DU TINTOUIN
au passage de l’air dans la trompe d’eustache , ou dans le conduit auditif externe; il les a nommés bourdonnemens vrais ; il a désigné les seconds qui proviennent d’une exaltation morbide du sens auditif, sous le nom de bourdonnemens faux. L’afflux du sang vers la tête , l’anévrisme des artères placées dans le voisinage des oreilles , la suppression d’une hémorragie habituelle , des menstrues, du flux hémorroïdal , sont autant de causes occasionnelles d’un raptus de sang vers l’encéphale et de bourdonnement consécutif. Les irritations des viscères agissent quelquefois sympathiquement sur les oreilles et déterminent une perception de bruits qui n’existent réellement pas, telles sont les irritations encéphaliques, gastro-intestinales, utérines, etc. Les hémorragies abondantes produisent le même effet ; en résumé, le bourdonnement vrai ou faux est tou^ jours le résultat d’une irritation idiopathique vasculo-nerveuse de l’oreille , ou du transport rapide du sang dans la substance cérébrale , ou bien c’est l’effet sympathique d’une irritation proche ou éloignée; dans tous les cas, le bourdonnement ne constituepasunemaladie. C’est un symptôme dont le traitement ne peut être séparé de celui que réclame l’affection qui le produit.
DE LA SURDITÉ
NEVROSE PASSIVE.
De la Surdité .
La surdité ou l’abolition entière des fonctions de l’ouïe , n’est pas toujours subite , elle est ordinairement précédée de la dysccie , dans laquelle l’audition est faible , quoique les ondes sonores produisent un ébranlement assez fort de l’air pour exciter une forte sensation. La surdité doit être rapportée à deux causes principales essentiellement différentes : dans la première , la difficulté d’entendre provient de l’altération des parties membraneuses, cartilagineuses , osseuses , qui entrent comme parties constituantes dans la structure de l’oreille; nous n’avons pas à nous occuper de ces altérations ; dans la seconde, la surdité est le résultat d’une modification du système nerveux auriculaire, d’une compression, d’une asthénie nerveuse, d’une désorganisation de la pulpe du nerf acoustique. La difficulté ou l’impossibilité d’entendre, a des résultats bien différens , suivant l’époque de la vie où cette cruelle maladie se développe. Chez les enfans , clic entraîne la mutité; chez les adultes, l’affaiblissement de la faculté d’entendre les éloigne du monde , leur fait rechcr-
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cher la solitude , et les prédisposé ainsi à toutes les irritations organiques que donne un profond chagrin.
Les causes occasionnelles de la surdite par atrophie du nerf auditif sont peu connues ; elles paraissent néanmoins dépendre , i°. des stimula Lions directes exercées sur l’organe de l’ouïe: tels sont l’action du froid , les éclats du tonnerre , les décharges d’artillerie , les coups , les chutes , l’inflammation des membranes intérieures de l’oreille ; 2°. des irritations et des épanche mens cérébraux qui compriment et atrophient le nerf acoustique; 3°. de la métastase d’une irritation, et sympathiquement d’une irritation du canal digestif de la matrice, qui réagit sur la pulpe nerveuse. La sensibilité des organes dont il s’agit, est souvent exaltée avant d’être abolie, et les malades éprouvent d’abord la perception d’un bruit continuel, d’un bourdonnement insupportable , auxquels succède une difficulté d’entendre qui augmente sans cesse jusqu’à l’abolition complète de l’audition. La lésion du nerf est alors idiopathique , indépendante de toute irritation cérébrale ou de tout autre organe. La surdité est quelquefois subite et dépend de la compression que détermine un épanchement de sang dans le cerveau , épanchement
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d’où peut résulter l’atrophie du nerf, si l’absorption ne le soustrait pas a une compression long-temps continuée. La surdité augmente considérablement dans la vieillesse , et a l’époque critique chez la femme ; elle diminue également à l’approche des règles , mais , en général , les surdités qui surviennent brusquement à la suite d'attaques d’apoplexie , ou qui arrivent lentement dans un âge avancé, offrent peu de ressources, et presque toujours les remèdes échouent. Quant aux surdités intermittentes, elles sontbeaucoup moins dangereuses , et s’il est permis de juger par analogie, elles doivent souvent accompagner les inflammations viscérales , comme on le remarque pour l’amaurose,
O11 observe également des surdités passagères qui paraissent servir de crise aux gastro-entérocéphalites qui n’ont pas été arretés dans leur marche: ces dernières se dissipent ordinairement d’clles-mémes pendant la convalescence. En général, cette maladie est extrêmement grave, et lorsqu’elle résiste aux moyens de l’art, on ne peut pas compter sur les changemens qu’amènent dans l’organisme, la puberté, la première menstruation , les changemens de climats, etc. , qui influent si puissamment sur les autres affections; elle ne tend pas à se guérir d’elle-même, elle
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s’aggrave sans cesse , et si les modificateurs ne parviennent pas à réveiller la sensibilité du nerf, la surdité fait de continuels progrès et arrive à un degré d’incurabilité insurmontable.
