VIII. — MYCETOMA BLANC DE BOUFFARD
Causé par Indiella somaliensis (Brumpt, 1906). Cette forme est peut-être plus commune encore en Inde que le mycetoma blanc de Vincent. Bouffard l'a trouvée deux fois au Somaliland.
Indiella somaliensis est un fungus très destructeur. Dans le pied examiné par Brumpt, tous lès muscles, les tendons et les os avaient été remplacés par du tissu scléreux plus ou moins homogène et présentant de nombreux sinus remplis de grains jaunâtres agglomérés comme du frai de poisson et de nombreux petits nodules inflammatoires contenant un ou plusieurs grains.
Les grains varient de couleur du blanc au jaune rougeâtre; ils sont petits, lisses et atteignent en moyenne 1 millimètre de diamètre. Ils sont sphériques lorsqu'ils sont isolés, mais polyédriques par pression réciproque lorsqu'ils sont agglomérés. Le parasite à ses premiers stades est toujours trouvé dans une cellule géante, en masse irrégulière, se colorant plus fortement que la cellule qui le contient. D'ordinaire plusieurs cellules infectées se réunissent ; le grain qui en résulte est entouré d'une couche amorphe produite par la destruction des éléments qui forment son substratum. Les grains ne sont pas inclus dans des nodules, comme il est de règle pour certains mycétomes, mais répandus exactement comme ceux de l'actinomycose.
Dans la zone amorphe de détritus cellulaires, Brumpt a trouvé \xïiDiscomyces qui semble vivre en symbiose avec Indiella somaliensis. Dans ses essais de culture, Bouffard a trouvé que ce Discomyces était le seul organisme qui se cultivait.
Anatomie pathologique. — Lorsqu'on pratique une coupe d'un pied atteint de mycétome, le couteau traverse facilement la masse et met à nu une surface huileuse, graisseuse, dans laquelle les éléments anatomiques sont, par endroits, méconnaissables, se trouvant pour ainsi dire fondus ensemble et formant une masse pâle, jaune grisâtre. Les os ont, en certains points, complètement disparu ; les portions qui subsistent encore ont perdu leur structure et sont friables, amincies, creusées de trous où s'infdtre un liquide oléagineux. De tous les éléments anatomiques, les tendons et les aponévroses semblent être les plus résistants.
Le caractère le plus remarquable présenté par la surface de section est un réseau de sinus et de cavités kystiques de diverses
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dimensions (jusqu'à 3 centimètres de diamètre et davantage) anastomosées entre elles. Les sinus et les kystes sont occupés par une matière qui ne se retrouve dans aucune autre affection. Dans les variétés noires de mycetoma, elle consiste en une substance dure et friable, noire ou brun foncé, qui en beaucoup d'endroits remplit toute la cavité ; c'est manifestement de cette substance que dérivent les particules noires des fongosités. Dans les variétés blanches, les sinus et les kystes sont aussi plus ou moins farcis d'une substance blanche ou jaunâtre semblable à du frai de poisson, évidemment formée d'une agglomération de particules identiiues à celle du muco-pus correspondant. La substance noire qui peut être facilement extraite des kystes est moulée en masses semblables à des truffes, du volume d'une tête d'épingle à celui d'une petite pomme, suivant la capacité de leurs alvéoles. Les particules blanches, à l'aspect d'œufs de poisson, sont agglomérées par une matière caséeuse plus molle. Les sinus et les kystes occupent indistinctement les os, les muscles ou les aponévroses ; on les trouve surtout dans le tissu cellulo-graisseux et conjonctif. Ils sont entourés d'une membrane lisse, adhérant aux tissus ramollis, mais pouvant être énucléée lorsqu'elle siège dans les os. Certains kystes ne communiquent pas avec les sinus ; la plupart d'entre eux, néanmoins, sont réunis entre eux et avec les sinus, et s'ouvrent à la surface de la peau par les fistules mamillées dont nous avons déjà parlé. Dans la variété rouge, d'ailleurs très rare, les concrétions sont rouges ou roses.
