‹ Maladies par ralentissement de la nutritionChapitre 24 sur 194 · SUEUR ET HALEINE FÉTIDES · texte numérisé non relu

SUEUR ET HALEINE FÉTIDES

manifestent non seulement par l'état maladif des os, mais par des éruptions eczémateuses, furonculeuses, ecthymateuses à la peau. En même temps, les urines présentent des dépôts fréquents d'urates, des sédiments d'oxalate de chaux, et la précipitation de ces deux substances peut s'observer même dans les voies urinaires et constituer des calculs dans les reins et surtout dans la vessie.

La peau peut éliminer d'autres acides et présenter des symptômes spéciaux en rapport avec l'altération de la nutrition qui produit Taccumulation des acides organiques. Parmi les maladies aiguës, le rhumatisme aigu est l'une de celles qui provoquent au plus haut degré la sécrétion des acides par la peau; et les sueurs, quoique très abondantes, ont une réaction fortement acide qui résiste aux médications alcalines habituelles et ne cède, comme Ta fait remarquer Beneke, qu'à l'usage assez prolongé des alcalins à haute dose. Dans les maladies apyrétiques et dans certains états de santé défectueuse qui ne passent cependant pas pour être des maladies, l'élimination des acides volatils dont je vous faisais tout à l'heure la nomenclature se trouve exagérée; il en résulte cette fétidité des sueurs qui est fréquente chez les individus dont le système nerveux est déprimé par la contention d'esprit et par les préoccupations habituelles tristes, chez les hypochondriaques, dans les formes dépressives de l'aliénation mei^tale, et qui n'est sans doute pas étrangère à l'odeur spéciale des prisons et des asiles d'aliénés. Chose remarquable^ ces hommes à sécrétion sudorale fétide cessent d'exhaler une odeur mauvaise s'ils viennent à être atteints de quelque maladie fébrile. Les combustions qui s'activent alors par le fait de la fièvre brûlent les acides qui ne s'éliminent plus qu'en faible proportion. Une autre condition de la fétidité des sueurs, c'est l'abus des aliments; et la puanteur de la peau, comme celle de l'haleine, est souvent un caractère des gros mangeurs. Si, chez les obèses, la peau est également assez souvent fétide, c'est rarement parce qu'ils abusent des aliments, mais c'est parce que, chez eux, le ralentissement de la nutrition qui s'oppose à la combustion des

64 DYSGRASIE ACIDE.

graisses s'oppose également à la combustion des acides gras volatils.

De même, les acides volatils, quand ils s'accumulent dans l'organisme, peuvent s'éliminer par la surface pulmonaire et provoquer la fétidité de Thaleine. Je le signalais, il y a un instant, pour les gros mangeurs; mais je puis le dire aussi pour les individus à système nerveux excité et affaibli, pour les hypochondriaques, pour certains aliénés, et je puis faire la même remarque que pour la fétidité cutanée : c'est que l'odeur mauvaise' de l'haleine, comme l'a signalé Beneke, disparaît aussi sous l'influence de l'état fébrile.

Il est bien entendu que je ne fais pas ici allusion à toutes les fétidités que peut dégager la bouche et que je mets hors de cause celles qui tiennent aux maladies des dents ou des muqueuses buccale, pharyngée, bronchique ou à certaines maladies des poumons, de Tœsophage ou de Testomac.

Ce que nous venons de dire des éliminations exagérées d'acide par divers émonctoires, ce que nous avons dit antérieurement de l'acidité anormale de certains tissus nous donne à penser que le sang aussi peut être surchargé d'acides. Sans doute il ne le sera jamais au point de perdre totalement son alcalinité; mais on sait, et M. le professeur Lépine l'a péremptoirement démontré, que cette alcalinité peut diminuer sous les influences pathologiques. C'est que, en effet, tous les acides que nous avons énumérés peuvent se trouver dans le sang, tous y compris l'acide oxalique.

