CHAPITRE X
RHINOSCLÉROIVIE
Le rhinosclérome est une affection probablement parasitaire (bacille de Frisch) qu’on observe surtout en Autriche-Hong-rie et dans l’Amérique du Sud et qui envahit le nez, le pharynx, le larynx, sous forme de plaques circonscrites, dures, grisâtres, s’ulcérant rarement et aboutissant au rétrécissement rebelle de ces cavités, tandis que l’état général reste bon.
Longtemps l’affection a été confondue avec des lésions syphilitiques ou lupiques. En 1870, elle fut décrite par Hebra et Kaposi. Le mot rhinosclérome est d’Hebra. Il indique le caractère principal delà maladie, la consistance ferme, ligneuse, des lésions (oAYipoç, dur) ; mais il ne dit rien de la marche qu’elle suit dans son envahissement. Bornhaupt a proposé l’expression scleromaresfiratorium, qui n’est pas généralement employée.
Après les descriptions d’Hebi'a et de Kaposi sont venues diverses monographies ou études de Mikulicz, Frisch, Chiari, Celso Pellizzari,Cornil, Cornil ét Alvarez (de San Salvador) Mibelli, Ernest Besnier.
Etiologie. — 1. Causes générales. — 1° Répartition géographique. — La distribution inégale du rhinosclérome dans les diverses régions des deux continents constitue un .de ses caractères.
Récemment encore, l’affection n’avait jamais été observée à l’hôpital Saint-Louis. Depuis, un moulage pris sur un malade de l’hôpital a été déposé dans le musée qui s’y trouve. Antérieurement, un cas avait été observé à Paris, en 1859, par Hebra, un deuxième en 1883 par M. Ernest Besnier. Quelques autres enfin, mais très rares, ont pu ê.ti'e étudiés chez nous par Verneuil (sur un jeune Américain, il est vrai), et par M. E. Besnier.
La plupart de ces malades n’étaient pas des Français, mais des étrangers venus à Paris. Cependant, j’ai exa-
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miné, cette année, une femme des environs de Paris, pour laquelle il n’était pas possible de formuler un autre diagnostic.
La patrie du rhinosclérome, pourrait- on dire, est sur les deux rives du Danube, principalement dans les provinces orientales del’Autriche-Hongrie. Il est endémique. On l’observe encore en Russie dans les provinces du sud-ouest, en Egypte, quelquefois en Italie, plus rarement en Suisse, dans le Valais (Secrétan), en Espagne, en Belgique, en Suède. Lennox Browne (1) mentionne seulement trois cas en Angleterre et tous les trois d’origine étrangère. L’affection existe dans l’Amérique du Sud, chez les nègres du Brésil particulièrement. Un seul cas a été vu dans l’Amérique du Nord, par Bulkley.
Le Dr Alvarez (de San Salvador) qui s’est beaucoup occupé de cette maladie pense que le rhinosclérome pourrait provenir des champs où l’on récolte Vindigofera. L’indigo est le résultat d’une fermentation obtenue avecune légumineuse connue sous le nom à’indigofera tinctoria. Or on rencontre constamment sur cette plante un parasite analogue à celui qu’a décrit Frisch. Alvarez a même pu produire la fermentation spéciale d’une décoction stérilisée d’indigofera avec des cultures de rhinosclérom e.
2® Age. — On n’en signale pas avant l’âge de puberté, mais le maximum de fréquence s’établit de quinze à trente ans en moyenne.
3“ Sexe. — D’après Wolkowltscb, sur 85 cas analysés, 48 fois la maladie aurait été observée chez l’homme et 37 fois chez la femme. La proportion est donc de 8 à 6.
4® Constitution, condition sociale. — J’ai été frappé, dans les cas que j’ai pu observer à Vienne, de voir qu’il s’agissait toujours de sujets d’apparence misérable, mais sans la moindre cachexie.
