‹ Maladies nerveuses des auteurs, rapportées à l'irritation de l'encéphale, des nerfs cérébro-rachidiens et splanchniques, avec ou sans inflammationChapitre 26 sur 51 · ET DE L'OESOPHAGE · texte numérisé non relu

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continuité , seulement la dysphagie ou la difficulté d’avaler est toujours le produit d’une névrose active. Quant à la paralysie , elle n’est pas possible dans ce conduit , qui reçoit une grande quantité de filets nerveux, provenant des nerfs ganglionnaires. Si le bol alimentaire ne pénètre pas dans l’estomac , la paralysie n’en est pas la cause : c’est l’inflammation chropiquede ce tube qui a épaissi , engorgé , et meme désorganisé le tissu membraneux, de manière que l’aliment ne peut vaincre l’obstacle qui lui est opposé. D’autrefois la substance alimentaire avalée par gloutonnerie ne peutdescendre dans l’œsophage, parce que son volume n’est pas proportionné à l’ouverture du conduit. L’effet est alors mécanique , et il n’y a rien de nerveux dans ce phénomène.

Ces névroses, active ou passive, n’exigent, au reste , d’autres traitemens curatifs que ceux dirigés contre les affections morbides dont elles sont un des symptômes.

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De la Gastrite chronique et de V Irritation nerveuse de l Estomac.

Avant les travaux de M. Broussais , l’inflam-

mation aigue du canal digestif n’ était point connue des médecins , qui firent tous , des différentes nuances de la gastro-entérite , autant de fièvres essentielles primitives , existant par ellesmêmes, et n’ayant aucun siège. Quant aux plilegmasies chroniques des mêmes viscères , on commença seulement à se douter de leur existence a étudier leurs symptômes , et les sympathies qu’elles développent, quelques années après la publication de l’histoire desphlegmasies chroniques . Jusqu’alors, les phénomènes de la gastrite etde l’entérite chroniques étaient rapportés à un état d’atonie , de faiblesse de 3a membrane muqueuse gastro-intestinale. On prétendait alors remédier à l’asthénie des muscles , à la pâleur de la peau, à la langueur générale , au moyen des stimulans , des toniques fixes ou diffusibles. On voulait dis-^ siper les pertes d’appétit , la saleté de la langue , les vomissemens , à l’aide des émétiques , des purgatifs , et lorsque la phlegmasie chronique développait des symptômes nerveux très-saillans, on ne tenait aucun compte de l’irritation : la maladie était regardée comme nerveuse , et pour dissiper la névrose , on mettait en usage les sédatifs du système nerveux , sans qu’on s’occupât, d’ailleurs , de Faction de ces médicamens sur la muqueuse gastrique déjà irritée. Enfin,

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suivant la doctrine ou l’empirisme du médecin, on administrait les anti-spasmodiques , les caïmans , les évacuans , les toniques , les stimulans, jusqu’à ce que l’estomac, fatigué des stimulations continuelles qu’on y excitait , développât des réactions favorables, propres à rétablir l’équilibre , ou que l’irritation , en se fixant avec plus d’opiniâtreté sur les muqueuses digestives , produisît des désorganisations, des ulcérations, des squirrhes, des cancers, qui mettraient enfin un terme aux souffrances et à l’existence des malheureux abandonnés aux fausses doctrines , ou à l’aveugle empirisme des médecins d’autrefois.

Enfin , M. Broussais parut : il fit connaître la véritable nature de ces maladies , et renversa de fond en comble tout cet échafaudage d’erreurs qui avaient dominé pendant des siècles dans les écoles , et avaient acquis force de lois. Il prouva , comme on doit prouver en médecine , par le raisonnement , l’influence du traitement et l’ouverture des cadavres, que la plus grande partie des gastralgies , des gastrodynies , des pyrosis , des vomissemens spasmodiques , des dyspepsies , des boulimies , des coliques nerveuses , de plomb , etc. , étaient fomentés , entretenus, produits par une inflammation, une

sub-inflammation plus ou moins chroniques, pyrétiques ou apyrétiques du canal digestif. Les phénomènes nerveux furent considérés , pour le plus grand nombre, comme symptômes de l’irritation organique développée chez les personnes dont le système sensitif jouit d’une extrême irritabilité. Le traitement fut également mis en harmonie avec les théories nouvelles , et à l’usage d’une polypharmacie active et stimulante succéda l’emploi des antiphlogistiques , des émolliens , des adoucissans, des révulsifs et des légers anti-spasmodiques , à l’aide desquels on prévient la désorganisation, et on triomphe à la longue de toutes ces irritations % maladies les plus communes qui puissent affecter l’espèce humaine.

