MÉCANISME DE LA GLYCOSURIE
tend à s'éliminer, mais le sucre ne tend pas à s'éliminer. Normalement Turée traverse le rein cent fois plus vite que l'eau, car en deçà du filtre rénal, dans le sang, la dilution de Turée
est de ïôo^; &u delà du filtre rénal, dans Turine, la dilution de
Furée est de ^; le rein a donc une action élective sur l'urée,
et le rein seul a cette action. J'ai démontré en effet que par les autres émonctoires, l'urée s'élimine avec la même rapidité que l'eau, si bien que le suc stomacal, par exemple, contient exactement la même proportion d'urée que le plasma sanguin. C'est pour cette raison que depuis 1873, je ne cesse de m'élever contre cette prétendue fonction vicariante de l'estomac et de l'intestin qu'on a voulu utiliser dans le traitement des accidents urémiques. Un litre de déjections n'emportera jamais que des quantités minimes d'urée et diminuera, dans des proportions énormes, la sécrétion d'urine qui, seule de tous les liquides de l'organisme, contient plus d'urée que le plasma sanguin.
Tandis que, dans l'état normal, le rein, très perméable à Turée, semble imperméable au sucre, dans le diabète les conditions de l'élimination se trouvent totalement modifiées. La plus grande quantité de sucre qui ait été jamais constatée dans le sang ne dépasse pas 5,3 pour 1000. Ce chiffre a été coustaté par Pavy. La plus grande quantité de sucre qui ait été et qui sera jamais constatée dans l'urine s'élève jusqu'à 140 pour 1000. On serait ainsi porté à croire qu'il y a des lois différentes, pour l'élimination du sucre, suivant l'état de santé, suivant l'état de diabète. On peut dire, au moins, qu'il y a des lois différentes, en toute condition, pour l'élimination du sucre et pour l'élimination de l'urée. L'absence de glycosurie normale, malgré la glyqémie normale, prouve que le sucre tend à rester dans le sang; mais le diabète crée des conditions nouvelles qui obligent le sucre à s'éliminer.
Le sucre dans le sang agit comme le sel ; et la loi de Cari Schmidt lui est applicable. Le sucre, comme le sel, fixe sur lui son équivalent de diffusion, et Becker a établi que chaque gramme de sucre exige l'addition de 7 grammes d'eau dans le
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sang. Si Thyperglycémie atteint les chiffres donnés par Pavy, le calcul conduit à admettre que cette augmentation du sucre nécessite l'introduction par une voie ou par une autre, d'environ /lOO grammes d'eau dans le système circulatoire. Ainsi le sucre relient Teau dans le sang, et oblige Teau à pénétrer dans le sang. D'ailleurs Taugmentation du sucre dans le sang, en modifiant les conditions de Tosmose, facilite cette pénétration de Teau en déshydratant les tissus. Cette déshydratation des tissus produit la soif, et les boissons, prises en plus grande quantité, vont encore ajouter à la quantité d'eau contenue dans le sang ; et, pour que les boissons parviennent enfin à hydrater les tissus, il faudra qu'elles aient introduit dans le sang une quantité d'eau supérieure à l'équivalent de diffusion réclamé par le sucre.
Ainsi l'eau est retenue par le sucre, et il en résulte chez le diabétique une diminution de l'exhalation pulmonaire et cutanée.
A l'état normal, l'élimination de l'eau par le poumon et par la peau représente environ le tiers de la perte totale en eau. Dans le diabète, Biirger a constaté que cette élimination n*est plus que le dixième de l'élimination totale et qu'elle peut même tomber à 8 0/0.
De même, cette fixation de l'eau sur le sucre du sang explique comment Falck, Neuschler, Kûlz ont pu établir que chez les diabétiques l'eau des boissons ne s'élimine que tardivement par les reins. On a donné cependant des explications différentes de celles que je vous propose. Falck a supposé que ce retard est dû à ce que l'absorption se fait plus lentement chez le diabétique, Vogel pense que l'eau est retenue dans les tissus. Si Thypolhèse de Falck est inadmissible, l'interprétation de Vogel contient une part de vérité. En effet, le sucre s'accumule à la longue dans les tissus, et, quand le sang a été dilué par les boissons, le sucre des tissus soutire l'eau du sang à tel point que l'œdème peut en résulter. Mais ce n'est là qu'une exception, et en réalité les tissus sont généralement trouvés secs chez les diabéliques.
DÉSHYDRATATION DES TISSUS. 193
La rétention de Teau par le sucre explique encore pourquoi la polyurie manque si souvent dans le cours du diabète sucré. La polyurie n'est pas, en effet, dans cette maladie, un symptôme essentiel; Pierre Frank Tavait déjà remarqué quand il désignait sous le nom de diabètes decipiens cette forme trompeuse du diabète sucré, sans polyurie. Il y a cependant une certaine relation entre la quantité du sucre éliminé et la quantité des urines. On dit que, pour 50 à 150 grammes de sucre éliminé en un jour, la quantité d'urine est de 3 à A litres. Quand la quantité de sucre reste inférieure à 50 grammes, la quantité d'urine est de 2 litres à 2 litres 1/2. Quand le sucre monte à 150 grammes pour s'élever jusqu'à 1000 et 1500 grammes, la quantité des urines peut aller de A à 25 litres.
Cela parait contradictoire au premier abord, et il semble que plus il y a de sucre, plus l'eau devrait être retenue dans le sang. Mais plus il y a de sucre dans le sang, plus l'eau s'accumule, plus la masse totale du sang augmente, plus la tension intravasculaire s'élève. Or, l'augmentation de la tension intra-vasculaire a poui* conséquence la polyurie. Elle met en jeu la fonction du rein, elle force la barrière rénale. La polyurie s'établit dans le diabète, non parce que le sucre dialyse en emportant avec lui son équivalent de diffusion d'eau^ mais parce que le sucre du sang augmente l'eau du sang, d'où résulte l'élévation de la pression vasculaire qui oblige le rein à sécréter. Ainsi le sucre est en quelque sorte éliminé malgré lui.
L'hyperglycémie explique donc la diminution de l'exhalation pulmonaire et cutanée, .le ralentissement de Télimination des boissons, la polyurie, la déshydratation des tissus avec ses conséquences, la soif et divers troubles fonctionnels et nutritifs.
Je ne veux dire qu'un mot des troubles fonctionnels. II y a normalement dans Téconomie une quantité déterminée d'eau qui, dans le sang, comme dans les autres humeurs, comme dans les tissus, est soumise à de très minimes variations. Dans le sang humain normal, la quantité d'eau ne descend pas au-dessous de 790 et ne monte pas au-dessus de 805 pour 1000 parties de sang. Pour les tissus, les limites de la variation sont tout aussi
Bouchard. — NotriUoo. 13
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étroites. Pour la substance grise du cerveau, Teau varie de 850 à 864 pour 1000. Dans les muscles, elle oscille autour de 750 pour 1000. Or, si Ton vient à produire la déshydratation de la substance nerveuse, Ranke nous apprend quMl en résulte une excitabilité plus grande, suivie d*une fatigue prolongée. Si k déshydratation porte sur les muscles, il en résulte des contraetions douloureuses, des crampes que nous retrouvons dans la symptomatologie du diabète, comme nous y retrouvons aussi divers symptômes nerveux qui relèvent pour une part de rexdtabilité anormale et de la débilité prolongée.