‹ Maladies des plantes cultivées;Chapitre 66 sur 156 · I. — HYPHOMYCÈTES · texte numérisé non relu

I. — HYPHOMYCÈTES

Les Hyphomycètes, dont nous avons déjà rencontré nombre d'exemples au cours de l'étude des Ascomycètes {Botrytis, Monilia, Ramularia, etc.), peuvent se diviser ainsi :

1° Les Hyphomycètes proprement dits, caractérisés par leurs conidiophores libres et isolés les uns des autres ; dans ce groupe, on distingue ordinairement les Mucédinées, à conidiophores et conidies incolores, et les Dématiêes, à conidiophores et conidies plus ou moins fortement colorés. Nous laisserons de côté cette division, qui a le grave inconvénient d'éloigner des Champignons très voisins {Cercospora et Cercosporella, par exemple), d'autant que la plupart des parasites que nous citerons sont des Dématiêes ;

2"^ Les Stilhées, à conidiophores agrégés en colonnettes dressées ; ce groupe est peu important pour nous ;

30 Les Tuherculariées, dont le mycélium s'agrège en petites masses stromatiques superficielles, couvertes de conidiophores.

L— HYPHOMYCÈTES PROPREMENT DITS.

Genre Ramularia.

Les Ramularia sont presque toujours des parasites produisant sur les feuilles de petites taches, en généra sans grande importance. Les conidiophores sont hyalins^ simples ou peu rameux, et portent des conidies cylindriques, incolores, munies à maturité d'une ou plusieurs cloisons transversales. C'est à ce type que se rapporte la forme conidienne du Sphœrella Fragariœ.

Ramularia Cynarae Sacc. — Ce Champignon n'est

HYPHOMVGÈTES PROPREMENT DITS. 36;i

pas rare sur les feuilles des Artichauts, qu'il couvre de taches grisâtres, souvent très nombreuses et confluentes en plaques irrégulières. Les fructifications, visibles sous la forme d'une moisissure blanchâtre, sont formées par des bouquets de conidiophores sortant des stomates ; les conidies sont cylindriques, simples ou uniseptées.

Citons encore le Ramularia lactea (Desm.) Sacc, qui produit des taches blanches sur les feuilles des Violettes, et le R. Betse Rostr., sur les feuilles de Betterave.

Genre Cyctoconium.

Cycloconiuin oleagiauui Gast. — Ce Champignon, très bien étudié par Boyer, produit fréquemment sur les feuilles des Oliviers des taches arrondies, grises ou brunes, un peu plus foncées sur les bords ; il envahit quelquefois aussi le pédicelle des fruits. L'organisation du Cycloconiwn rappelle celle des Fusicladium ; le mycélium est localisé dans l'épaisseur de la cuticule de la face supérieure de la feuille ; il est constitué par des filaments très irréguliers, ramifiés dichotomiquement et rayonnant à partir du centre de la tache. Les conidies naissent à l'extrémité de filaments qui se dressent, percent la cuticule et se renflent extérieurement à l'épiderme en une vésicule arrondie, qui sert de support à la conidie ; celle-ci est colorée en jaune verdâtre, arrondie à la base, amincie au sommet et munie d'une cloison transversale.

Les traitements cupriques sont efficaces pour empêcher la germination des spores du Cycloconium.

Genre Cladosporium.

Les C/acio^portiiz/i forment un groupe très polymorphe, encore incomplètement connu ; ils sont caractérisés par leurs conidiophores bruns, ramifiés, portant de courts

chapelets de conidies facilement séparables, qui à maturité prennent une ou plusieurs cloisons transversales. Ce sont des moisissures très répandues sur tous les débris végétaux; quelques-unes sont ou peuvent devenir parasites.

Cladosporium herbaruniLink. (pi. LXXVI,fig. 18). — Sous ce nom, on groupe des formes assez semblablesau point de vue morphologique, mais qui sans doute doivent rentrer dans le cycle de développement de plusieurs espèces. La forme parfaite n'a pu être constatée avec certitude que pour le Cladosporium, qui provoque chez les Céréales la maladie du noir ; Janczewski l'a rattache au genre Sphœrella, sous le nom de S. Tulasnei ; nous n'en avons pas parlé en étudiant les autres Sphœrella pour ne pas diviser l'étude des Cladosporium parasites.

Le noir des Céréales (Blé) apparaît surtout pendant les étés humides ; les feuilles jaunissent, puis se dessèchent et se couvrent de petits points noirs, les fructifications conidiennes. L'attaque des épis et des grains est assez fréquente dans les régions à chmat humide (Bretagne), où elle peut causer d'importants dommages, car les grains atteints sont inutihsables pour la meunerie. Sur les Blés versés, le développement du Champignon est souvent très rapide. Les glumes et les glumelles montrent des lésions comparables à celles des feuilles ; quant aux grains, ils portent des taches brunes allongées et souvent accompagnées de profondes crevasses. Ces taches sont dues à un mycélium très abondamment cloisonné, à cellules courtes, qui recouvre le tégument, le dissocie par places et pénètre le grain ; cette lame mycélienne mince s'agrège çà et là en petites masses stromatiques et produit des conidiophores.