Cependant, l’estomac et les intestins ne sont pas constamment enflammés, et les modificateurs stimulans , lorsqu’ils n’ont point agi avec assez d’énergie pour développer l’inflammation, des sens internes, se bornent quelquefois à irriter le système nerveux de ces organes, principalement chez les sujets très-irritables ; il y a alors irritation nerveuse , qui s’élance toujours des organes le moins pourvus de nerfs, sur les viscères les plus nerveux , de manière que quelque puisse être le viscère irrité, l’estomac est

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toujours fortement ébranlé, et c’est alors seulement qu’on observe le jeu des sympathies dans les appareils de relation , c’est-à-dire des exagérations de mouvemens du système musculaire de la vie animale ; mais les stimulations, comme nous l’avons déjà fait remarquer, ne peuvent continuer d’agir sur ces viscères, sans déterminer, dans un temps limité par la constitution, une phlegmasie plus ou moins chronique , phlegmasie qui donne encore aux symptômes nerveux une impulsion plus forte et plus intense. Les véritables névroses des organes gastriques, indépendantes de toute phlegmasie, naissent et se dissipent généralement en peu de temps, sous l’influence de l’exercice des facultés intellectuelles, des affections très -vives, des passions et de l’action de certains modificateurs ; ainsi, le balancement, le jeu de l’escarpolette, la vue d’un animal hideux, et toutes les sensations douloureuses qu’on éprouve à l’épigastre dans certains troubles de l ame , déterminent une constriction de l’estomac , le dégoût , des nausées , des vomissemens , phénomènes nerveux qui se dissipent conjointement avec la cause qui les a fait naître ; si l’action de ces causes se répète souvent, la gastrite chronique finit toujours par se développer : l’estornac peut égale-

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ment être mis dans un état nerveux sympathiquement, lorsqu’un des organes placés sous la dépendance du grand sympathique , tels que les reins, l’utérus, sont irrités ou enflammés; ainsi donc, l’irritation nerveuse, primitive, des viscères digestifs, développe la gastrite ou l’entérite chroniques , ou bien elle est un des symptômes de la phlegmasie chez les personnes très-irritables ; il est donc impossible, dans l’histoire des névroses du canal digestif, de les séparer des inflammations : ce sont différens anneaux d’une même chaîne qui ne peuvent être désunis , lorsqu’on veut étudier toutes les nuances, les formes , les divers modes de la souffrance des organes.

La gastrite chronique ne fait pas toujours suite à la gastrite aigue dont elle diffère, en ce qu’elle présente moins d’intensité dans sa marche; les causes qui lui donnent naissance , sont toutes celles de l’état aigu; il n’y a de différence que dans le mode d’action et dans l’idiosyncrasie individuelle ; les inflammations très-intenses de l’estomac, et en générai de tous les organes, sévissent peu de fois dans le cours de la vie ; tandis que les affections chroniques se développent, s’éteignent et reparaissent beaucoup plus souvent , de sorte que les mêmes causes qui ont

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à occasionné une irritation avec fièvre, ne déterminent plus bientôt que des irritations chroniques : ces causes sont les écarts de régime, les vicissitudes atmosphériques , les affections morales et le traitement stimulant et empyrique. Lorsque cette affection succède à une violente gastrite , les symptômes morbides s’apaisent peu à peu , mais ne disparaissent pas totalement ; le malade recouvre l’appétit , mais il ne peut le satisfaire sans éprouver des rechutes ; la bouche reste pâteuse , amère ; la fièvre persiste encore , ainsi que la soif. Quand la gastrite chronique n’a point été précédée de l’état fébrile aigu, elle présente alors deux variétés fondées sur la présence ou l’absence de la fièvre ; la première se rapproche de la gastrite ordinaire , elle est pv ré tique ; la seconde est sans symptômes fébriles, elle est apyrétique.

Dans la gastrite chronique subaigue pyr étique, la facilité de digérer est diminuée , ou bien la digestion des alimens ingérés le matin , se fait sans difficulté, mais l’estomac s’échauffe, s’irrite, et la digestion des alimens pris le soir devient laborieuse; d’autres fois, les malades ne ressentent aucun appétit , la soif les tourmente, ils digèrent avec lenteur, ils se plaignent de douleur à h épigastre et d’une chaleur générale; d’autres

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fois, les alimens ne passent point et sont reje® tés : cette nuance d’irritation gastrique ne reste ordinairement pas stationnaire, elle passe à l’état aigu ou devient tout-à-fait apyrétique.

La gastrite chronique apyrétique est donc la suite de la variété précédente , ou bien elle survient sans avoir été précédée d’aucun autre phénomène morbide ; alors les malades n’éprouvent aucun appétit, ils vomissent leurs alimens, ou la digestion est extrêmement lente et douloureuse. Il est remarquable que les substances alimentaires les plus légères ne passent pas toujours aussi facilement que les substances excitantes , quoique d’ailleurs ces dernières augmentent toujours l’irritation morbide de l’estomac ; enfin, beaucoup de malades ne peuvent pas même digérer les alimens les plus légers. Ces affections, en général, ne parcourent pas une période déterminée ; les vomissemens diminuent l’intensité des symptômes, mais ceux-ci reparaissent sous l’influence des modificateurs stimulans, des affections morales, des influences atmosphériques ; le refroidissement de la température leur est favorable , la chaleur les ranime et les rappelle , et , quand la chronicité est très-prononcée , toutes les variations atmosphériques les exaspèrent. Lorsque la phlegmasie s’étend du point principa-