II. Causes locales. — Très généralement, on n’en trouve pas. S’il est fait parfois mention d’un traumatisme, c’est seulement à titre de cause adjuvante. Il n’est intervenu qu’après l’apparition du néoplasme et lui a
(1) Lexnox Bbowne, Traité des maladies du larynx, du pharynx et des fosses nasales, traduit par Aigre (de Boulognesur-Mer), Paris, 1891, p. 536.
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communiqué, comme il arrive pour les tumeurs malignes, une poussée plus intense.
La contagion chez l’homme est exceptionnelle (cas de Robertson chez deux sœurs et de Secrétan chez deux frères).
Siège. — D’après les 85 cas colligés par Wolkowitsch, l’ordre de fréquence s’établit comme suit :
Fosses nasales ... 93
Extérieur du nez . . 90
Pharynx ..... 67
Lèvre supérieure , . 34
Larynx . .22
Voûte palatine et voile du palais . . . . 20
Bord alvéolaire supé¬
rieur. . . .... 19
Trachée . 6
Sac lacrymal .... 6
Langue . 6
Lèvre inférieure. . . 2
Oreille . 1
Ce tableau montre l’extrême fréquence relative du rhinosclérome du nez, du pharynx, du larynx. L’envahissenaent de la trachée, de la langue, des voies lacrymales, n’est, on le voit, que secondaire.
Potiquet '(l) dit avoir observé en 1884, chez Kaposi, un cas primitif du pavillon de l’oreille, pour lequel il propose justement le terme à’otosclérome.
De par la clinique, tout au moins, l’affection est donc bien du domaine de la spécialité rhino-laryngologie.
Symptômes. — I. Début. — La maladie se révèle assez souvent, avant toute trace extérieure, par du nasonnement dans la voix, avec catarrhe nasal et épistaxis. La sécrétion est plus ou moins fétide, formée de croûtes qui se détachent difficilement.
Bientôt, sur la cloison du nez le plus souvent, apparaissent des plaques d’épaississement, dures, circonscrites, limitées d’abord au derme. On dirait qu’on touche du chondrome dur. Elles sont roses ou grisâtres, luisantes, quelquefois d’un rouge cuivré, dépourvues de poils, indolores, peu sensibles à la pression même forte. Elles rappellent des chéloïdes. L’affection se développe symétriquement des deux côtés du corps. Parties de la
(1) PoTiQUET, Annotations du Traité de Moldenhauer sur les maladies des fosses nasales.
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cloison du nez, et plus spécialement, d’après Chiari et Riehl, delà muqueuse des choanes, ces plaques gagnent en étendue surtout, se propagent aux muqueuses nasale, pharyngienne, laryngienne, d’une part; d’autre part à la peau de la lèvre supérieure, et s’y arrêtent quelque temps, d’où un type assez caractéristique. Puis l’envahissement se fait dans la profondeur du squelette cartilagineux et osseux. Les troubles fonctionnels entrent en scène. La maladie est à sa période d’état.
IL Signes physiques. — 1“ Nez. — Il est comme épaté, élargi, en forme de selle. Sa racine peut être gonflée au point que les deux globes oculaires semblent plus distants que de nature. Les narines s’obstruent et peuvent arriver à être punctiformes, comme dans un cas de Davies. Les ailes durcissent et se rétractent, leur bord inférieur s’excavant, ou au contraire elles deviennent rigides et ne peuvent plus s’appliquer contre la cloison. Toutes les pièces cartilagineuses sont épaissies.
A l’intérieur du nez, dans les fosses nasales, la sténose s’affirme de plus en plus et se rétablit après la dilatation par les sondes. Rydigier dit avoir observé un jeune homme chez lequel la cloison et les cornets avaient été envahis par des végétations ayant leur origine sur la face supérieure du voile.
Parfois les nodosités se développent seulement sur la muqueuse nasale, sans déformation extérieure, et c’est cette occlusion qui, provoquant chez le malade des dyspnées nocturnes, le conduit à consulter un spécialiste.
