‹ Malheur aux vaincus: pièce en quatre actesChapitre 30 sur 79 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

PERSËRELLE, moarement négatif.

J'ai quitté tout exprès le village de Bohain, où je me trouvais avec le célèbre capitaliste Gorneiert, qui monte en ce moment une affaire superbe... Les mines de houille d'Aulnoy, sur les rives de l'Escaut, qui jusqu'à ce jour avaient été trop négligées...

FORESTIER

Pardon I mais ce n'est sans doute pas pour me parler de cela que...

PERSËRELLE.

En effet... en effet.* et j'en arrive au véritable but de ma visite. (D'un ton solennel.) Général, j'ai une demande à vous adresser !

FORESTIER

Croyez, monsieur, que,*lsi la chose dépend de moi ...

PERSËRELLE.

•Elle dépend en grande partie de vous, général ; mais, avant tout, il est nécessaire que je vous fasse le portrait exact du solliciteur qui...

FORE STIER, que l'impatience gagne de plus en plus.

Est-il vraiment indispensable...?

PERSËRELLE, plus grare que jamais.

Général, si je vous laissais ignorer une seule des particularités de mon existence, vous seriez en droit de me le reprocher plus tard. (ll s'assied. Forestier le regarde étonné.) Monsieur, je n'ai pas de position et ne songe nullement à m'en créer une ; trop fier pour me courber devant la discipline militaire, et trop fantaisiste pour m'astreindrc à la monotonie des bureaux, j'ai renoncé à ces deux carrières d'abord, et ensuite à toutes les autres.

FORESTIER

Je ne comprends pas.

PERSËRELLE.

Vous allez me comprendre... (continuant.) Ma fortune paternelle, monsieur, je l'ai dissipée rapidement sur les tapis verts des académies, où...

FORESTIER

Mais, monsieur, quelle importance y a-t-il...?

Il se lère.

PERSËRELLE, sans se déranger.

Ob I une très-grande, comme vous allez voir. (Reprenant.) Une fois sans ressources aucunes, j'ai contracté des dettes considérables pour satisfaire à tous les appétits de mon ardente

naturej mais, à cette heure, mon crédit est mort, et, cependant, j aime plus que jamais le vin, le jeu, les chevaux et...

FORESTIER, qui marchait de long en large, s arrêtant.

Ah !... à la fin!...

PERSERELLE, srec résignation.

Monsieur, je me connais !... Oh! je ne me fais pas illusion sur mon avenir, ma paresse doit me conduire à l'hôpital, ou mes passions... Ailleurs, si une main ferme et généreuse ne s'étend pas sur moi pour protéger et guider ma viel... (Se leTant grayement.) Eh bien, monsieur, sî vous le voulez, celte main-là, ce sera la vôtre.

FORESTIER

La mienne?

P E R s E R E L L E, gravement.

Général, j'ai l'honneur de vous demander la main de mademoiselle Christiane, votre fille 1

Forestier est tombé tout d'abord à la renverse sur un fauteuil, puis il se relève, va parler, et éclate tout à coup en un rire homérique.

PERSERELLE.

Général, je ne comprends pas cet accès d'hilarité!

FORESTIER, au milieu des éclats de rire qui vont croissant.

Vous ne comprenez pas!... Ahl ahl ah! mon cher monsieur, ah! ah! ah ! Il y a quatre ans que je n'avais ri.

PERSERELLE.

Alors, monsieur, vous refusez?... (Amèrement.) Ohl je m'y attendais.

FORESTIER, riant toujours.

Vraiment !

PERSERELLE, même jeu.

Oui, monsieur, je m'y attendais ! n^on Dieu ! je ne vous en veux pas ; vous suivez la loi comune ! La régénération d*une âme dégradée n'a rien qui vous lente, c'est tout naturel !

FORESTIER

Vous en convenez ?

PERSERELLE, avec une ironie douloureuse.

Je gagerais même que vous me préférerez un homme riche, noble et beau! M. le comte de xMalnoé, par exemple!

FORESTIER

Peut-être bien !

PERSERELLE, même jeu.

Oh ! ça ne m'étonne pas, je connais la vie.

Page 1