A l'examen microscopique, on peut découvrir des éléments mycosiques dans les particules blanches et noires. Les coupes de tissus ; examinées au microscope présentent des altérations étendues résultant d'une inflammation chronique et faciles à reconnaître. Un caractère important, qui peut nous éclairer sur la pathogénie de cette affection, a été décrit depuis longtemps par Lewis et Cunningham et réétudié par ce dernier : c'est une sorte d'endartérite oblitérante ou de prohfération massive de l'endothélium des artères et, d'après Vincent, un épaississement de la tunique adventice des vaisseaux et des capillaires dans les zones les plus affectées.
Mode de pénétration du fungus. — On sait très peu de chose sur ce point. On suppose que les fungus vivent en parasites sur certaines plantes et qu'ils peuvent pénétrer dans les tissus de
MALADIES DE LA PEAU
l'homme à travers une érosion de la peau. L'endémicité particulière et la distribution géographique de la maladie, jointes au fait qu'elle se produit presque invariablement aux pieds et aux mains, et principalement chez des agriculteurs marchant pieds nus, favorisent cette hypothèse.
Traitement. — Le seul traitement efficace, dans le cas d'envahissement d'une portion considérable du pied ou de la main, est l'amputation. Elle doit être pratiquée bien au-dessus du siège de la maladie ; car il faut se rappeler que les os longs peuvent être envahis aussi bien que les os courts, et que la maladie reparaîtra dans le moignon si tous les tissus affectés n'ont pas été supprimés. Au contraire, si l'on enlève toute la partie malade, il ne se produit pas de rechute. Si un orteil ou une région hmitée du pied ou de la main sont seuls imphqués, on pourra se contenter de les réséquer. L'iodure de potassium a donné de bons résultats dans certaines formes. /
HERPÈS CIRCINÉ.
Etant données les recherches récentes de Sabouraud et d'autre» auteurs sur les herpès d'Europe, on peut regarder comme très probable que les herpès des pays chauds sont causés par une grande variété de champignons, dont beaucoup doivent provenir de divers animaux. Quoique, d'une manière générale, nous soyons assez famiharisés avec les caractères cliniques de ces affections, leurs germes spécifiques n'ont pas encore fait l'objet d'une étude approfondie. Dans le pubhc, en pays anglais, toutes les maladies épiphytiques de la peau, et plus spécialement les formes d'intertrigo, sont désignées sous le nom de « dhobie itch » (gale des blanchisseurs), d'après l'opinion, probablement erronée, qu'elles sont transmises par des vêtements qui ont été contaminés par les blanchisseurs indigènes (dhobies). Il y a en réahté de nombreuses sources d'infection de cette catégorie dans les climats chauds.
Sous les tropiques, les enfants indigènes présentent souvent sur le cuir chevelu des plaques sèches, teigneuses ; et la peau du tronc et des membres des adultes est assez fréquemment le siège d'anneaux rouges, légèrement saillants et prurigineux, ou de segments d'anneaux, produits d'une infection tricho-
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phytique. Quelquefois ces anneaux entourent des aires cutanées de plusieurs pouces de diamètre.
Le pityriasis versicolor est aussi très commun sous les tropiques. Il est la cause ordinaire des plaques pâles, à la teinte fauve et farineuse que présente si souvent la peau des hommes de couleur. Sur la peau pigmentée des nègres, des Indiens et des Chinois au teint foncé, les plaques de pityriasis — contrairement à ce qm se passe pour les Européens et les Chinois au teint pâle — sont plus pâles que le tégument sain qui les entoure. Le pigment du fungus et le développement abondant de ce parasite cachent, conime le ferait une couche de peinture jaune, la pigmentation naturelle de la peau sous-jacente, laquelle, en certains cas, semble même modifiée (soit augmentée, soit diminuée) par l'action du fungus. Castellani a étudié récemment les diverses formes de pityriasis mycosique qui existent à Ceylan. Il reconnaît trois formes : pityriasis versicolor flava, produit par Microsporon tropicum, fungus qui possède un mycélium épais à étranglements irréguliers ; pityriasis versicolor alha, produit par un très petit fungus à mycélium court et droit, Microsporon macfadyeni ; et enfin pitijriasis versicolor nigra, variété que j'avais décrite plusieurs années auparavant comme existant dans le sud de la Chine, et qui est produite par Microsporon mansoni, dont les tubes mycéliens contiennent du pigment noir et dont les cultures sur gélose-maltose produisent des colonies hémisphériques noires.