2“ Lèvre supérieure. — Elle est gonflée, raidie par les infiltrats caractéristiques. Longtemps la dégénérescence se cantonne au voisinage du nez.
Les fissures ne sont pas rares dans le sillon nasolabial.
Alvarez a observé un grand nombre de rhinoscléromes : la figure 134, due à son obligeance, montre bien les lésions du nez et de la lèvre supérieure.
3o Arrière-bouche. — Les plaques qui s’y montrent s’exulcèrent plus facilement par l’irritation que déterminent les aliments. La luette disparaît, caractère important par sa fréquence. Le voile du palais, se rétractant et s’indurant de plus en plus, finit par adhérer à la paroi
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postérieure du pharynx; les fosses nasales sont occluses en aiTière.
Les piliers antérieurs, durs et épaissis, reculent et se déforment. Au toucher pharyngien, l’index a la sensation d’un voile en métal ou en ivoire (Ghiari). Si on parvient
Fig. 131. — Cas de rhinosclérome (communiqi par le D'' Alvarez)
à faire la rhinoscopie postérieure, on voit souvent des nodosités très accentuées sur la face supérieure du voile.
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La propag’ation aux trompes d'Eustache s’accuse par des douleurs lancinantes et la dureté de l’ouïe.
Les dents tombent si l’affection envahit la gencive.
Larynx. — L’ensemble de la muqueuse est grisâtre, sans ulcérations. Des bourrelets et des tumeurs hémisphériques se dessinent sur les bandes ventriculaires et les cordes qui se touchent ou se soudent à leur partie antérieure, d’où la sténose. Tels étaient les cas que j’ai vus.
L’espace sous-glottique peut être tapissé par des croûtes d’un vert noirâtre. Exceptionnellement les lésions s’étendent à la trachée.
III. Signes fonctionnels. — La douleur s’accentue quand le pharynx est envahi. Elle tient surtout aux diverses irritations que détermine la déglutition {odynophagié). Les boissons alcooliques ou acides causent alors une sensation de brûlui'e.
Le suintement nasal et les épistaxis trouvent leur explication dans ce fait, que les dépôts néoplasiques finissent par s’accumuler autour des vaisseaux superficiels, d’où une gêne de la circulation en retour. On trouve même des dépôts sanguins successifs dans les coupes histologiques de la muqueuse nasale.
La voix devient rauque ou .étouffée; les malades exhalent parfois une odeur fétide par le nez et la bouche, quand il existe des ulcérations. Les accès de suffocation sont rares. On les observe surtout pendant la nuit et ils se terminent par l’expulsion d’une croûte.
Je n’ai jamais constaté l’engox’gement des ganglions lymphatiques. Un seul fait de Sydney Davies, observé au Caire sur une Egyptienne de trente ans, se serait accompagné de ganglions rétrocervicaux ; encore cette femme était-elle suspecte de tuberculose ou de syphilis.
L’état général de ces malades est ordinairement bon.
Marche. — Elle est très lente. C’est une affection chronique, mais progressive. Les nodosités en plateau, circonscrites au début, finissent par diffuser et se fusionner. Dans la période tardive, une fom les couches épidermiques superficielles envahies, la consistance éimrnée devient molle, pâteuse. En même temps, un liquide visqueux sourd, de la masse et se dépose sur la
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tumeur en croûtes jaunâtres. Pour le rhinosclérome, comme pour l’épithélioma, la marche est bien plus rapide sur les muqueuses que sur la peau. Kaposi a trouvé l’antre d’Hig-hmore envahi. Après une auto-inoculation, Parloff l’a observé sur un bras, sous la forme d’une plaque dure, circonscrite et d’un rouge luisant.
Durée. — On en voit qui durent depuis vingt ans et plus. Kœhler rapporte l’observation d’une femme de cinquante-trois ans, chez laquelle les infiltrats très irré-
fuliers du nez croissaient depuis vingt-sept ans sans I ouleurs.
