‹ Maladies du larynx, du nez, et des oreilles (volume 2)Chapitre 212 sur 282 · IX. — HYSTÉRIE DE L'OREILLE · texte numérisé non relu

IX. — HYSTÉRIE DE L'OREILLE

L*hjstérie est assez fréquente à Tobeirie, et cependant nous ne possédons que quelques aperçus pour nous permettre de démasquer cette névrosé quand elle' se dissimule soùs l'apparence d'autres affections otiques.

Ses diverses manifestations sont :' des hj^poesthésies (sur* dites), des hjperésthésies, des otalg-ies, des surdi-mutités, des hémorragies spontanées, enfin Thystéro-traumatisme.

I. Hypoeatbésiea (surdités). — La surdité est le plus souvent incomplète, ignorée même dû malade, ne s'accompagnant pas de bourdonnements quand il s*agit d*hystérie sans lésions de sclérose otique. La membrane du tympan a Taspect normal, le diapason vertex (épreuve de Weber) est latéralisé du côté sain. L'épreuve de Rinne est normale.

C'est surtout avec les diverses affections du labyrinthe qu'il importe d'établir le diagnostic au moyen des considérations suivantes: dans Thypoesthésie hystérique, il n'y a pas de bruit d'oreilles ; l'acuité de l'audition est sujette à des variations fréquentes. Chez un malade de Georges Gellé, l'audition revenait complète après les attaques hystériques. L'audition des sons aigus est conservée ; enfin cette surdité, ainsi que l'a démontré Gellé, est susceptible de transfert, la portée de l'ouïe augmentant d'un côté de ce qu'elle a perdu de l'autre.

Walton et Féré ont constaté que le degré de surdité correspond à celui de l'hémiancsthésie quand les deux coexistent.

L'hystérie peut se manifester à l'oreille sous l'influence d'une affection de voisinage. Gradenigo a vu, chez une femme hystérique de 22 ans, une gomme syphilitique du côté droit de la langue faire naître une otalgie droite intense avec dysécôc. La disparition de la gomme fut suivie du rétabliissement de l'oreille.

Voici un cas curieux publié par Marinesco (de Bucarest). H y avait surdi-cécité avec œsophagisme chez une hystérique âgée de i5ahs, qui avait, de temps à autre, des crises.de sommeils spontanés. Plusieurs fois déjà elle avait perdu la vue, mais temporairement. Une fois l'amaurosc se cdnipliqua de.

surdité complète, en même temps que la sensibilité tactile était presque abolie sur les pavillons des deux oreilles. Tandis que les fonctions auditive et visuelle se suspendaient, le sens musculaire semblait se perfectionner ainsi que l'indiquait récriture de la malade, comme s*il existait une suppléance fonctionnelle qui permettrait à un sens de se développer davantage quand les autres sont touchés. La malade guérit rapidement par Tisolement, dont Charcot et ses élèves ont montré l'heureuse influence dans le traitement de Thys* térie,

II. Hyperestbésies. — Elles sont de types divers. Tantôt il s*agit d*hyperacousies douloureuses, tantôt d*hjperesthésies du pavillon ou du conduit externe de Toreille. Chez quelques sujets enfin, on constate en divers points deToreilIe externe des zones hystérogènes qu'il suffit d*exciter pour provoquer l'attaque d'hystérie.

III. Otalgiea. — Presque toutes les douleurs siégeant dans l'organe auditif sont hystériques, à moins qu'elles ne soient explicables par une tumeur maligne de l'arrièrebouche, par des caries dentaires ou parla syphilis.

IV. Surdi-^mutité, -^ Elle a été bien étudiée par Mingazzini. Il a vu qu'elle était fréquente, surtout chez les hommes (82 fois sur 100 cas). Elle apparatt surtout entre 15 et 35 ans. Le début en est brusque et les causes notées ont été une émotion vive, la disparition d'une douleur de tôte, la présence de vers dans l'intestin, un traumatisme. En ces cas, la surdité est complète, mais le pronostic n'est pas défavorable.

Antony (du VaUde-Gràce) a communiqué deux cas de surdi-mutité hystérique.

Le premier était celui d'un jeune soldat breton, de 23 ans^ qui, cinq mois après son incorporation, fut pris de surdimutité en l'espace de 48 heures. La nature de ces troubles n'était pas douteuse^ car le malade présentait en outre une anesthésie du membre supérieur droit, un rétrécissement du champ visuel, de l'anosmie el de l'abolition du réflexe pha* ryngien. En recherchant la sensibilité de la membrane tympanique, Antony détermina une petite attaque d'hystérie et une parésie du membre inférieur droit. Le malade portail

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des traces d'otites anciennes. Anlony interpréta ce cas comme suit : la surdité préalable de Touïe et la difficulté de comprendre le français aura provoqué chez le malade une vive contrariété et cette commotion morale aura paralysé les perceptions auditives par auto-suggestion et secondairement les centres phonateurs.