Avant d’entreprendre le traitement de la surdité , il faut d’abord connaître le siège de la maladie ; savoir si le défaut delà perception des sons dépend d’un obstacle à l’introduction des ondes sonores dans l’oreille, de l’oblitération de la trompe d’eustache , ou de l’asthénie nerveuse du nerf; et dans ce dernier cas, il faut savoir si la lésion est idiopathique ou symptomatbique. Ces recherches fort importantes sont très- difficil es, et il arrive trop souvent que, faute d’une juste appréciation de l’état maladif , on est réduit a faire un traitement expérimental. Cependant le bon état du conduit auditif externe de la membrane du tambour , des conduits gutturaux du tympan peuvent faire soupçonner l’affection simplement nerveuse. On la jugera symptomatique lorsque l’irritation des voies digestives, de la matrice, de l’encéphale aura précédé le développement de la névrose , et la première indication sera de combattre l’affection primitive , et de remédier ensuite aux désordres sympathiques. Lorsque la surdité idiopathique dépend de l’asthénie nerveuse , le irai-
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tement est basé sur remploi des stimulans locaux, et sur les dérivatifs. Dans le cas où le malade est fort, pléthorique et présente un pouls large et plein , on conseille la saignée , un régime plus doux, moins substantiel; l’application de ventouses scarifiées au cou , sur les épaules ; les frictions électriques sur les parties externes ; l’introduction de pointes de bois dans l’oreille , pendant que le malade, isolé , est en communication avec l’appareil électrique ; on conseille également l’injection de liquides stimulans aromatiques, de la décoction de thym, d’ail, de menthe , etc. ; l’injection de l’eau de nier, de l’eau saturée d’une solution d’hydro-chlorate de soude , la fumée de tabac introduite dans la caisse par les trompes d’eustache , en la forçant à remonter de la bouche dans l’oreille; l’injection dans la cavité du tympan de liquides excitans, astringens, en pratiquant le cathétérisme des conduits gutturaux , ensuite l’emploi des excitans révulsifs locaux et généraux ; les vésicatoires derrière les oreilles; les moxas , petits et nombreux, brûlés sur l’os temporal ; les cautères appliqués derrière l’angle de la mâchoire; les sétons passés à la nuque; les purgatifs qui peuvent avoir des résultats avantageux toutes les fois que le canal intestinal n’est pas enflammé;
les îavemens purgatifs drastiques, qui produisent quelquefois de bons effets. Si on peut juger de l’impuissance de Fart par la multiplicité des remèdes, jamais on n’aura plus à déplorer le peu d’effets de tous les moyens que la médecine conseille contre une maladie dont les causes et le siège souvent inconnus, rendent le traitement fort long , souvent empirique , et rarement heureux,
La peau , organe du tact et du toucher, est une membrane d’une texture compliquée qui enveloppe , àl’extérieur , le corps de l’homme et des animaux. Les fonctions de cette membrane sont de deux ordres : les premières sont relatives aux sensations, aux rapports qu’elle entretient avec les corps extérieurs , et le cerveau : les secondes appartiennent au domaine des fonctions organiques. Cette enveloppe a pour base le chorion ou derme , espèce de feutre qui livre passage à des nerfs , des artères , des veines , et à des vaisseaux lymphatiques. Ces vaisseaux et ces nerfs viennent former , suivant la plupart des anatomistes , plusieurs couches superposées les unes aux autres, qui sont, en procédant de dedans en dehors, le tissu papillaire, puis le corps mu-