Les fructifications sont assez variables ; les conidiophores forment de petites touffes, issues d'un petit stroma interne et sortant par les stomates ; ils portent dos chaînes

HYPIIOMYGÈTES PROPREMENT DITS. W:>

courtes et facilement dissociables de conidies. Dans les cultures en cellule, le mode de formation de ces conidies s'observe plus facilement : la première formée bourgeonne sur place et produit des conidies de deuxième génération, qui bourgeonnent à leur tour ; on obtient ainsi des chapelets ramifiés qui ont reçu le nom de forme Hormodendron. Dans les milieux nutritifs, le bourgeonnement peut être considérable et s'étendre à toutes les cellules des filaments ; c'est la forme Dematium pullulans. Enfin Jmczewski a trouvé dans des cultures sur gélatine des périthèces {Sphœrella Tulasnei) à ascospores bicellulaires.

Des formes morphologiquement très voisines du Cladosporium des Céréales ont été signalées comme parasites de plantes cultivées ; il doit s'agir d'espèces différentes, mais très voisines, qui, en culture, donnent toujours des Hormodendron ; cependant d'un Cladosporium rencontré sur le Fusain du Japon, Berlese a obtenu des pycnides {Septoria) qui n'existent pas dans la forme des Céréales. Le parasitisme des Cladosporium ne s'observe que dans d^s conditions d'humidité très grande, comme par exemple dans les serres où de tels cas ne sont pas rares sur un très grand nombre de plantes ; à l'air libre, il peut en être de même dans les années pluvieuses et dans les climats humides, comme Prillieux l'a observé sur les Pommiers dans le nord -ouest, Lasnier sur les gousses des Pois, etc.

Traitement. — Le seul traitement du noir des Céréales consiste à diminuer l'humidité par le drainage des sols humides et le semis en lignes, qui, en aérant la culture, gêne le développement de la moisissure.

Cladosporium fulvum Cooke. — Ce Champignon envahit les feuilles de la Tomate dans les cultures en seri'e ; en Amérique, il est plus fréquent et attaque aussi les plantes cultivées en pleine terre. Cette maladie est caractérisée par l'apparition de taches irrégulières, jau-

366 MALADIES CRYPTOGAMJULES.

nâtres, dont la face inférieure se couvre d'une moisissure olivâtre ; les conidiophores sortent en touffes et portent de courts chapelets de conidies oblongues, uniseptées.

Traitement. — Les sels cupriques ont donné de bons résultats en Amérique (Galloway).

Genre Scolecothricum.

Ce genre, voisin du précédent, en difTère par ses conidiophores raides, simples, terminés par un ou plusieurs très courts chapelets de conidies uniseptées à maturité. Les formes à conidiophores courts se rapprochent des Fusicladium.

Le Scolecothricum Graminis Fuck. est commun sur les feuilles des Graminées sauvages, sur lesquelles il produit des taches allongées, jaunâtres.

Scolecothricum inelophtliornui Prill. et Delacr. (pi. LXXVI, fig. 9-12). — A ce Champignon est due une maladie grave des Melons et des Concombres, que les cultivateurs confondent sous le nom de Nuile avec d'autres altérations de ces plantes [Glseosporium lagenarium, par exemple). Le Scolecothricum forme sur les feuilles, les tiges et les fruits des taches brunes qui se creusent par corrosion des tissus et forment de véritables chancres ; les fruits notamment peuvent pourrir complètement. Ces taches se couvrent d'un velouté olivâtre de conidiophores.

Traitement. — Supprimer et brûler les parties malades.

Genre Helminthosporium.

Les Helminthosporium ont des conidiophores raides, bruns, terminés par de grosses conidies de même couleur, allongées, lisses, pluriseptées.

Helminlhosporiuni des Céréales. — Les Céréales

Planche LXXVl.

Hyphomycètes

C/adospot'ium herbarum. — 1. Une fruclilication conidienne sortant il'une feuille de Blé. — 2 et 3. Extrémités de filaments fructifies. — 4. Forme Ilormodendron. — o. Forme Demalium pullulans. — 6. Grain de Blé attaqué et crevassé par le Cladosporium. — 7. Coupe de ce grain montrant le mycélium stromatique noir entre les cellules du tégument. — 8. F.e «lème mycélium en coupe tangentielle.

