‹ Malebranche (volume 2)Chapitre 16 sur 96 · L^HOMBIE ET SON MILIEU · texte numérisé non relu

L^HOMBIE ET SON MILIEU

lavouer * . » Et d'autres fois il écrivait au marquis de Roue y : « Savez-vous, Monsieur, que Ton commence à dire que la politique de M. Ârnauld, c'est de laisser sans réponse les livres qui rembarrassent ? Cela est f&cheux pour lui et ne me fait guère d'honneur à moi ! »

Mais la vivacité dans la dispute prouve-t-elle toujours qu'on aime la dispute ? L'irritation qu'on y témoigne ne serait-elle pas quelquefois une preuve de l'impatience avec laquelle on supporte mal de se voir détourné de sa voie propre et d'être obligé de se défendre? J'incline à croire que ce dernier cas fut bien souvent celui de notre philosophe. Il lui était arrivé de dire d*assez bonne heure ^ : « Je vous avoue que l'opposition que je trouve à la vérité me dégoûte fort d'écrire et qu'U y a longtemps que je désire le repos et la pratique de la vertu. » Ce n'était pas le trouble apporté dans son propre repos qui l'efiFrayait et le tourmentait : c'était l'abus inévitable de ces polémiques où des hommes, s'accordant sur les grands dogmes et voulant également rester fils de l'Église, se traitaient comme des ennemis acharnés pour des dissentiments secondaires. C'est à ce propos qu'il écrivait cette superbe parole : « La victoire est bien funeste lorsqu'on n'a versé que le sang de ceux de sa nation *. » A plus forte raison comprend-on que, vers la fin de sa vie, apprenant qu'un jésuite, le P. Dutertre, allait l'attaquer, il ait

1. Voir Traité de la Nature et de la Grâce, éd. EIzévir, p. 354.

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