L'expression d'herpès circiné, quoique apphquée aux affections prurigineuses et annulaires de toutes les parties du corps, désigne le plus communément une maladie épiphytique siégeant à l'aisselle ou dans la région crurale. Il existe au moins trois espèces de parasites végétaux ou bactériens qui, sous les tropiques, peuvent envahir ces régions : les trichophytons de l'herpès circiné ordinaire, le Microsporon m'inutissimum de l'érythrasma, et le germe de la maladie que j'ai décrite sous le nom de pemphigus contagiosus (Voy. p. 715).
Les souffrances produites par quelques-unes de ces affections sont souvent très grandes. Dans les cUmats chauds et humides en particuher, les divers germes proUfèrent très activement, produisant fréquemment une sérieuse dermatite. L'irritation excessive provoque le grattage et, par suite d'une invasion microbienne secondaire, donne Ueu à des furoncles ou à de petits abcès.
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Les régions axillaire et crurale sont quelquefois rendues si sen-
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et même de s'habdler. L'irritation et le prurit sont ordinairement augmentes la nmt, et peuvent empêcher le sommeil. Même en absence de tout traitement, lorsque la saison fraîche revient, la dermatite et l'.mtation s'arrêtent spontanément. Les régions affectées se dessèchent alors, deviennent pigmentées et furturacées, et le tungus cesse de se développer jusqu'au retour de la saison oiiaude.
Diagnostic. ~ Le diagnostic de la dermatite mycosique est ordinairement chose facile. La marge festonnée est presque pathognomomque. Dans le cas du pemphigus contagiosus, les ampoules caractéristiques, les surfaces lisses, érodées ou vernissées, et les anneaux d'exfoliation épidermique sont ordinairement très apparents et facilitent le diagnostic. Lorsqu'il existe des doutes, l'emploi du microscope est nécessaire ; mais, vu l'état d inflammation des régions, il peut être très malaisé de trouver Jes éléments fongueux, même lorsqu'il s'agit certainement d'une infection épiphytique. Un résultat négatif ne suffit donc pas pour «carter le diagnostic d'herpès' circiné.
Je suis convaincu que beaucoup de cas de ce genre sont produits par le Microsporon minutissimum, et qu'ils appartiennent à un «rythrasma enflammé et non pas à un herpès trichophytique Durant la saison froide, on rencontre souvent, dans une région €rurale ou axillaire qui, pendant l'été, avait été le siège d'un herpès circiné très tenace, une décoloration brunâtre furfuracée du tégument. J'ai souvent remarqué ce fait en Europe chez des Européens qui avaient souffert d'herpès circiné en Extrême- Orient, et en examinant l'épiderme desquamé j'y ai trouvé le M. minutissimum en abondance. Il semblerait donc que, durant la chaleur et l'humidité d'un été tropical, ce parasite très peu irritant devienne plus actif et excite une dermatite aiguë. On peut faire parfois la même constatation dans le pityriasis versicolor. Je crois que ces cas de dermatite à Microsporon — furfur et minutissimum — sont plus aisément curables que les variétés trichophytiques.