Terminaison. — Si la terminaison n’est pas la mort, c’est du moins la trachéotomie, avec la canule à perpétuité. L’envahissement va rarement à la trachée, avec cette réserve pourtant que sa constatation au-dessous de la glotte est malaisée, en dehors des autopsies. Parfois un processus atrophique s’empare des parties atteintes.
On n’a produit aucun cas dé généralisation.
Lutz a constaté la rétrocession complète sans rmdive d’un cas de rhinosclérome, chez un Italien, à la suite de fièvres prolongées (?). Il put même le voir à nouveau longtemps après ; mais il avoue n’avoir pas observé luimême le rhinosclérome disparu. L’affection n’était établie que par des commémoratifs et par un rapport du médecin qui avait soigné le malade avant sa guérison.
Il est impossible de tabler sur une telle observation. D’après O. Chiari et G. Rielh, en certains points des muqueuses quelques nodçsités. arrivent à s’aplatir et à se transformer en cicatrices brillantes. Alors l’épithélium épaissi constitue une couche très blanche. C’est par ce processus que disparaît la luette remplacée par une ligne cicatricielle médiane.
Complications. — A ce titre je signalerai ùn cas de pneumonie interstitielle lente, observée par Mibelli dans un cas de rhinosclérome. La coïncidence est digne de remarque, étant donnée la similitude des deux microbes. Schrôtter a publié l’observation d’un malade qui revint mourir à sa clinique avec une dyspnée intense et une fétidité de l’haleine. A l’autopsie on vit que le sclérome s’étendait jusqu’aux bronches. Il y avait gangrène
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pulmonaire, dégénérescence amjloïde de la rate et des reins (1).
Anatomie pathologique. — On est surpris de constater que, malgré la dureté ligneuse de la masse, le couteau T pénètre facilement, surtout dans les cas anciens, lorsque déjà là couche cornée de l’épiderme a été envahie. Et cependant l’évolution naturelle des infiltrats amène un travail de sclérose qui donne à la néoformation l’apparence cicatricielle et explique la dureté caractéristique de ce tissu particulier. Les tranches faites au couteau montrent le tissu sous-muqueux des fosses nasales transformé en un feutrage conjonctif.
Histologie. — l®Les revêtements épithéliaux, cutanés et muqueux, sont presque normaux, mais abondamment pourvus de cellules. L’épiderme offre l’éléidine dans ses conditions naturelles (Cornil). Sur la muqueuse nasale, les cellules épithéliales sont très tassées, au point d’entremêler leurs cils vibratiles. Le plus souvent l’épiderme est seulement refoulé, car on ne trouve pas d’éléments embryonnaires dans le corps muqueux de Malpighi.
2» Dans le derme, point de départ de l’affection, sont les altérations les plus caractéristiques. Les papilles sont hypertrophiées, très vasculaires, remplies de cellules migratrices. Toutes les glandes sudoripares, sébacées, mucipares, sont étouffées dans la sclérose ambiante et finissent par disparaître après avoir eu longtemps leur produit de sécrétion emprisonné dans leur cavité. Quelques glandes pilo-sébacées altérées et déformées ont pu faire- croire à des globes épidermiques et à de l’épithélioma, mais le poil inclus rétablissait le diagnostic.
3» Quant aux vaisseaux (artérioles, veinules, lymphatiques), ils ont leurs parois infiltrées et entourées d’une masse de petites cellules rondes, qui, sur les coupes transversales, leur font une couronne. Cette altération
Î)rimordiale, plus importante sur les veinules et dans es couches profondes du derme, commence, d’après Pellizzari, dans la tunique adventice, puis enva,hit la
(1) Monats. f. Ohren., mai 1893,
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tunique moyenne qui, tuméfiée, refoulé vers la lumière du vaisseau la tunique interne. Celle-ci résiste davantage, et ce serait seulement dans les points où les vaisseaux plus gros auraient pu conserver une partie de leur lumière que la transformation conjonctive s’installerait. Le volume de ces cellules du tissu embryonnaire varie de celui d’une hématie à celui d’un globule blanc.
