Malthus et les économistes
Ce livre n'est que la réimpression d'articles qui ont paru dans la Revue Sociale en 18/i6 (1) : c'est assez dire qu'il laisse beaucoup à désirer sous le rapport de la forme. Le lecteur y trouvera des points importants soulevés dont il cherchera vainement la discussion promise; d'autres défauts, défauts de proportion, lui sauteront également à la vue : il se sentira aux prises avec le faire émouvant et la désinvolture qui président, en général, à la rédaction des articles de ces sortes de Recueils connus sous le nom de Revue. Mais qu'importe! et qui songe, par le temps qui court, quand la Vie bouillonne au sein de l'Humanité cherchant une terre nouvelle et de nouveaux cieux, qui songe à rencontrer sous sa main un livre parfait! Il s'agit bien de l'Art pour l'Art. On n'écrit plus, on improvise. A des temps plus calmes et meilleurs le livre compendieusement fait.
Donc celui-ci est une improvisation, mais une improvisation faite de main de maître, par un philosophe, par un esprit sérieux, par un chef d'école, comme on dit de nos jours.
La question que l'on y traite est celb de Malihas
(1) Sous le titre : De la Recherche des Biens matériels, ou de ,l' Individualisme et du Socialisme, Ce soat les articles 2, 3, k et 5,
Il PREFACE.
et des Économistes. Avant d'édifier, dit l'Auteur, il faut déblaye?' le terrain.
Depuis longtemps la Bourgeoisie, au nom de la Propriété sauvage, exclusive, égoïste, individuelle, celle-là même que l'on glorifie sous le nom de Capital, et que notre Auteur flétrit du nom de Propriété caste, sapait les bases profondes de la Monarchie, appelant de ses vœux l'établissement en France d'un Régime nouveau. Histoire, Science, Morale , Politique , Économie Politique , Religion même, tout fut attaqué par elle, culbuté, transformé, rendu propre à son usage. Puis l'heure des faits ou de Id réalisation sonna , et sur les ruines sanglantes de l'Ancien Régime, celui de la Monarchie, s'éleva triomphant le Nouveau Régime, celui de la Bourgeoisie ou de la Propriété caste.
Il y a soixante ans à peine que cette Révolution s'accomplit: c'était en 1789; et voici qu'en 1848 une Révolution tout-à-fait semblable éclate non seulement en France, mais en Europe, renversant à son tour ce Régime de la Bourgeoisie triomphante , et sur les ruines poudreuses de ce Régime inaugurant le Règne final de l'Homme, le Règne de la Liberté, de la Fraternité, de l'Égalité, de l'Unité, tant prêché par Jésus,
Admirable spectacle ! touchant retour des choses d'ici-bas! adorable et divine Justice!
C'est qu'à son tour, en effet, le Peuple, depuis 89, n'a cessé d'attaquer les bases éphémères du gouvernement bâtard des Riches, des Bourgeois, faisant alliance avec les débris mutilés de leurs vie-
PREFACE. m
tiines, les Prêtres et les Rois, leurs anciens ennemis.
C'est qu'à son tour le Peuple a pris l'Histoire, la Science, la i^Iorale, la Politique, l'Économie Politique , la Religion.
Il les a lavées, purifiées des ignorances grossières et pleines d'athéisme dont les avait souillées la Bourgeoisie, si semblable à ces monstres ailés d'Homère qui salissaient les mets qu'ils touchaient.
C'est, enfin, que l'heure des faits ou de la réalisation, suffisamment préparée par l'étude et le travail de la pensée durant soixante ans, est venue.
Le Peuple est vainqueur : c'est de son établissement qu'il s'agit.
Une ère nouvelle est levée : la chaîne des temps se renoue.
Toutefois la Bourgeoisie résiste, et s'oppose à l'esprit du Christ.
Elle reforme ses bataillons, et convoque le ban et l'arrière-ban de ses défenseurs.
Prétendant écraser le Peuple du poids de sa science, elle l'attire doucement sur le terrain de l'É» conomie Politique, terrain qu'elle croit si bien connaître!
C'est sur ce point particulier de la science humaine qu'elle a concentré toutes ses forces.
Malthus, le sombre prolestant de la triste An» gleterre , Malthus , et son affreuse solution d'an Problème dont il n'a point sondé au préalable la valeur scientifique véritable, voilà ce qu'elle opposa d'un air plein de confiance aux bataillons des penseurs populaires.