CHAPITRE V
Traitement.
Quel traitement convient-il d'appliquer aux malformations de l'extrémité supérieure du radius? Les malades qui font l’objet de nos observations se plaignent tous d'une impotence relative de l’avant-bras due à l'absence plus ou moins complète des mouvements de pronation et de supiuation. Deux d’entre eux possèdent en plus une abduction assez marquée de l'avant-bras. Le traitement doit donc s’efforcer de corriger la déviation du membre lorsqu'elle existe, et surtout de rétablir dans l’avant-bras les mouvements de pronation et de supination.
La déviation du membre ne semble devoir être corrigée que par un appareil orthopédique prenant un point d’appui solide sur le bras et ramenant en dedans l’avant-bras.
‘Le rétablissement des mouvements de pronation et de supinalion nous semble pouvoir être obtenu par deux traitements différents : l'un mécanique, l’autre chirurgical.
Le traitement non sanglant ou mécanique consisterait à essayer d'exagérer la mobilité des articulations du coude
-et du poignet, afin d'obtenir une mobilité compensatrice qui permettrait à l’avant-bras des mouvements de pronation et de supination assez étendus. Nous remarquons, en effet, que dans les deux observations d’Oskar Schmid les malades peuvent faire de légers mouvements de pronation
el de supinalion, et que ces mouvements se passent tout entiers dans l'articulation du coude par suite de la mobilité du cubitus qui glisse latéralement sur la trochlée humérale. Dans l'observation de M. le D' Longuet les mouvements de pronation et de supination sont impossibles, mais ils sont compensés par une mobilité anormale du poignet. Ne serait-il pas possible d'exagérer cette suppléance que nous indique la nature ? Etant donné que généralement la malformation est découverte à un âge peu avancé, c'est-à-dire à une époque où l’on peut encore facilement distendre les ligaments articulaires, ne seraitil pas possible par des traclions spéciales d'essayer de donner à l'articulation du coude et à celle du poignet une laxité telle, qu’elle suppléerait aux mouvements de pronation et de supination de l’avant-bras? Un seul écueil nous semble à éviter, c’est, tout en cherchant à donner aux articulations une grande laxité, de ne pas leur enlever toute résistance, de façon à ne pas compromettre dans la suite leur bon fonctionnement.
Il est assez difficile d'indiquer un traitement chirurgical pouvant s'appliquer à toutes ces malformations. Le chirurgien, après un examen approfondi de son malade, après s'être rendu compte exactement de la position respective des os de l’avant-bras et de la conservation des muscles, doit décider lui-même quel est le genre d'intervention qui peut être le plus profitable à son malade. C'est pourquoi nous nous bornerons ici à indiquer quel est le traitement chirurgical qu'il aurait été possible d'appliquer à la malade que nous avons observée. Il est probable que les cas analogues rapportés par Oskar Schmid auraient pu bénéficier d’une intervention analogue,
ND
La malade que nous avons observée n’a pas élé opérée : son état cérébral la rendait incapable de tout travail ; une intervention ne lui aurait été nullement profitable. Mais dans un cas analogue ne s’accompagnant ni de troubles cérébraux, ni d’autres malformations par trop considérables, M. le D' Longuet pense qu'il y aurait lieu d'intervenir. Cette intervention consisterait à séparer les deux os de l’avant-bras à la partie supérieure, de façon à rendre au radius sa mobilité. M. le D' Longuet ne croit pas que cette séparation devrait être obtenue au moyen d’une simple résection de la partie supérieure du radius, car il craindrait que le cubitus ne fût plus suffisamment soutenu par le radius et que l’avant-bras ne se portât en abduction. Il pense au contraire que l’on devrait pratiquer une ostéotomie bilinéaire verticale Le long du cubitus avec excision du rectangle osseux libéré par ces deux sections. Le radius conserverait ainsi toute salongueur et l’avant-bras n'aurait pas de tendance à se porter en valgus. Pour obtenir plus sûrement une néarthrose mobile, on pourrait interposer un muscle entre les deux fragments osseux. Deux voies permettent l'accès de la synostose : soit la voie antérieure, soit la voie postérieure. Celle-ci est préférable, car elle est dépourvue de gros vaisseaux et de nerfs etle squelette y est moins profondément situé, enfin elle permet d'interposer le court supinateur entre les deux fragments osseux. Le seul point à éviter pendant celte intervention est la blessure de la branche profonde du nerf radial, afin de ne pas produire une paralysie consécutive des extenseurs des doigts.