lement affecté à toute la surface gastrique , le malade éprouve quelquefois un besoin très-vif d’alimens, c’est la boulimie des auteurs; s’il ressent une douleur à l’estomac, ordinairement audessous de l’appendice zyphoïde, c’est la cardialgie ; d’autres fois , il éprouve une sensation d’ardeur brûlante dans l’estomac , qui suit le trajet de l’œsophage : à cette sensation succède une régurgitation d’un liquide sans saveur, sans odeur, quelquefois d’un acidité telle, qu’il semble brûler la gorge , c’est le pyrosis ; chez d’autres, la digestion est lente, pénible, des gaz nombreux s’échappent par la bouche , c’est la dyspepsie. Ces symptômes ne sont point simplement nerveux, ils sont tous le produit de l’irritation qui développe la douleur , ralentit la digestion , engendre des gaz et altère la secrétion de la muqueuse gastrique. Pendant la durée de ces divers phénomènes, la langue présente dans les cornmencemens, de la rougeur, mais la prolongation de la maladie fait totalement disparaître cette sympathie organique; les urines sont rouges, concentrées, fétides, ammoniacales. D’autres phénomènes sympathiques se développent également pendant le cours de ces affections, et dépendent de l’irritation consécutive du cerveau ; les personnes d’un tempérament lymphatique

3ü8 des irritations gastriques.

succombent aux alterations organiques, et ne deviennent point hypocondriaques, tandis que les malades dont le système nerveux est impressionnable, deviennent tous névropathiques, avant que la désorganisation ne soit consommée ; dans tous les cas possibles, la membrane muqueuse, sans cesse irritée, se désorganise, elle se ramollit et s’ulcère , ou elle s’épaissit, s’engorge et devient squirrheuse.

L’irritation détermine des symptômes morbides différons , suivant la partie de l’estomac où elle prédomine. Si le cardia est enflammé, le malade ressent de la douleur au moment où le bol alimentaire franchit celte ouverture ; il éprouve une sensation de chaleur dans la gorge et dans le conduit œsophagien, et expectore, le matin principalement , une salive abondante; à ces symptômes de la lésion locale, s’adjoint le développement de sympathies morbides , telles qu’une douleur à la partie moyenne gauche de la poitrine ou en arrière , vers l’omoplate gauche , ou bien encore une petite toux à secousses {toux gastrique), qui provient de l’extension, de l’irritation a la base du poumon du côté affecté. Lorsque l’inflammation prédomine vers le bas-fond, la douleur est plus profonde et correspond a la région de la rate; ce viscère est même

souvent tuméfié. Quand la région antérieure de l’estomac est le siège de la phlegmasie , les sensations douloureuses se manifestent au-dessous du cartilage zypho'ide ; le muscle droit se contracte, se roidit, lorsqu’on palpe cette région de l’abdomen, et le malade se plaint souvent d’une douleur au toucher : cette nuance de la gastrite correspond à la cardialgie , à la crampe d’estomac des auteurs. Quand l’inflammation siège dans la portion droite du ventricule près le pilore, ou à cette ouverture elle-même, alors la douleur est perçue au-dessous des côtes asternaîes droites; elle s’étend jusqu’à l’épaule du même côté, derrière les mamelles, dans le creux de^ Faisselle et dans tout le côté droit de la poitrine : tels sont les différens points du ventricule où la phlegmasie a coutume de se développer; elle produit donc des phénomènes organiques et sympathiques dont l’examen permet au médecin de reconnaître la partie affectée et d’agir avec d’autant plus d’efficacité , qu’il applique, ses moyens thérapeutiques, non-seulement sur l’or- ■j gane, mais sur les points où l’affection morbide s’est particulièrement déployée : M. Broussais n’a donc pas fait seulement connaître la gastrite chronique , mais ce professeur a établi de plus ces distinctions entre les diverses gastrites par-

tielles, distinctions si utiles au médecin pour le diagnostic , le pronostic et le traitement de ces maladies.

La gastrite chronique, qui rend en général les digestions pénibles et laborieuses, détermine également des nausées, des régurgitations, des vomissemens d’autant plus fréquens, que l’affection morbide siège au pilore. Quelques malades rendent alors leurs alimens par gorgée; d’autres les rejettent entièrement d’une seule fois. Dans le commencement de la phlegmasie du pilore, l’estomac repousse seulement la salive, dont la présence lui est désagréable, et conserve les alimens ; pendant cette période , les malades ne maigrissent pas ; mais bientôt les substances alimentaires elles-mêmes fatiguent le ventricule qui les rejette ; d’autres fois elles séjournent pendant deux ou trois jours et ne sont repoussées que parce que l’ouverture inférieure ne veut pas leur livrer passage. Ce phénomène prouve évidemment que toutes les parties de l’estomac , excepté le pilore , sont saines ; le séjour des alimens ne les irrite point , et s’ils sont rejetés, c’est par impossibilité de pouvoir franchir l’ouverture pilorique enflammée , engorgée , ulcérée ou squirrheuse. Parmi les gastrites partielles, celle qui occupe le bas-fond de l’estomac , est la

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