Traitement. — Après un emploi prolongé de savon et d'eau, on obtient généralement une rapide guérison par l'application,'
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faite pendant trois ou quatre soirs, de la solution de sulfure de calcium de Vleminck (chaux vive, 1 partie ; soufre précipité, 2 parties ; eau, 15 parties ; faire bouillir ensemble dans un vase en terre et réduire à 10 parties ; décanter le liquide rouge-cerise olair après avoir laissé déposer). Si la région est enflammée et douloureuse, la solution sera diluée à moitié ou au quart pour les deux premières applications. On peut encore employer avec succès une teinture de feuilles de Cassia alaia en badigeonnage, ou les feuilles elles-mêmes triturées et frottées sur la région. Si ces moyens échouent, une pommade à l'acide chrysophanique (4 grammes pour 100 grammes de vaseline) en frictions deux fois par jour, jusqu'à ce qu'un léger érythème apparaisse sur les bords de la plaque épiphytique, est presque invariablement efiicace. Lorsqu'on prescrira l'acide chrysophanique, on devra avertir le malade du pouvoir colorant de cette substance sur les vêtements ; on lui conseillera en outre de cesser son usage dès que l'anneau érythémateux apparaîtra ; et enfm d'éviter d'appHquer la pommade sur la face. Un article de VIndian Med. Gaz. (janv. 1898) recommande fortement l'emploi de l'acide acétique ; ce médicament guérirait au bout de deux applications au maximum. La douleur cuisante qui en résulte est soulagée en plaçant un morceau de glace entouré d'une compresse sur la région. Pour les cas d'herpès circiné chez les races à peau pigmentée, un large badigeonnage à la teinture d'iode concentrée est le meilleur remède.
Prophylaxie. — Les diverses formes d'herpès circiné de la région crurale peuvent être évitées par le port d'un court •caleçon de bain de coton assez collant, qu'on changera tous les jours, et par l'apphcation sur cette région et dans l'aisselle, après le bain quotidien, d'une poudre d'acide borique, d'oxyde de zinc «t d'amidon en parties égales.
TINEA IMBRICATA (TOKELAU) (Plancho VII).
Définition. — Une forme d'affection cutanée particulière •à certains pays tropicaux de l'Océanie orientale, produite par un trichophyton {lepidophyion, Tribondeau) et caractérisée par «ne disposition en anneaux concentriques et très serrés de la çeau desquamée.
MALADIES DE LA PEAU
Distribution géographique. — Cette forme particulière de maladie épiphytique est strictement confmée dans les pays chauds. On la trouve surtout dans les îles de la Sonde et dans les îles du Pacifique Sud ; mais elle s'étend aussi à l'est jusqu'à la Birmanie, et au nord jusqu'à Fou-tchéou et Formose, sur la côte de Chine. Dans beaucoup d'îles du Pacifique Sud, elle atteint une large proportion des habitants ; dans certaines, plus de la moitié. Il y a de bonnes raisons pour croire que son aire géographique s'étend graduellement. Ainsi, Turner et Kôniger nous apprennent qu'elle était autrefois inconnue aux îles Samoa et Bowditch, où elle est maintenant très abondante. Daniels m'informe également qu'elle fut introduite pour la première fois aux Fidji en 1870 par des indigènes des îles Salomon ; vers 1872, dit-il, elle était très répandue parmi les habitants. Elle fut récemment introduite à Tahiti et s'y diffusa rapidement. Nous n'avons aucune relation de sa présence en Afrique. Elle a été décrite récemment par Paranhos et Leme comme existant dans l'intérieur du Brésil. Une fois introduite, elle se répand très rapidement dans les pays au cHmat égal et humide, et dont la température varie entre 27° et 33o. Les températures excessives et la sécheresse de l'atmosphère sont un obstacle à son développement.
Symptômes. — Le tokelau est facile à reconnaître. Tout d'abord il peut être hmité à un ou deux points de la surface du corps ; d'ordinaire, en peu de tefnps il arrive à occuper une zone très étendue. Il n'atteint pas, en général, la plante des pieds ni la paume des mains ; le cuir chevelu est rarement affecté. Baker, dont les observations ont été confirmées parTribondeau, remarque qu'il évite la région crurale, les aisselles et les ongles. A part ces exceptions, il peut, comme c'est ordinairement le cas, s'étendre sur presque toute la surface du corps ; de sorte qu'au bout d'un an ou deux une grande partie de la peau est recouverte de larges squames sèches, semblables à du papier de soie, disposées concentriquement et plus ou moins confondues, absolument caractéristiques de cette affection.