4“ Les rameaux nerveux, longtemps intacts (d’où l’absence de douleurs), finissent par présenter la même altération.
5“ De même pour les muscles, les cartilages, et même les os.
6" Enfin, entre ces divers organes, vaisseaux, nerfs, etc., on voit parmi les faisceaux conjonctifs épaissis et les petites cellules rondes,, de « grandes cellules sphéroïdales de 20 fi environ, à un ou plusieurs noyaux » (Cornil).
C’est là l’élément caractéristique du rhinosclérome et c’est dans son protoplasma qu’on trouve principalement la bactérie spéciale ou hacillede Frisch(S.g. 135 et 136).
Bactériologie. — C’est non seulement dans les grandes cellules, mais encore autour d’elles, et dans les vaisseaux lymphatiques superficiels du derme, qu’on trouve la bactéi'ie du rhinosclérome, que / Frisch a pu obtenir
â æI />, le prem ier à l’état de
-ji culture pure(fig. 135).
J ^ D’après Cornil et
\ ■*' I m & Babès, il faut colorer
les coupes de violet de ^ méthyle B, puis déco¬
lorer après un séjour Fig. 133. — Bactéries du rhinosclé- dans l’eau iodée. Ce rnme ou bacilles de Frisch. sont des bâtonnets
courts ayant en moyenne 2 p de longueur sur un demi-fi de largeur, terminés par une extrémité arrondie ; ils sont quelquefois étranglés en leur milieu.
On en trouve une vingtaine à peu près dans une cellule. Dans les vaisseaux lymphatiques, ils s’accolent contre la tunique interne desquaraée. Cornil et Alvarez
Fig. 133.— Bactéries du rhinosclérnme ou bacilles de Frisch.
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ont pu découvrir, grâce à un fort grossissement, « une capsule anhiste ovoïde, au centre de lacfuelle est le bâtonnet ». La capsule de la bactérie se voit bien aussi, si elle est traitée à l’acide osmique.
Finch Noyés, après Mibelli, distingue deux espèces de cellules : 1° les cellules œdématiées ou vacuolisées, watery-cells les cellules colloïdes, colloïd-cells. Celles-ci ne seraient que la transformation des premières. Dans les watery-cells, les bacilles sont incontestés, mais on les trouve aussi dans les colloïd-cells. Finch Noyés les a vus au moyen del’immersion dans l’huile d’aniline et il conclut, avec Mibelli, que cette transformation colloïde ou hyaline est due au remplacement du protoplasma cellulaire par la glaire des bacilles. C’est, dit Cornil, un effet de la nutrition des bacilles. En effet, la substance colloïde se trouve parfois accumulée au centre de la cellule et les bâtonnets encapsulés sont tout autour de ce dépôt central. Pawlowsky arrive aux mêmes conclusions.
1'* Culture et inoculations. — Sur la gélatine, la bactérie se cultive en clou si on a procédé par ponction profonde, et en traînée si on a fait une série de piqûres superficielles (fig. 136). Parloff et Stepanow ont obtenu l’inoculation aux animaux du bacille de Frisch; ils ont ensemencé la chambre antérieure de l’œil du cobaye, tantôt avec des fragments du néoplasme, tantôt avec
Fig. liJt). — Culture en traînée et en clou du bacille de Frisch.
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des cultures pures. Deux mois après, les animaux étant sacrifiés, les expérimentateurs purent constater derrière la cornée une petite masse jaunâtre rappelant une cataracte. Ensemençant à nouveau des frag-ments de cette masse, ils obtinrent des cultui’es pures du microbe de Friscb.
2° Analogie du bacille de Frisch avec celui de Friedlaender. — C’est encore une particularité curieuse que l’analogie de ces deux bactéries du rhinosclérome et de la pneumonie fibrineuse.
