CARACTÈRES DE LA MATIÈRE ORGANISÉE
différents ordres de matière : en premier lieu, des composés organiques à composition atomique extrêmement complexe, quaternaires, azotés, peu stables, quelques-uns accessoirement sulfurés, quelques autres accessoirement phosphores; ce sont des substances colloïdes, albuminoïdes ou protéiques. A ces composés viennent se joindre d'autres composés organiques plus simples, ternaires, doués d'une plus grande stabilité. Il sV ajoute des matières minérales et enfln de Teau, sans laquelle aucune vie ne saurait exister. Par la vie, cette substance complexe s'individualise ; elle forme Tindividualité composée et rindividualité élémentaire.
Si je parle d'individualité composée, ce n'est pas que je prétende retirer à l'être vivant son caractère d'unité. L'individualité icellulaire n'empêche pas l'unité de l'être collectif.
Si le caractère de l'être repose sur les propriétés des éléments, il n'en est pas la résultante; l'arrangement des parties détermine les attributs supérieurs : avec du cuivre et de l'acier, je puis faire une lampe ou une montre; les propriétés des éléments constitutifs restent les mêmes dans les deux cas, l'arrangement de ces éléments détermine seul l'adaptation à des fonctions différentes.
Si nous voulons comprendre comment cette substance organisée s'individualise par la vie, il faut interroger son activité, non dans ce qui est complexe, mais dans ce qui est simple, revenir encore à l'étude des particules vivantes élémentaires. Ces particules vivantes, en effet, comme les organismes les plus compliqués, naissent et meurent : ce sont des caractères communs; quelques-unes, après la naissance, grandissent et se multiplient, d'autres enfin sentent et se meuvent : ce sont là des attributs supérieurs, mais qui sont loin d'être universels. Tout cela, c'est la vie assurément; mais tous ces caractères n'appartiennent pas à toute particule vivante soit des organismes élémentaires, soit des organismes complexes.
Ce qui est commun à toutes les particules vivantes, c'est un mouvement moléculaire spécial, qui n'appartient ni à la matière inorganique, ni à la matière organique morte. L'effet de ce
mouvement, c'est d'entraîner dans Fintérieur de la particule vivante des matières extérieures qui ne sont pas vivantes, de leur faire subir des métamorphoses chimiques que j'appellerai vivifiantes, parce que, sous Tinfluence de ces métamorphoses, ces matières deviennent partie constituante de Télément vivant et participent à sa vie; c'est de faire subir encore à la substance vivante de nouvelles métamorphoses chimiques que j'appelle rétrogrades, parce que, sous leur influence, la matière cesse d'être vivante; c'est enfin d'expulser ces derniers produits de décomposition. Le caractère commun de l'actinté de toute particule vivante, c'est donc un double mouvement moléculaire, continu, d'introduction et d'expulsion, en même temps qu'un double travail continu de transmutation chimique, l'un qui suit l'introduction, l'autre qui précède l'expulsion. D'un côté translation, de lautre transmutation : double travail physique en même temps que double travail chimique. Ce sont ces phénomènes de la mutation intra-organique que l'on désigne d'ordinaire sous le nom de nutrition et que je préfère nommer mutation nutritive.
Si cette mutation nutritive est le caractère commun de tout ce qui vit, si elle est la caractéristique générale de la vie, la meilleure définition de la vie sera celle qu'a donnée Aristote : a La vie est l'ensemble des opérations de nutrition, de croissance et de destruction. » C'est l'idée que de Blainville a exprimée en d*autres termes : « La vie est le double mouvevement interne de composition et de décomposition à la fois général et continu. » Donc la nutrition, c'est la vie; et par nutrition j'entends la mutation nutritive avec la signification spéciale et restreinte que je viens de donner à ces mots. C'est la vie avec son double mouvement d'assimilation et de désassimilation, de création et de destruction.
Vous avez pu comprendre, Messieurs, que dans cette conception, l'assimilation comprend un acte physique, la translation de pénétration, et un acte chimique, la transmutation vivifiante; que la désassimilation comprend également un acte chimique, la transmutation rétrograde, et un acte physique, la translation