L'inoculation expérimentale explique parfaitement la production des lamelles épidermiques, leur arrangement concentrique et le mode d'extension des plaques. Vers le dixième jour qui suit l'inoculation sur une peau saine, l'épiderme, au niveau du point
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d'inoculation, se soulève très légèrement et acquiert une teinte brunâtre. Le centre de cette tache brune — qui a environ un demicentimètre de diamètre — s'élimine et il en résulte la formation d'un anneau épidermique qui se continue à sa périphérie avec le tégument sain, mais qui vers le centre est desquamé, déchiqueté et légèrement surélevé. Au bout de quelques jours, l'anneau épidermique s'est étendu et recouvre une large zone. Une seconde tache brune apparaît alors au niveau de la première tache et au centre de l'anneau primitif. Cette seconde tache, à son tour, s'éhmine et produit un second anneau desquamé, semblable au précédent, et qui s'étend aussi, parallèlement au premier. Plus tard, un troisième et un quatrième anneau se forment de la même manière; et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'une large zone cutanée soit couverte par un ou plusieurs systèmes d'anneaux concentriques d'épiderme desquamé, qui se suivent dans leur extension sur la surface du corps, comme le font les ondulations produites sur une eau tranquille par la chute d'une pierre.
Les lamelles, lorsqu'elles ne sont pas éliminées par le grattage, peuvent atteindre une longueur et une largeur considérables; mais, naturellement, leurs dimensions dépendent dans une certaine mesure du degré du frottement auquel elles sont exposées. Ordinairement elles sont surtout étendues entre les épaules — région où il est difficile au malade de se gratter. Les anneaux individuels varient de largeur entre 3 et 12 miUimètres. La chevelure ne subit aucune altération, lorsque la maladie siège sur le cuir chevelu.
Le fungus. — Si l'on détache une lamelle épidermique et qu'on la place sous le microscope, après l'avoir humectée avec une solution de potasse, on peut y remarquer un fungus semblable au trichophyton, répandu en énorme profusion. Ce fungus n'a pas été cultivé, mais Tribondeau, ayant trouvé dans une obser^ vation des signes de fructification, affirme qu'on a affaire à un lepidophyton et non pas à un trichophyton. Le parasite siège évidemment entre l'épiderme et le derme, et par sa proUfération produit le soulèvement et la desquamation du premier. Comme le fungus ne meurt pas dans la peau qu'il a déjà parcourue, il se répand sous le nouvel épiderme aussitôt que celui-ci se reproduit. De là l'arrangement concentrique particuher et la persistance de la maladie dans la zone envahie. Lorsque les lamelles
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sont enlevées par une friction vigoureuse au savon doux et à l'eau chaude, la surface de la peau apparaît couverte de lignes parallèles de couleur brune — qui représentent évidemment le fungus légèrement pigmenté qui prolifère et s'avance sous le jeune épiderme.
Diagnostic. — On distinguera aisément le tokelau de l'herpès circiné par l'absence d'une congestion ou d'une inflammation prononcée des anneaux, par l'abondance du fungus, par la dimension des lamelles desquamées, par l'arrangement concentrique des anneaux, la non imphcation de la chevelure, et, d'après Baker, par le fait que cette affection respecte les régions axillaire et crurale. On le distinguera de l'ichtyose par l'arrangement concentrique des squames, par leur fixation périphérique, et par la présence d'abondants éléments fongueux.
Traitement. — Le meilleur traitement pour la tinea imbricata chez les indigènes est l'apphcation abondante d'un hniment iodé concentré. Les plaques hmitées peuvent être traitées par une pommade à l'acide chrysophanique (4 grammes p. 100) ou par des frictions avec des feuilles de Cassia alata écrasées. Paranhos et Leme recommandent le traitement suivant. Un bain alcahn tiède (bicarbonate de soude, 1 kilogramme pour eau 20 litres) suivi de l'apphcation de : ocaha perdiceps, 50 grammes ; acide acétique glacial, 15 grammes ; macérer pendant deux jours dans solution de glycérine (10 p. 100) 985 grammes, puis filtrer. La pommade soufrée, ou les vapeurs de soufre, ont une action très lente et peu efficace. Les vêtements doivent être désinfectés ou brûlés.