Pellizzari les a étudiées comparativement. D’après lui, le bacille de Friedlaender se présente plus souvent que l’autre en séries et en filaments. Sa culture serait plus luxuriante. Pour Netter, les deux bacilles seraient identiques. Le bacille de Frisch se trouve parfois dans le mucus nasal, dans la salive. De même le bacille de Friedlaender s’y trouve aussi. Pellizzari l’a trouvé également dans l’ozène et la blennorrhée de Stoerk, mais, en petit nombre. En somme, les deux bacilles sont analogues, mais non identiques.
3“ Autres bactéries. — On trouve encore d’autres microbes dans le tissu du rhinosclérome. Jacquet a découvert, à côté de la bactérie de Frisch, des streptocoques pyogènes. Comme déjà la salive et le mucus nasal contiennent des bacilles de Frisch ou ses analogues. Jacquet se demande si cette invasion microbienne ne serait pas un fait secondaire. Cornil et Babès font les mêmes réserves, quand ils doutent que le microbe de Frisch soit la cause de la tumeur et quand ils inclinent à le considérer comme une bactéiûe banale qui, dans certaines conditions de climat et de lieu, produirait cette néoplasie spéciale.
Gutierrez (1), se basant sur 20 observations, admet que le bacille du rhinosclérome est aérobie, se reproduit au moyen de spores, fait fermenter le sucre et se colore par le gram. Des inoculations ont été faites à divers animaux. Chez les cobayes et les chiens, elle détermine
(1) Gutierrez, Le Rhinosclérome, thèse, Gualémala, avril
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une tumeur pâteuse qui s’ulcère. L’ulcération finit par cicatriser, mais la tumeur persiste.
Dans une controverse sur l’histopatholog'ie, Polyak conclut que la dégénérescence celluleuse colloïde ne provient pas d’une influence bacillaire (1).
Diagnostic. — Il se base sur le siège de l’affection, sur la coloration d’un gris rose luisant, sur l’absence de douleurs, la lenteur de la marche, la résistance au traitement, les examens mici'oscopiques et bactériologiques.
On distingue aisément le rhinosclérome d’un épithélioma ou d’un sarcome.
La différenciation avec des ulcérations syphilitiques est moins facile. Celles-ci cependant ne sont pas superficielles comme celles du rhinosclérome. Elles s’accompagnent d’engorgements ganglionnaires et guérissent vite, grâce au traitement. En cas de doute, il sera sage de ne pas s’attarder dans le traitement antisyphilitique, car il aggrave le mal s’il y a erreur de diagnostic. Un rhinosclérome pris pour de la syphilis a été très endommagé par le traitement spécifique; des ulcérations et l’ouynophagie en furent la conséquence (Bojew).
La ressemblance avec le lupus est encore moins marquée. Les nodosités de celui-ci sont plus petites, plus rouges, moins dures.
Je signalerai encore l’éventualité d’un diagnostic à établir entre le rhinosclérome et la lèpre.
Pronostic. — Il est grave, puisque d’une part les cas de guérison sont des plus rares et discutables, et que, de l’autre, la grande majorité des malades restent en proie aux divers dangers de la sténose nasale ou laryngienne. La récidive se montre très souvent après les diverses interventions thérapeutiques .
Traitement. — 1“ Traitement curatif. — a. Médical. — Pellizzari, Cornil et Alvarez reconnais.sent avoir obtenu une diminution des lésions par l’usage prolongé del’iodure de potassium à hautes doses; mais que de fois il a été inutile, sinon nuisible !
Divers caustiques ont été tour à tour prônés : acide
(1) Société hongroise d' Oto-Rhino-Laryngologie, 28 janvier C.\STEX. — Mal. du Larynx. 2e éd. 22
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lactique, acide • pyrogallique, nitrate d’argent, potasse caustique, chlorure de zinc. Dans un cas trop étendu pour songer à l’extirpation, M. E. Besnier a obtenu un résultat très encourageant, en bourrant le néoplasme de flèches au chlorure de zinc et en plaçant deux posses sondes dans chaque narine. Le mal a paru s’arrêter dans sa marche.