queux de malpighi , membrane très-mince , siège principal de la coloration de la peau , et qui loge dans les enfonccmens que présente sa face interne, les petites éminences du tissu papillaire , ou les papilles tactiles, et enfin l’épiderme ou surpeau, dernière expansion qui enveloppe et protège toutes les autres. On trouve en ou tre dans l’épaisseur delapeauies foîlicuiessébacées etlescapsules pilifères : cette membrane est essentiellement vasculo-nerveuse , et c’est à l’aide de ses nerfs et de ses vaisseaux qu’elle remplit ses fonctions tactiles et ses fonctions organiques d’absorption et d’exhalation. La sensibilité n’existe pas au même degré sur toute la surface de cette enveloppe; elle est beaucoup plus sensible dans les points ou les papilles nerveuses abondent, et où l’épiderme est plus mince , comme aux environs des ouvertures naturelles , près desquelles elle s’amincit pour se continuer avec les membranes muqueuses : elle est généralement beaucoup plus impressionnable chez la femme que chez l’homme.
La peau, considérée comme organe sensible, reçoit l’impression des corps, et transmet au cerveau la sensation que lui ont fait éprouver les diverses qualitésde ces corps , telles que leur température, leur forme, leur consistance, leur volume,
leur poids : elle agit aussi sur les viscères, et y détermine un sentiment de bien-être ou de mai-aise, suivant l’état des corps qui sont mis en contact avec elle : le chatouillement, lorsqu’il est léger, excite une sorte de sensation voluptueuse dans les viscères ; s’il est poussé trop loin, il développe des douleurs , des mouvemens convulsifs, et pourrait même donner la mort en déterminant une congestion dans le cerveau et la poitrine. Le toucher du corps de la femme réveille les organes génitaux, excite le cœur, favorise la secrétion du sperme , etc. Ainsi donc , pendant que la peau fournit à l’homme des notions sur les objets qui l’environnent, elle peut en même temps agir sur les viscères, et associer aux fonctions de relations des phénomènes organiques. Toute l’enveloppe cutanée étant sensible , elle communique au centre de perception les impressions qu’elle a reçues : ce phénomène de relation constitue le tact; mais il est certains modes des objets que toutes les portions de la peau, prises indifféremment, ne pourraient pas apprécier. Pour acquérir des notions sur les formes , les contours des corps , il faut pouvoir les contenir, les palper, les embrasser : ce phénomène de relation , plus compliqué , qui exige de la part du cerveau une attention plus sou-
tenue, est le toucher , la main en est l’organe. Le toucher n’est au reste que le tact perfectionné par une plus grande sensibilité de la portion de la peau qui y préside, et par la faculté qu’a l’organe de se mouler sur tous les objets dont le cerveau veut acquérir la connaissance.
Les nosographes n’ont fait aucune mention des névroses de la peau ; elles existent cependant , quoiqu’on ait peu de détails, principalement sur les irritations nerveuses idiopathiques de cette membrane. Elles sont actives ou passives, idiopathiques ou sympathiques, comme toutes celles de la vie animale. Les névroses actives idiopathiques existent rarement seules , elles sont presque constamment accompagnées d’un certain degré d’inflammation de la peau. L’action du froid, l’application des corps milans, l’introduction subite d’une certaine quantité de calorique , développent quelquefois une irritation purement nerveuse de cette membrane. Les malades ressentent une constriction mo~ mentanée de tout le système dermoïde , ils ont ce qu’on appelle vulgairement la chair de poule: ils éprouvent également du prurit , des cuissons, des élanccmens ; mais il est rare qu’on observe des phénomènes beaucoup plus remarquables, à moins qu’une inflammation consécutive ne se
66 NÉVROSES BU TACT ET DU TOUCHER, développé. Quant à la perte de sensibilité de cette membrane , indépendante d’une lésion encéphalique , nous n’en connaissons point d’exemples.