Prophylaxie. ■ - Daniels m'informe que le tokelau est relativement rare à Tonga. Les indigènes attribuent cette circonstance à leur coutume de s'endiiire le corps d'huile. Daniels remarque que la maladie est devenue un peu moins abondante aux Fidji depuis que les habitants ont adopté la même pratique. La propreté, et des soins actifs et immédiats dès l'apparition d'une tache desquamée, doivent être fortement recommandés dans les pays où cette affection est endémique.
A Tahiti, l'usage de l'acide chrysophanique est maintenant
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général parmi les indigènes ; en conséquence, la maladie est moins répandue qu'elle ne l'était quelques années auparavant.
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Définition. - Maladie épiphytique caractérisée par une pigmentation particulière de la peau par plaques.
Distribution géographique. - Dans certaines régions de l'Amérique tropicale - particulièrement sur les bords des rivières du Mexique, de l'Amérique centrale, du Venezuela, de Colombie, de Bolivie, et dans une ou deux localités du Pérou, du Chili et du Brésil — le district situé entre les rivières Juciparana et Santo Antonio (Magalhâes, lettre privée) - existe une maladiecutanéecaractériséeparlaformationdetachesparticulieres,
rouges, ou bleues, ou noires, ou blanches, sur une région ou sur la surface entière du corps. Le malade émet une odeur désagréable qu'on a quelquefois comparée à celle d'un chien galeux ou a celle du Unge sale. La desquamation et la démangeaison au niveau des taches sont aussi des symptômes de la maladie. Elle ne produit aucun trouble constitutionnel ni aucun danger pour l'existence Comme les autres maladies épiphytiques, le défaut depropreté personnelle joue un grand rôle dans la diffusion da la pinta dans les régions indiquées ci-dessus, car elle est rare-, chez les blancs soigneux et chez les nègres aisés j les Hindousmalpropres sont les plus atteints. Dans certains districts, elle se produit chez le dixième environ des habitants ; da&s d'autres, chez la presque totalité de la population. Récemment, une maladie assez semblable a été constatée dansle nord del' Afrique (Legrain) (1 ) , en Egypte et peut-être dans la presqu'île de Malacca.
(1)11 est difficile, d'après la description de Legrain, de déterminer la nature exactede la maladie observée par lui. Elle commence par une fièvre violente qui dure huit iours et à laquelle succède un malaise qui persiste pendant plusieurs semaines. Puis- 1 se 'produit une démangeaison, et peu à peu une desquamation furfuracée desparties prurigineuses et une achromie graduelle. Legrain affirme que la maladie- S'est pas le vitiligo ordinaire. Il dit aussi avoir vu à Tripoli une aiïection de la peau,, Svec coloration spéciale, qui présentait les caractères cliniques de la pinta et se produisait sous forme de petites épidémies dans des maisons particulières. Les résultats de l'exar^en microscopique des squames furent négatifs. Il est possible que cette malad e soitTdentTqueTceUe décrite dans le Journ. of Trop. Med., en novembre 1899, par Sandwith, qui l'a observée en Égypte. Il est possib e aussi que des variétés de pity- Ssisversicolor, comme celles que Gastellani a décrites àCeylan, aient été prises parfois pour de la pinta.