Le second malade, italien de la légion étrangère, était très semblable au premier.

Traitement. — Le traitement mis en oeuvre dans les deux cas fut le suivant. Emploi de Télectricité statique tous les matins. Des étincelles étaient tirées à la partie antérieure du cou ; puis application du courant continu jusqu*à 15 milliampères, le pôle positif étant à la nuque et le réophore négatif sur Tune ou l'autre des oreilles. L*électricité cependant paraît avoir agi moins efficacement que la rééducation phonatoire des malades. Après plusieurs séances, ils parvenaient à prononcer les lettres a et o à voix basse, puis ce fut la pronon-» ciation des syllabes. Dix jours après, ils pouvaient répéter des mots de deux syllabes. Quelques jours plus tard, les malades avaient recouvré toute la mémoire, parlaient et entendaient sans difficulté.

V. Hémorragies spontanées. — J*ai soigné une Anglaise, âgée d'une trentaine d années, qui depuis un mois présentait des écoulements sanguins par l'oreille gauche exclusivement. Des bourdonnements se produisaient, mais ils diminuaient quand l'écoulement de sang se montrait. L'examen direct faisait voir sur la peau du conduit, près de la membrane tympanique, deux ecchymoses sans varicosités, de forme lenticulaire, l'une en avant, l'autre en arrière. Cette malade était très nerveuse de tempérament (crises denerf,elc.)^ elle avait des hémorragies utérines occasionnées par des fibromes, mais il n'y avait pas simultanéité entre les pertes de sang vaginale et auriculaire.

VL Hystéro-traumatisme. — En voici un exemple bien net, communiqué par Habormann. Un homme, âgé de 46 ans, fendait du bois, il éprouve une secousse brusque dans le brasdroit et dans la tête, aussitôt il devient sourd à droite. Dans la suite, des améliorations et des aggravations se produisi-

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rent, mais aussi des phénomènes hystériques qui établirent le diagnostic.

Diagnostic. — 11 repose sur la constatation des autres stig*mates hystériques (hémi-an«sthésie, anosmie,amblyopie,etc.).

Gradenigo a établi un signe diagnostique important entre les affections organiques de l'oreille interne etThystérie auriculaire: quand la montre est perçue à une distance plus grande que la voie non chantée (du double quelquefois), il s'agit de l'hystérie, car cette névrose ne va passant une -infériorité psychique (Gharcot, Janet), et il est plus facile au malade de porter son attention sur le tic-tac d*une montre, sons très simples, que sur les sons complexes^ d*un mot. De môme Tirritabilité électrique du nerf auditif est diminué^ dans Toreille hystérique et exaltée dans les labyrinthites frigués (Gradenigo).

Il faut aussi penser aux associations fréquentes de Thystérie avec une affection matérielle de l'oreille ; chez les hystériques (Gradenigo), une lésion légère, inflammatoire ou traumatique, détermine des troubles nerveux disproportionnés. C'est ce que nous remarquons, surtout chez certaines femmes âgées qui ont toujours été des nerveuses et qui, surleurs vieux jours, sont tourmentées par des bourdonnements varié:». Ce sont là des oreilles qu'il importe de ne pas fatiguer par un traitement trop actif.

Je trouve dans mes observations le cas d'une dame assez âgée qui présentait nettement une association de sclérose tympanique avec le nervosisrae. Depuis 5 ans, elle avait dans roreille droile un bruit de cascade et dans l'oreille gauche des tintements de cloches, or, il n'y avait aucune surdité; les membranes tympaniqucs étaient bien un peu scléreuses, mais les diapasons indiquaient une audition normale. Cette dame avait eu, quelques années auparavant, une maladie nerveuse caractérisée par des secousses dans la région du cœur et par des crises de nerfs avec perte de connaissance.

Pronostic. — Il n'est pas mauvais. Généralement on en guérit.

Traitement. — Comme moyens locaux, il y a diverses ressources usuelles, l'insufflation d'air par les trompes, le mas-'

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safTQ (lu tympan et surtout réleclricilé. Les moyens généraux sont d'ordre médical. Un des plus utiles est la sug'gestion.

On le voit, à Toreille, comme ailleurs, Thystérie est la g'rande simulatrice. Elle y justifie cette appréciation que formulait déjà Sydenham au xvii^ siècle : « Elle imite presque toutes les maladies du genre humain, car, dans quelque partie du corps qu'elle se rencontre, elle produit aussitôt les symptômes qui sont propres à cette partie ; et si le médecin n*a pas beaucoup de sagacité, il attribuera aune maladie essentielle des symptômes qui dépendent uniquement de Tsiffection hystérique. »

En somme :

1^ L*hyslérie est essentiellement protéiforme à Toreille.

2o Elle s'ajoute à des otopathies diverses qu'elle aggrave ; il faut mesurer la part qu'elle prend aux manifestations morbides.

3® Enfin une part du traitement doit être dirigée contre cette hystérie dissimulée.

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