Scolecothricum melophthorum. —9. Concombre envahi et portant des taches fructifiées. — 10. Coupe d'une de ces taches: J/j/., mycélium ; Co., conidies. — li. a et b. Extrémités de conidiophores : Co.j., conidies jeunes — 12. Divers stades du développement des conidies : en 6. la conidie a bourgeonné.

montrent parfois sur leurs feuilles des taches desséchées, très allongées, brunes et entourées d'une zone diffuse, plus pâle ; ces taches, par leur grand nombre et leur développement rapide, peuvent amener le dessèchement de tout le hmbe. Das lésions analogues s'observent aussi sur les glumes et les glumelles. Le mycélium du Champignon, intérieur à la plante, fructifie en émettant des conidiophores courts et simples, terminés par une ou plusieurs conidies brunes, fusiformes, cloisonnées (trois à six fois). Selon les Céréales attaquées, on a distingué plusieurs espèces de ces Helminthosporium, qui paraissent devoir rentrer dans le cycle de développement de Sphseriacées du genre Pleospora (Diedicke, Noack).

L'Orge, souvent atteinte, peut servir de support à deux espèces, V Helminthosporium gramineum Rab. et 1'^. teres Sacc, qui ne diffèrent guère que par leur mode de développement (Kôlpin Ravn). La première envahit le point végétatif de la jeune plante; son mycélium y persiste et passe dans les feuilles à mesure qu'elles prennent naissance ; une seule infection est donc suffisante. U Helminthosporium teres (pi. LXXVII, fig. 1), au contraire, se développe au moment de la germination de la graine sur la première feuille seule où il fructifie ; de nouvelles infections sont nécessaires pour contaminer les autres feuilles. i • ^ 4

\J Helminthosporium' Açenœ sativœ Br. et Cav., qui attaque l'Avoine, est voisin de VH. teres. % •

Enfin le Maïs est parfois envahi par YH. turcicum Pass. dans les régions méridionales.

On ne connaît pas de traitement pratique contre ces maladies.

Genre Heterosporium.

Les Heterosporium diffèrent des Helminthosporium par leurs conidiophores moins rigides, souvent ramifiés, et leurs conidies finement aculéolées.

HYPHOMYtJKTES FRUPHEMEM DITS. 3G9

lïeterosporîuni echîiiulatuin (Berk.) Cooke (pi. LXXVII, fig. 2). — Ce Champignon est assez répandu sur les Œillets cultivés ; il forme sur les feuilles et les tiges des taches blanches entourées d'une bordure brune et bientôt couvertes d'un duvet velouté brun. Les fructifications sont constituées par des touffes de conidiophores qui sortent par les stomates et portent des spores brunes, échinulées et munies de deux à quatre cloisons transversales. Cette maladie ne prend une grande extension que dans les châssis où on place les Œillets en automne et en hiver ; les sels de cuivre se sont montrés actifs pour empêcher la germination des conidies (Mangin).

Signalons V Heterosporium gracile (Wallr.) Sacc, qui attaque les feuilles des Iris et aussi, selon Ritzema- Bos, des Narcisses cultivés.

Genre Cercospora.

Les Cercospora constituent un groupe très nombreux d'Hyphomycètes parasites des feuilles ; leurs conidies sont très allongées, colorées ou hyalines, multi-cloisonnées, généralement amincies à leur sommet et renflées en massue à leur base; elles naissent sur des conidiophores bruns, plus ou moins longs.' Les Cercosporella n'en diffèrent que par leurs conidies et leurs conidiophores hyalins.

Cercospora beticola Sacc. (pi. LXXVII, fig. 3-4). — C'est un parasite fréquent des feuilles de la Betterave, en général sans grande gravité. Il produit de petites taches arrondies, grisâtres et entourées d'une marge brune ; les conidiophores sortent en touffes à la surface inférieure de la feuille ; ils sont courts, bruns, et se terminent chacun par une conidie hyaline, allongée, effilée à son sommet. Ces spores germent très facilement et, quand le temps est humide, disséminent rapidement la maladie. On ne connaît pas de traitement pratique.

370 MALADIES CRYPTOGAiMIOUES.

Cercospora Apii Fr. (pi. LXXVII, fig. 5-6). — On rencontre ce Champignon dans les jardins, sur les feuilles du Céleri, du Persil et de quelques autres Ombellifères. Les taches sont arrondies, d'un brun pâle et se couvrent à leur face inférieure de petites fructifications brunes ; les conidiophores sortent par toufïes à travers l'orifice des stomates ; ils sont plus allongés que ceux du C. heticola, souvent cloisonnés et terminés par de longues conidies presque hyalines.

Cette maladie se répand très vite par les temps chauds et humides. Les traitements essayés n'ont donné que peu de résultats ; les sels de cuivre sont inactifs. Le mieux est de brûler les pieds atteints dès les premiers symptômes du mal.

Parmi les autres Cercospora, les plus importants sont les suivants :

Cercospora viticola (Ces.) Sacc, qui couvre les feuilles de la Vigne de taches ochracées ; les conidies sont moins allongées et plus trapues que celles des espèces précédentes. Ce parasite, peu répandu en France, est sans grande importance ;

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