C’est encore avec quelque succès qu’on a eu recours au traitement antiparasitaire. Il a été inauguré en 1882 par Lang. Tous les deux jours, il pratiquait dans le rhinosclérome des injections interstitielles d’acide salicylique à 1/2 p. 100, ultérieurement de salicylate de soude à 2 p. 100. En même temps, il recourait, aux douches nasales avec la solution de salicylate de soude, aux onctions avec la pommade salicylée, aux gargarismes salicylés, à l’administration quotidienne de 2 grammes d’acide salicylique. Puis il a utilisé les injections parenchymateuses d’acide phénique à 1 p. 100. Dans un cas, l’amélioration a été notable.
Quelques bons effets aussi ont été obtenus par les injections interstitielles de liqueur de Fowler, d’iodoforme, de sublimé à 1 p. 100.
Powlowski (de Kiew) a préconisé les injections hypodermiques d’une rhinosclérine, qui rendrait les, tissus environnants réfractaires à l’envahissement du parasite.
b. Chirurgical. — Kœhler aurait, par la galvanocaustie, guéri sans récidive une malade de trente ans, atteinte depuis deux ans seulement.
Sont encore indiqués :
Le raclage ou le curetage suivis de cautérisations diverses, surtout à l’acide lactique.
V extirpation complète avec ou sans autoplastie, avec ou sans cautérisation des surfaces cruentées.
Quelques opérations radicales ont pu être menées à bonne nn. Navratil a, dans un cas, pratiqué une incision allant du milieu du front à la lèvre supérieure, réséqué les parties osseuses et cartilagineuses altérées, bourré à la gaze iodoformée et réuni ensuite par première intention. Le malade, qui auparavant respirait la bouche ouverte, pouvait ensuite respirer librement par le nez.
Le plus souvent, la récidive est au bout de ces guéri-
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sons temporaires. Baurag-arten (de Buda-Pest) en citait un cas cnez un malade qui n’avait pas quitté cette ville depuis 18 ans.
Si les moyens curatifs ont échoué, restent les moyens palliatifs, dont les bénéfices sont moins hypothétiques.
2® Traitement palliatif. — Dilatation dfu nez et du larynx pour conserver le fonctionnement de ces deux organes. On dilate les fosses nasales avec la laminaria (Kaposi). On va même jusqu’à cureter l’intérieur des fosses nasales, jusqu’à le cautériser au thermocautère, pour y placer des tubes métalliquès ou en caoutchouc.
Avec le Campenon, chirurgien des hôpitaux, nous avons fait une intervention qui consiste :
1" Dans la libération de l’aile du nez, à son extrémité postérieure ;
2° Dans une incision verticale de la lèvre supérieure, au même point, tout en respectant le bord labial ;
3® Dans l’abaissement de la partie postérieure de l’aile du nez entre les lèvres de l’incision labiale où elle fut maintenue au moyen d’une anse de fil d’argent, prenant appui sur les dents incisives supérieures. L’aile du nez resta ainsi déplissée et abaissée.
Le cathétérisme laryngien assure la béance de la glotte. On le pratique avec le jeu des tubes de Schrôtter. Le malade, comme ceux que j’ai vus à Vienne, arrive à se sonder lui-même et, sous ces pressions renouvelées, les bourrelets durs finissent par s’effacer un peu. Aujourd’hui la dilatation progressive se pratique par le tubage au moyen des tubes d’O’Dwyer. La dilatation se maintient assez longtemps.
La trachéotomie doit être mentionnée dans les ressources palliatives.
En résumé :
Si le rhinosclérome est encore opérable, l’extirper et faire de l’autoplastie, non sans avoir essayé des injections interstitielles.
Si le rhinosclérome n’est plus opérable, dilater mécaniquement le nez et le larynx.
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