Malherbe et son oeuvre
De la Vie actuelle de La Fontaine en France. 2-^ édition, 24 p. in-8°. Librairie Clerté, Poitiers, 1895.
Racan (1589-1670). Histoire anecdotique et critique de sa vie et de ses œuvres. A. Colin, 1896. Thèse française, couronnée par TAcadémie française (Prix Saintour).
Les Stances de Racan sur la Retraite. 24 p. in-S''. Librairie Clerté, Poitiers, 1898.
L'Apologie d'Athénagore, Père grec du II« siècle. Thèse latine. Librairie Armand Colin, 1898.
Histoire d'une chaire de Littérature française, 1845-1899 (celle de l'Université de Poitiers). 28 p. in-8''. Librairie Clerté, Poitiers, 1899.
La Naissance de Racan. 20 p. in-S*^. Librairie Clerté, Poitiers, 1900.
Une Ame en prison (Éducation d'une aveugle sourde-muette). Brochure illustrée de 24 p. gr. in-S*». Librairie H. Oudin, Paris, 1900. Premier mille épuisé. Seconde édition sous presse.
Un Gentilhomme de Lettres au XVII® siècle : Honorât de Bueil, seigneur de Racan. Nouvelle édition, illustrée de 18 planches hors texte. Librairie Armand Colin, 1901.
André Chénier, d'après ses récentes publications (1874, 1899, 1900, 1901). 40 pages gr. in-8°, extraites du Correspondant, 1902.
Racan en Touraine. Brochure illustrée de 24 pages in-8°. Librairie Clerté, à Poitiers, et dans les gares du réseau d'Orléans, 1902.
Les Rapports entre Professeurs et Étudiants (Revue iniernulionalc de V Enseignement du 15 juillet 1902).
Sully Prudhomme. 38 pages gr. in-8°, extraites du Correspondant, 1902.
Méthode pratique de Thème grec, dans la Nouvelle Collection à l'usage des classes. Librairie C. Klincksieck, 1892.
Louis ARNOULD
LA ghapj-:lle-montligeon
IMI>RIMERIE-L11{RA1RIE DK NOTRE-DAME DE MONTLIGEON
A mon maître, M. Léon CROUSLÉ,
Professeur honoraire à la Sorbonne.
La poésie française a subi, en somme, dans le cours de son histoire, trois influences prépondérantes, qui en marquent les trois « tournants » : Ronsard en 1550, Malherbe en 1610, Victor Hugo en 1830. Le premier et le dernier furent de grands poètes en même temps que de grandes influences: l'on n'en peut pas dire autant de Malherbe, dont l'action décisive fut servie par sa volonté et par les circonstances plus que par son génie.
LA POÉSIE FRANÇAISE EN i60o
En Tannée 160o, date de l'arrivée de Malherbe à Paris, deux pof»tes dominaient au Parnasse français: la royauté s'y trouvait aimablement exercée par un sexagénaire, qui jouissait avec délices de l'automne de son talent et des beaux restes de ses revenus. Sans être probablement jamais entré dans les
(1) Nous tentons celte synthèse sur Malherbe en tenant compte, bien entendu, des nombreuses contributions qui ont été données sur le poète depuis quinze ans et dont voici les principales : 1888, E. Roy : Annales de la Faculté des Leih-es de Bordeaux, publication de la première pièce de Malherbe, jusque-là inédite: — 1890, A. Gastk dont nous regrettons la perle récente) : La Jeunesse de Malherbe, brochure ; — 1891, G. Allais : Malherbe et la Poésie française à la fin du XVV siècle; F. Bhunot : La Doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur hesportes, thèses; — 1893, L. Abnould : Anecdotes inédites sur Malherbe, brochure; M. Sou- RiAU : La Versification de Malherbe, inséré dans VÉvolution du vers français au XV II' siècle ; — 1895, abbé Bolurienne : Malherbe, Points obscurs et nouveaux de sa vie normande ; — 1896, A. Gasté : Mallierbe concessionnaire de terrains à bâtir
ordres, Philippe Desportes avait amplement profilé du fléau de la commende, et s'était vu abbé des Vaux de Cernay, de Tiron et de Josaphat près de Chartres, de Bonport en rs'ormandie, avec l'âme la moins abbatiale de l'univers; il y avait joint un bon canonicat à la Sainte-Chapelle, en tout deux cent mille livres de rentes de la monnaie actuelle. — Pauvre Gringoire, tes successeurs ont fait des pas de géant, toi qui n'avais pour tout bien que ton pourpoint en loques!