S*il est vrai, comme le prétend Schullzen, que l'acide oxalique existe normalement dans les urines et que sa quantité quotidienne varie de 10 à 70 centigrammes, ce que je ne crois pas, il faut bien que l'acide oxalique existe dans le sang, car il ne se produit pas dans les urines éliminées par une transformation de l'acide urique ou de l'acide oxalurique. D'ailleurs l'acide oxalique a été directement constaté dans le sang des goutteux par Garrod ; et si, dans l'état normal, il s'y trouve en trop faible quantité pour y être démontré, une expérience de Dice Duckworth et de Leared prouve qu'il s'y trouve réellement, mais

OXALURIE. 6g

qu'il s'y détruit incessamment. En effet, si, à un homme sain, dont les urines ne montrent pas le plus petit cristal octaédrique d'oxalate de chaux, on fait ingérer 100 grammes d'eau de chaux, Toxalate de chaux apparaît immédiatement dans les urines. En se fixant sur la chaux, Tacide oxalique du sang a été soustrait à la combustion, et il s'est éliminé par les reins à la faveur du phosphate de soude qui facilite la dissolution de l'oxalate calcaire. Si donc on peut juger Tacide oxalique du sang par l'acide oxalique des urines, on peut dire que cet acide augmente dans l'organisme dans toutes les conditions qui produisent le ralentissement de la nutrition, dans les états de débilité congénitale ou acquise du système nerveux, dans Thypochondrie, dans la scrofule, dans la phthisie apyréiique, dans la goutte, dans l'obésité, rarement au contraire dans Tétat fébrile. On le trouve également à la suite des abus alimentaires, et c'est un des sédiments urinaires communs chez les gros mangeurs. Lorsque l'acide oxalique existe d'une façon continue et permanente dans les urines ; quand on l'y trouve surtout en quantité notable et quand il n'est pas attribuable à Texcès des aliments, cette oxalurie s'accompagne d'un ensemble de symptômes généraux qui lui donnent en quelque sorte la physionomie d'une maladie, mais qui me paraissent dépendre, moins d'une sorte d'intoxication par l'acide oxalique que de la dyscrasie qui accompagne en général l'accumulation des acides. Le malade est faible, nerveux, irritable ; il se fatigue rapidement, et l'exercice provoque des sueurs faciles. Les traits sont flasques. Le malade ressent pendant la journée un accablement qui impose le sommeil, et le sommeil n'est pas réparateur. Le matin au réveil, il se sent incapable d'action, brisé, fatigué plus que la veille lorsqu'il s'est couché ; c'est que le sommeil, qui entrave les oxydations, qui diminue la consommation de l'oxygène et la formation de l'acide carbonique, qui abaisse la température, est défavorable à la combustion des acides. Il est donc probable qu'il réalise à un plus haut degré cette diminution de Talcalinité du sang qui a pour conséquence, d'après J. Ranke, la faiblesse musculaire. En même temps, on constate

Bouchard. — Nutrition. 5

66 DYSCRASIBS ACIDES.

l'acidité de la sueur, quelquefois Tacidité des selles, souvent la fétidité de l'haleine et de la peau, souvent aussi le mauvais état des téguments. Les urines, fréquemment chargées d'urates, renferment un excès diacide urique et de phosphates terreux à côté des cristaux d'oxalate de chaux. Enfin le malade maigrit. Ces dernières particularités symptomatiques sont bien sous la dépendance de Tacide oxalique, car l'acide oxalique, en raison de son affinité pour la chaux, prive les tissus de la chaux nécessaire à leur formation et à leur entretien ; il va même chercher la chaux qui est déjà fixée dans les élémenls anatomiques et, si elle est combinée à Tacide phosphorique k rétat de phosphate tribasique, il s'empare d'un, puis de deux équivalents de bases, et laisse un phosphate calcaire monobasique qui étant soluble ne peut plus rester dans TélémeoL II emporte donc une partie de la chaux, et celle qu'il laisse est obligée aussi de s'éliminer. Or, comme les éléments anatomiques ne peuvent pas subsister quand leurs assises minérales sont détruites, cette spoliation calcaire et phosphatique amène graduellement des destructions d'éléments anatomiques, et l'amaigrissement en est la conséquence.

Messieurs, permettez-moi de terminer cet exposé sommaire des dyscrasies acides par quelques indrcations thérapeutiques. Vous ferez une médication palliative en prescrivant les alcalins, puisque les alcalis s'en vont et que Talcalinité est amoindrie. Vous donnerez les bases alcalines, mais vous pourrez conseiller aussi les carbonates de ces bases ou leurs combinaisons avec des acides organiques. Quoique la chaux s'élimine en excès, ce n'est pas par la chaux que vous remédierez à l'acidité, parce que, formant dans le sang, avec ces acides, des combinaisons dont quelques-unes sont peu solubles, elle entraverait leur combustion et pourrait devenir Torigine de calculs dans les voies de l'excrétion urinaire. Vous donnerez souvent la préférence à la potasse sur la soude, et vous ne chercherez pas à pousser très loin celte alcalinisalion.

En restituant à l'organisme les bases alcalines, vous faites mieux que de traiter un symptôme, vous activez les combus-

Page 1