaments, portant à leur sommet des conidies, qui se font jour en déchirant la cuticule. Ces conidies sont d'i^n brun clair, un peu violacé, munies en général de trois cloisons transversaleis. Leur longueur moyenne est d'environ 36 |x.

Ce champignon n'est pas un parasite absolu^ mais un parasite facultatif; car les conidies et les cellules dont elles procèdent, germent même dans Peau pure, et y forment un mycélium rameux.

D'après Vuillemin, il se produit, en automne, sous l'épiderme dorsal, une sorte de stroma déchiqueté et

discontinu, qui donne naissance à des pycnides, en forme d'outrés, mesurant environ 150 jx de diamètre. Les cellules qui composent leur paroi i*essemblent à celles du stroma, et à un tel point, qu'elles paraissent en être une simple expansion. Les conidies ou stylospores qu'elles produisent sont ellipti-^ ques, incolores, unicellulaires ou tardivement bicellulaires.

Ces pycnides naissent en grand nombre sur une même tache ; celles qui sont développées côte à côte ont généralement un stroma commun. Elles se présentent à l'œil nu comme des points très fins, disséminés à la surface de ces taches; malgré leur très petite taille, l'aspect blanchâtre un peu plombé que prend l'épiderme soulevé, permet de constater leur présence à distance.

Les périthèces ont été observés sur des cerise^ desséchées sur l'arbre; ils se développent à la fin d'avril de l'année suivante, au milieu des pycnides, dont ils ne sont pas une transformation, bien qu'ils couvrent les mêmes filaments mycéliens.

Ces périthèces sont inégaux, noirs charbonneux, sphériques déprimés; leur ostiole dépourvue de papille est très petite ou nulle, ils font éruption entre les débris de l'épiderme ou de la cuticule.

Ces périthèces renferment des asques nombreux, en coussinets, qui rayonnent du fond du conceptacle. L'asque mûr est d'abord ovoïde, puis s'allonge et devient cylindrique; il renferme 8 spores qui, à. la maturité, sont projetées à une grande distance.

Ces spores sont elliptiques ou fusiformes, incolores, et obtuses aux deux extrémités. Le développement considérable du mycélium crustacé qui supporte les périthèces et les pycnides le rapproche des Ascospora^

aussi il a été placé dans ce genre sous le nom d As- Gospora Beijerinchii. Le Gorynmm n'est véritablement nuisible, qu'à titre exceptionnel, et dans des conditions toutes spéciales.

Gomme traitement, on peut employer une solution de sulfate de fer, à raison de 100 grammes par 10 litres d'eau, appliquée à l'aide d'un pulvérisatieur le soir ou par un temps couvert. Cette pulvérisation sera renouvelée trois à quatre fois, à huit jours d'intervaJle.

Il est boii également de répandre au pied de chaque arbre malade 100 à 150 grammes de sulfate de fer en poudre, suivant la force et l'âge des sujets. Cet épandage doit être pratiqué de préférence en mars ou en avril.

Gomme. — Beijerinck attribue la production de la gomme à la présence dans les tissus du mycélium du Goryneum Bmjerinckii : ce parasite peut en être une des causes déterminantes, mais il n'en est pas la seule, car, d'une façon générale, la gomme se produit lorsque la plante souffre pour une cause quelconque ; La gomme se montre de préférence sur nos arbres fruitiers à noyaux, et principalement sur le Cerisier ; elle se présente sur le tronc ou les grosses branches sous forme de masses solides, tantôt jaune clair et transparentes, tantôt brunes et troubles.

En outre du Gorymum BeijerimUi^ la gomme peut être produite par suite de la mauvaise composition du sol; Duhamel, dans son traité des arbres et des arbustes, dit que les Cerisiers et les Pêchers, par exemple, deviennent gommeux, quand ils vivent dans une terre trop forte, c'est-à-dire dans une terre argileuse. Sur un sol très riche, meuble et chaud on trouve plus rarement la gomme.

li faudrait également en attribuer la cause, pour certains auteurs, à une maladie des parois des cellules de la moelle et des rayons médullaires. Ces parois, de minces qu'elles sont à Tétat normal, et formées de cellulose, s'hypertrophient en changeant de constitution ; elles deviennent visqueuses.

Par suite de leur grande augmentation de volume, il s'ensuit que les cellules se refoulent de Tintérieur à l'extérieur, en entravant par conséquent la circulation de la sève; par suite la sortie de la sève serait le résultat de cette pression.

La gomme se déclare souvent à la suite de plaies non fermées. Au printemps, si on enlève par exemple tous les yeux d'un Cerisier on détermine presque sûrement la gomme; on obtient encore le même résultat, si on enlève une bande annulaire de l'écorce ; il y a production de gomme au bord supérieur de la plaie, à moins toutefois qu'il ne se forme rapidement un bourrelet de cicatrisation.

Remarquons encore que des lésions trop profondes aux racines ou à la couronne, lors de la transplantation, ou d'une greffe défectueuse, déterminent la gomme.

Cette affection peut encore être déterminée par un sol trop frais, dans lequel l'arbre absorbe beaucoup d'eau ; celle-ci dissout une grande quantité de matériaux de réserve, que l'arbre ne peut élaborer; par suite, il y a production d'une grande quantité de cellules parenchymateuses, qui se transforment en gomme.

Ce sont surtout les Pêchers qui ont à souffrir de cette maladie, qui détermine un affaiblissement de l'arbre et en entraîne la mort.

Pour éviter la gomme, il faut conserver autant de

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bourgeons que possible, éviter les plaies considérables pendant la période de végétation. Une fois la gomme déclarée, il faut fendre la branche à l'endroit malade, exciser les parties lésées jusqu'au bois sain, enfin inciser longitudinalement l'écorce.

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