LOCALISATIONS NERVEUSES DE LA DIPHTHÉRIE
Les paralysies sont une conséquence assez fréquente de l'angine diphthéritique. Le voile du palais et le pharynx sont le plus souvent frappés.
L'immobilité et l'abaissement du voile à l'examen di-
1 Loraia et Lépine ; art. Nouv. Dictionn méd etchir vrat. - Magne; Th. Paris, 1878. -Déjérine; Arch. physioL, 1878, ..
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rect, le nasonnement, la gène de la parole (prononciation de certaines lettres), le ronflement respiratoire, le reflux des boissons par le nez, Timpossibilité de soufiler ou de sucer, etc., indiquent la paralysie du voile du palais ; la dysphagie avec toutes ses conséquences, la paralysie du phar\-nx et de l'œsophage.
Le larynx peut être atteint également : les parcelles alimentaires s'engagent alors sans être perçues par le malade ; la respiration est souvent gênée, la voix dure et rauque, ou même tout à fait éteinte ; la toux a un timbre caverneux ou étoulïé, etc.
Les troubles visuels sont assez fréquents dans la diphthérie ; ils sont dus à une paralysie de l'accommodation. En même temps que la pupille est dilatée et immobile, on observe des troubles variables, suivant que le malade est emmétrope, myope ou hypermétrope. « Dans un œil emmétrope, la vision des objets éloignés est nette, tandis que la vision des objets rapprochés est confuse. Pour les myopes, la paralysie de Taccommodation cause d'autant moins de gêne que la myopie est plus forte. Pour les hypermétropes, chez lesquels la vision distincte ne s'exécute que que par des eS'orts d'accommodation, la paralysie produit un trouble visuel tel qu'ils ne peuvent guère voir distinctement, même de loin, sans verres convexes » (Magne).
Les muscles moteurs de l'œil peuvent aussi être paralysés. On observe alors le strabisme et la diplopie.
Les difl'érents sens sont quelquefois frappés, le goût notamment. La langue peut être paralysée (motilité et sensibibité) seule ou en même temps que les lèvres. On a aussi observé la paralysie du facial etPanesthésie du trijumeau. Quand les muscles de la nuque sont frappés, la tète tombe en avant sans que le malade puisse la relever. Les difl'érents muscles de la respiration, le diaphragme, sont quelquefois paralysés : nous connaissons les symptômes qui apparaissent alors.
C'est à la paralysie du pneumogastrique qu'on attribue
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généralement aujourd'hui les accidents cardiaques graves, pouvant aller jusqu'à la syncope et à la mort, que présentent certains malades atteints de diphttiérie.
Enfin les membres sont, eux aussi, assez fréquemment frappés. On observe surtout la paraplégie ; on a cependant des paralysies limitées à un membre ou des hémiplégies.
Sans insister davantage sur les traits particuliers de ce tableau, vous voyez que la paralysie diphthéritique peut s'observer partout, sur tous les muscles de héconomie, quels qu'ils soient.
L'anatomie et la physiologie pathologiques de ces accidents sont encore singulièrement obscures. Isous en résumons l'état actuel d'après le travail du D"" Magne.
En 1862, Gharcot et Yulpian trouvent chez une femme, morte avec une paralysie diphthéritique du voile du palais, des altérations manifestes des nerfs moteurs se rendant à ce voile- En 1869, Lorain et Lépine disent avoir obserA'é un cas semblable (sans détails), et Liouville a observé une altération analogue du phrénique dans un cas de paralysie diphthéritique du diaphragme. — Biihl avait, en 1867, rencontré une altération très-marquée des racines, la moelle étant peu lésée et les troncs nerveux n'ayant paséfcé examinés. — CErtel observe des hémorrhagies capillaires dans les dures-mères crânienne et rachidienne, ainsi que dans les gaines des racines nerveuses et des nerfs périphériques; de plus, dans les cornes antérieures, il y avait une multiplication de noyaux avec de petits foyers hémorrhagiques. — Leyden a constaté une névrite ascendante, envahissant les nerfs de proche en proche et pouvant remonter vers les centres jusqu'au bulbe. — En 1876, Pierret a trouvé dans les méninges rachidiennes un exsudât de tous points comparable aux pseudo-membranes diphthéritiques. Mais , dans trois autres faits, Yulpian n'a pas rencontré cette lésion.
Le travail le plus récent et le plus complet est celui de M. Déjérine , quia trouvé les mêmes lésions dans cmq
autopsies de paralysies diphthériliques , faites à Thôpita] Sainte-Eugénie. Les altérations sont de deux ordres : 1 . Des lésions des racines antérieures et des nerfs intra-musculaires analogues à ce que l'on observe dans tout nerj sectionné, séparé de son centre trophique ; 2. Des lésions de la substance grise de la partie antérieure de la moelle : atrophie des cellules nerveuses , prolifération conjonctive, hyperémie et diapédèse. En un mot, il y aurait là myélite antérieure avec toutes ses conséquences. Seulement cettt lésion , nulle ou très-peu accusée quand la paralysie esl récente, va en s'accentuant au fur et à mesure que les accidents durent depuis plus longtemps.
De la diphthérie , nous devrions passer maintenant auTi altérations du système nerveux qui se présentent dans le cours des autres maladies infectieuses et à celles qui succèdent aux diverses maladies aiguës. Dans le premiei groupe , nous aurions les accidents nerveux pendant el après la fièvre typhoïde , la variole , etc. Dans le second , nous trouverions les paralysies qui succèdent aux angines non diphthéritiques , à la pneumonie, la pleurésie, etc., et d'une manière générale les accidents nerveux de la convalescence.
Nous consacrerions volontiers un chapitre spécial à l'impaludisme , dont les localisations nerveuses sont si multiples et si importantes. Nous savons en effet que , en dehors des formes apoplectique, comateuse , etc. , etc. , de l'accès pernicieux , le miasme peut déterminer des accidents médullaires ou cérébraux de durée variable, des paraplégies, des hémiplégies, etc., que nous avons étudiées ailleurs '.
Il y a là, vous le voyez, un cadre immense ; nous vous l'indiquons à peine. Pour le remplir, il faudrait' parcourir la pathologie dans son ensemble et consacrer à ces dévelop-
1 Montpellier, méd., avril 1876.