Symptômes. - La pinta débute par un ou deux points ; le reste de la surface s'infecte tour à tour par extension ou par auto-inoculation. En premier lieu les mains, ou la face, ou quelques autres régions exposées, sont atteintes. La tache primitive peut être blanche, rouge, bleue ou noire. Elle augmente graduellement, devient furfuracée et prurigineuse, particuhèrement lorsque la peau est chaude. A mesure que les taches s'étendent, elles prennent des formes diverses. Les taches récentes apparaissent dans le voisinage des précédentes, avec lesquelles, au bout d'un certain temps, elles tendent à se confondre ; de sorte qu'à la fin de larges étendues de peau sont décolorées. Les paumes des mains et les plantes des pieds ne sont pas attaquées. Sur le cuir chevelu envahi par la maladie, les cheveux deviennent blancs et minces et fimssent par tomber. Lorsque la maladie est bien développée, elle donne au malade un aspect très grotesque. Il est probable que les plaques blanches ne sont pas toujours épiphytiques, car elles ne sont pas le siège de démangeaisons ni de desquamation ; elles sont très probablement le produit d'une leucodermie ordinaire causée par un défaut de pigmentation de la peau dû à un parasite qui est mort dans la suite. La sensibihté et les fonctions glandulaires de la peau ne sont pas troublées. En conséquence du grattage, les régions impKquées peuvent se fendiller et s'ulcérer.
On a distingué deux types de pinta : une forme superficielle et une forme profonde. La forme superficielle comprend les plaques noires et bleues qui s'étendent rapidement; la forme profonde comprend les plaques rouges et blanches qui paraissent envahir le derme, et les couches profondes de l'épiderme, s'étendent plus lentement, et sont en même temps plus difficiles à guérir. Les diverses formes et couleurs peuvent coexister chez un même individu ; mais une tache donnée, une fois étabhe, ne change pas de couleur.
La pinta est contagieuse, et attaque tout individu sans distinction de sexe ni d'âge. Si on ne la traite pas avec efficacité, elle peut durer plusieurs années.
Pathologie. — Si l'on humecte une squame avec une solution de potasse et qu'on la place sous le microscope, on y remarquera des spores noires et un mycehum blanc, très réfringent.
PLANCHE VII. — TiNEA. imbricata (Tokelau)
PINTA
Les spores sont rondes ou ovales, et mesurent 8 [j. à 12 de diamètre. Elles contiennent un liquide jaunâtre dans lequel flotte un pigment abondant. Les filaments mycéliens sont courts, non
Fig. 159. — Fructification des filaments mycéliens dans la pinta. {D'après Montoya y Florez.)
1, variété rouge ; 2, var. violet foncé ; 3, var. violet cendré ; 4, var. bleue.
ramifiés, se rétrécissent à partir d'une base large jusqu'à une extrémité mousse par laquelle chaque filament s'attache à une spore séparée, comme une queue de cerise à son fruit. Le mycélium mesure de 18 à 20 [x de long sur 2 de large. Les différences
Manson. — Maladies des pays chauds- 47
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de coloration des plaques dépondent probablement de différences dans la pigmentation ou dans l'espèce du fungus. TeUe est la description que Gastambide a donnée du parasite, et qui est confirmée jusqu'à un certain point par Osborne Brown.
Montoya y Florez a publié une description très détaillée de la maladie et des diverses colonies mycosiques qu'il a trouvées dans les variétés de pinta qu'il a étudiées. Il dit n'avoir jamais observé de fungus répondant à la description de Gastambide. En plaçant les squames imbibées de solution de potasse sous le microscope, il a vu de longs filaments divisés dichotomiquement, généralement très fins et cylindriques, parfois granuleux et moniliformes. En certains points, le mycélium forme un réseau serré. Çà et là de véritables cordages de mycélium sont visibles, ailleurs des filaments courts et épais avec une sporulation caractéristique de la variété particulière de pinta que l'on étudie (fig. 159). Cet auteur a réussi à cultiver les divers fungus, qui appartiennent probablement à plusieurs espèces: Pénicillium, Aspergillus, Monilia.
Diagnostic. — Cette maladie se distingue facilement de la lèpre par l'absence d'anesthésie au niveau des lésions et par la couleur des taches ; de l'érythrasma, de l'herpès circmé et du pityriasis versicolor par la couleur et par les caractères microscopiques du fungus.
Traitement. — L'acide chrysophanique, les préparations soufrées la teinture d'iode concentrée et les autres épiphyticides sont indiqués. La propreté et la destruction des vêtements souilles sont indispensables.