Les névroses symptomatiques, actives ou passives, sont plus communes et mieux connues. La gastrite , la gastro-entérite , les irritations cérébrales , déterminent souvent dans la peau une sensibilité morbide très -vive, qui augmente beaucoup les souffrances des malades: ils éprouvent des douleurs aigues lorsqu’on les touche, ou lorsqu’ils veulent se remuer. Cette sensibilité peut s’élever au point que le plus léger attouchement occasionne quelquefois des mouvemens convulsifs.
L’irritation inflammatoire cérébrale dans le mode soporeux, certaines gastro-céphalites , la catalepsie, l’épilepsie, l’apoplexie, frappent souvent la peau d’une insensibilité locale et générale, ou d’un engourdissement plus ou moins profond, que les excitans les plus énergiques ne peuvent pas dissiper. Un jeune homme auquel MM. Broussais , Bernard et Treille donnaient des soins pour une syphilis caractérisée par des ragades, des douleurs dansl’intérieur des os des cuisses, des jambes, et par la chute despoi!s,sesoumitàun traitement anti-vénérien qui améliora les symptômes; mais ne croyant pas avoir la vérole, il
discontinua le traitement et entreprit un long voyage pendant lequel il fut attaqué d’un violent typhus, dont la convalescence fut fort longue , et s’accompagna d’une insensibilité des doigts , et de douleurs ostéocopes très-violentes. Convaincu qu’il était affecté d’une maladie vénérienne , il consentit alors , aussitôt que ses forces le permirent, à un traitement complet, dont il éprouva les plus heureux effets.
M. Treille , rédacteur de l’observation , pense que l’insensibilité des doigts pouvait bien être un symptôme de la vérole ; mais on conçoit difficilement comment cette maladie, qu’elle dépende d’ailleurs de la présence d’un virus , ou d’une simple irritation organique , pourrait produire un pareil phénomène. Il est plus probable , suivant nous, que cette insensibilité partielle, développée à la suite du typhus, a été le résultat d’un engorgement, d’une compression que l’irritation avait déterminés dans la substance cérébrale. Les Mémoires de l’Académie des Sciences, année 17 43, font également mention d’un cas remarquable d’une insensibilité partielle de la peau. Unmilitaire éprouva une perte de sentimentdans îe bras gauche sans paralysie , qui ne l’empêchait pas d’exécuter avec ce membre tous les mouvemens nécessaires au maniement des armes.
Les névroses actives de la peau, sans irritation gastro-intestinale ou encéphalique, si elles persévéraient sans inflammation , pourraient réclamer l’emploi des bains érnollicns , et des préparations opiacées , pour diminuer l’éréthisme nerveux général. Quant aux névroses symptomatiques, le traitement doit être dirigé contre la lésion cérébrale qui les entretient : les auteurs conseillent la flagellation , l’urtication, pour tirer l’encéphale de l’état soporeux où il est plongé, et pour prévenir une congestion et une apoplexie mortelles. C’est dans ce but que M. Sarlondière mit en usage avec succès l’acupuncture sur le cataleptique qu’il soigna a Montaigu. Dans le cas où une insensibilité locale persisterait après la guérison de la maladie principale , on pourrait employer les frictions sèches aromatiques, les frictions avec la teinture de quinquina, l’eaude - vie de gaïac , les îinimens ammoniacaux camphrés , et tous les excitans assez énergiques pour remédier à l’asthénie nerveuse de la peau.
Névroses du Goût et de 10 dorât
Ces deux sens se trouvent être placés sous la dépendance du cerveau, et particulièrement des organes de la digestion ; l’exaltation ou l’aboli-