HÉRÉDITÉ DE LA GRAVELLE
réservée au gros mangeur qui peut se donner le luxe d'un régime fortement animalisé.
L'hérédité de la gravelle est admise par tout le monde ; mais ici encore il faut entendre non pas l'hérédité de la maladie, mais rhérédité de la disposition morbide; et il me semble découvrir déjà cette distinction dans les réflexions naïves et profondes d'un homme qui peut compter parmi les plus illustres graveleux. Montaigne eut la gravelle à l'âge de quarante-cinq ans ; son père avait été affecté de la même maladie à l'âge de soixante-sept ans, vingt-cinq ans après l'avoir procréé; et Mon* taigne admire comment son père pouvait avoir si longtemps avant l'apparition de la maladie, une disposition si intense que « la légère pièce de sa substance de quoi il le bâtit était capable de transmettre à son fils cette même disposition qui sommeilla chez lui pendant quarante-cinq ans, sans perdre son énergie ».
Ainsi envisagée, Thérédité morbide s'élargit. Ce n'est plus seulement la gravelle ou la pierre qu'il faut chercher chez les ascendants, ce sont toutes les autres maladies qui dérivent du même vice nutritif. Je ne vous présenterai pas ici, comme je l'ai fait pour d'autres affections, des statistiques personnelles, et je ne veux pas emprunter mes éléments d'appréciation aux observations publiées : car, le plus souvent, quand il est fait mention de cette hérédité dans les observations, c'est parce qu'elle se présente avec un caractère frappant ou exceptionnel. Ajoutons aussi que Ton n'est pas en droit de supposer que l'hérédité n'existait pas quand il n'est pas fait mention chez les ascendants de maladies autres que la gravelle.
Je voudrais que des statistiques analogues à celles que je vous ai présentées pour la lithiase biliaire, pour l'obésité et pour le diabète, à celles que je vous présenterai aussi pour la goutte, fussent faites par les chirurgiens qui se consacrent plus particulièrement aux maladies des voies urinaires; et je fais également appel à ceux de nos confrères qui pratiquent dans les stations d'eaux minérales, dans celles surtout que fréquentent les malades atteints de gravelle : à Vichy, à Vais, à Conlrexéville,
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à Yittel, à Ëvian, à Capvern. Us pourraient en peu de temps accumuler des documents statistiques de la plus haute importance, tels que la vie entière d'un médecin des villes serait insuffisante à les rassembler. On arriverait ainsi à savoir quelle est, soit dans les antécédents héréditaires, soit dans les antécédents personnels de ces malades, la fréquence relative d'autres affections qui ont une évidente parenté avec la gravelle : la dyspepsie, la migraine, Teczéma, Tasthme, et celte autre maladie, Tobésilé, qui, d*après mes recherches, se complique de gravelle dans le dixième des cas, tandis qu'on trouve la gravelle chez les ascendants dans le cinquième des cas ; et aussi le diabète, qui, d'après ma statistique, est accompagné de gravelle dans le sixième des cas, de même que, chez les ascendants du diabétique, cette même gravelle se retrouve dans le cinquième des cas; la goutte enfin, qui une fois sur trois est accompagnée de gravelle, qui une fois sur huit est annoncée par la gravelle des ascendants. Ces derniers chiffres, que j'aurai à vous signaler de nouveau quand je ferai Pétiologie de la goutte d'après ma propre expérience, sont inférieurs à ceux que vous pouvez voir indiqués par quelques auteurs. On a même attribué à Rayer cette affirmation que la goutte s'accompagne de gravelle neuf fois sur dix; mais cette estimation de Rayer comprend à la fois la gravelle et les sédiments urinaires habituels.
Si je groupe toutes ces maladies les unes près des autres, d'une façon plus systématique peut-être qu'on ne l'a fait jusqu'ici ; si je les rattache les unes aux autres par ce lien commun de la nutrition retardante, je ne fais que constater empiriquement et expliquer physiologiquement une relation qui n'a pas échappé aux grands cliniciens. La conception de ces parentés morbides n'est pas, en effet, chose nouvelle. Morgagni avait signalé la coïncidence singulière de la gravelle biliaire et de la gravelle urique. Tous les médecins connaissaient l'étroite alliance qui existe entre la goutte et la gravelle. Trousseau proclamait que la gravelle urinaire, comme l'asthme, comme la migraine, comme les hémorrholdes, est une manière d'être de la goutte larvée. M. Durand-Fardel dit que la goutte,