A vrai dire, pendant la dernière guerre civile, notre abbé avait perdu quelque chose de sa ceinture dorée, et, dans ses négociations avec Sully et le Bon Roi, n'avait réussi à sauver que deux abbayes sur quatre. C'était assez pour le maintenir dans la bonne humeur souriante, avec laquelle il côtoyait depuis quarante ans les intrigues de sang, depuis le jour où la fortune s'était, pour la première fois, offerte à lui sur le Pont d'Avignon; — assez pour garder sa table savoureuse ouverte à tout venant parmi les poètes. Cette gracieuse nature, qui sut traverser élégamment le siècle le plus honteux de notre histoire, avait encore affiné sa grâce native au contact de l'Italie, où son premier patron, l'évêque du Puy, avait tout d'abord emmené ses vingt ans. Le jeune homme en avait rapporté, pour l'acclimater ensuite pendant toute sa vie en France, une douceur brillante, qui n'a jamais été atteinte chez nous par un autre poète. On en jugerait bien par son agile Prièi^e au Sommeil, qui débute ainsi :
Somme, doux repos de nos yeux, Aimé des hommes et des dieux, Fils de la Nuit et du Sileiice, Qui peut les esprits délier.
Qui fait les soucis oublier.
Endormant toute violence.
sur le porl de Toulon, brochure; — 1897, le même : Le Portrait de Malherbe. La Maison de Malherbe à Caen, brochure; Duc de Broglik : Malherbe (collection des f^rands écrivains français); — 1898, L. Aunould : Honorât de Dueil, seif/neur de Racan. Histoire anecdo tique et critique de sa vie et de ses œuvres, thèse; — 189^», Jules Lmk : Recherches sur une maison oie demeura Malherbe, brochure; Dlrand- Lapif et F. Lachèvre : Deux homonymes au XVII' siècle. François Mat/nard et François Maynard: — 1901, F. Lachèvre : Uibliorjraphie des Recueils collectifs de Poésies, de Iô97 à 1635; — 1902, L. Arnolld : Racan en Touraine, brochure illustrée ; etc.
... Clos mes yeux, fais-moi sommeiller,
Je t'attends sur mon oreiller,
Où je tiens la tête appuyée ;
Je suis dans mon lit sans mouvoir,
Pour mieux ta douceur rerevoir,
Douceur dont la peine est noyée.
... Un petit ruisseau doux coulant A dos rompu se va roulant, Qui t'invite de son murmure ; Et l'obscurité de la nuit, Moite, sans chaleur et sans bruit, Propre au repos de la nature...
Avec délicatesse aussi le courtisan avait goûté la campagne,, où venaient fidèlement le rejoindre ses quartiers de rentes, et il y a bien de la verdure dans les pièces qu'il a réunies sous le nom de Bergeries :
0 bienheureux qui peut passer sa vie Entre les siens, franc de haine et d'envie. Parmi les champs, les forêts et les bois. Loin du tumulte et du bruit populaire, Et qui ne vend sa liberté pour plaire Aux passions des princes et des rois ! etc..
Enfin, dans les premières années du xvu^ siècle, Desportes, à l'âge où le diable a coutume de se faire ermite, mettait la dernière main à ses Poésies chrestiennes, où il chantait, non sans bonheur, la miséricorde infinie de Dieu, par exemple en ces strophes :
Fais rentrer dans le parc ta brebis égarée, Donne de l'eau vivante à ma bouche altérée. Chasse l'ombre de mort qui vole autour de moi, Tu me vois nu de tout, sinon de vitupère [de crime | ; Je suis l'enfant prodigue, embrasse-moi, mon père ! Je le confesse, hélas! j'ai péché devant toi.
