Bntr, met, IX
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créature le caractère qui lui convient et ne rien lui donner qui approche des caractères divins ». Alors, dira-t-on, nous retombons dans la difficulté, et il faut bien en sortir. Oui ! et en voici le moyen *.
Dieu seul peut honorer Dieu, Dieu seul peut satisfaire Dieu. Comment donc « tirer le monde de son état profane et le rendre plus digne de l'action d'un Dieu dont le prix est infini »? Par l'union d'une personne divine! Cette réponse est donnée par la Foi, sans doute; mais elle est en quelque sorte exigée par la métaphysique et certainement approuvée d'elle parce que seule elle la satisfait. Remarquons-le donc bien, l'auteur commence par puiser sa théorie à une source plus haute encore — il le croit — que celle dont paraît la faire dériver l'enseignement traditionnel. A coup sûr — et nous n'allons pas tarder à le voir — l'Incarnation, condition de la Ré-
1 L'auteur quel qu'il soit (c'est, dit-on, le comte de Boulainvilliers) du Traité de r Infini créé qu'on fit paraître à Amsterdam (chez Marc- Michel Rej, 1769) sous le nom de Malebranche, entend garder et pour ainsi dîr cumuler les deux systèmes en les transformant du reste tous les deux. Il proclame l'infinité du monde, infinité actuelle et positive, car Dieu, étant un être parfait, n'a pu faire autre chose qu*iin monde infini ; il s'est seulement réservé cette supériorité infinie que l'infini incréé ne peut pas ne pas avoir sur l'infini créé. D'autre part, l'auteur veut que Dieu se soit incarné « dans toutes les planètes » y compris celles qui ont précédé la nôtre ; et ce ainsi il y a eu de toute éternité [et il y a partout] des adorateurs dignes de Dieu ». On retrouve ici en effet des lambeaux de Malebrancbe, mais tout à fait défigurés. C'est précisément parce qu'il croit à la nécessité ou à la convenance supcème de l'Incarnation pour rendre l'Univers digne de Dieu, que Malebr anche ne sent pas le besoin de faire l'Univers infini. S'il eût admis l'infini créé, il eût affaibli sa thèse favorite, on peut s'en rendre aisément compte par les textes qu'on a vus plus haut.
demptîon, doit apparaître à tout chrétien comme le salut de notre race pécheresse. Mais llncarnation n'est pas seulement le moyen par lequel Dieu a réformé le monde ; elle est cause qu'il a ponsenti à le créer et à le maintenir dans l'existence. « Je prétends que c'est à cause de Jésus-Christ que le monde subsiste et qu'il n'y a rien de beau, rien qui soit agréable aux yeux de Dieu que ce qui a rapport à son Fils bien-aimé. »
Mais si l'homme n'eût point péché, objecte timidement Ariste à Théodore *, le Verbe ne se serait point incarné. A quoi Théodore répond avec des distinctions prudentes et où toutefois il trouve le moyen d'insister à nouveau sur son affirmation fondamentale : « Je ne sais 2, Ariste; mais quoique l'homme n'eût point péché, une personne divine n'aurait point laissé de s'unir à l'Univers pour le tirer de son état profane, pour le rendre divin, pour lui donner une dignité infinie, afin que Dieu, qui ne peut agir que pour sa gloire, en reçût une qui répondît parfaitement à son action. Est-ce que le Verbe ne peut s'unir à l'ouvrage de Dieu sans s'incarner? Il s'est fait homme; mais ne pouvait-il se faire ange? » « Il est vrai, ajoute Théodore^ (et ici se ma-