Pourquoi se fût offert soi-même en sacrifice Ton enfant bien-aimé. Christ, ma seule justice? Pourquoi par tant d'endroits son sang eût-il versé, Sinon pour nous, pécheurs, et pour te satisfaire? Les justes, ô Seigneur! n'en eussent eu que faire. Et pour eux son saint corps n'a pas été percé. . .
MALHERBE Eï SON OEUVRE
0 Dieu! toujours vivant, j'ai ferme confiance Que l'extrême des jours, par ta toute-puissance, Ce corps couvert de terre, à ta voix se dressant. Prendra nouvelle vie et, par ta pure grâce, J'aurai l'heur de te voir, de mes yeux, face à face. Avec les bienheureux ton saint nom bénissant.
De dix ans plus jeune, du Perron s'était mis à l'école poétique et politique de Desportes, si bien que, sur ses conseils, ce fils de ministre protestant avait « laissé là le protestantisme », « opinion dangereuse, lui avait dit l'abbé de Tiron, — qui vous éloigne de la prospérité », et, du coup, il était devenu évêque d'Evreux et cardinal. Ses stances amoureuses, ses paraphrases de Psaumes, ses strophes monarchiques sonnent assez bien, et Henri lY le préférait à Desportes, qui avait ouvertement servi la Ligue. Mais dans ce tempérament combatif la politique, la polémique l'emporta vite sur la poésie, et le poète en lui fut supplanté par le disert négociateur des conclaves et par l'orateur capable de soutenir, sept jours entiers, des conférences contradictoires avec les protestants.
Pour son second en poésie. Desportes reconnaissait lui-même le prêtre Jean Bertaut, qui était un peu plus jeune que lui, mais légèrement plus âgé que du Perron. Avec un sérieux qui n^excluait pas la fiction ni le sentiment, Bertaut composait des « Discours » en vers suivis, soit de petits poèmes épiques de quatre à cinq cents vers, quelquefois plus, sur les principales actions royales, et sa coutume est de s'exprimer en des périodes un peu gauches, qui ne manquent ni de précision ni de vie. Il parle ainsi de la mise en bière d'Henri HI :
Hélas, il me souvient que, quand son pâle corps Fut mis à reposer en la couche des morts, J'entrai dedans la chambre où le plomb qui l'enserre Gisait sans nulle pompe, étendu contre terre, Pendant que l'artisan, à cet œuvre empêché. De maint ais résonnant, l'un à l'autre attaché. Formait la triste chambre où la fatale marque Des fourriers de la mort logeait ce grand monarque. Et lors ramentevant [repensant] que celui dont les os Donnaient entre les vers dedans ce plomb enclos,
Naguère était au monde et mon Prince et mon maître, Celui dont tout mon heur se promettait de naître, Et de qui le trépas me venait de ravir L'espoir de tout le bien qu'à le suivre et servir J'avais pu mériter d'un cœur si débonnaire, — Je vis perdre à mes sens leur usage ordinaire, D'un tel coup de douleur dedans l'âme frappé Par le triste penser qui m'avait occupé. Que presque évanoui je tombai sur la place, En pâleur d'une pierre, en froideur de la glace, Et tel qu'aux yeux humains se ferait admirer Un marbre qu'on oirrait gémir et soupirer...
C'était là comme la monnaie de la Fr ayic lad e ; à' 'ailleurs, cette génération poétique, qui avait Desportes à sa tête, se réclamait de Ronsard, mais elle commençait de faire une mise au point assez sa^e des projets tumultueux de la Pléiade; elle avait renoncé, par exemple, à l'ode pindarique, à l'épopée, et aux termes gréco-latins, et nous ne doutons point, pour notre part, que la poésie française n'eût ainsi trouvé peu à peu sa voie et accompli son évolution, doucement et sans secousses, dans le sens de la vérité, c'est-à-dire dans celui des tendances nationales. Mais un homme se rencontra, qui soudain brusqua cette évolution, l'avançadecinquanteans, et par son enseignement, par ses boutades, par l'aulorité tranchante de toute sa personne, par ses œuvres même, constitua définitivement l'école classique française.