SCENE YII
GEORGES, ISABELLE
GEORGES, immédiatement . — Il n'y a que toi pour avoir des idées pareilles !
Il l'enlace.
ISABELLE, désignant les roses. — Elles sont jolies, hein?
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L'Enchantement
GEORGES. — Et cette toilette?...
ISABELLE. — Ckii, c'est un parti que j'ai pris. Je me négligeais. Je le faisais un peu exprès, tu comprends ! autrement ce n'est pas
envie de condamner ma porte au milieu de toutes ces roses... {Il la renifle...) et de ton saviant parfum, que de lire 127 pages ! Si on les laissait à la porte^ les autres H
ISABELLE. — Entrez!
dans ma nature. Mais, il ne faut pas... Je suis belle, hein? Je te plais?
Elle se met sur ses genoux.
GEORGES. — Dis donc, j'ai mille fois plus
ISABELLE, lui mettant vivement les bras au cou. — Comme tu es gentil! Mais ce serait exagéré... {Elle lui arrange la raie de ses chC' veux.) C'a m'a amusée de t'envoyer ces roses parce que la rose c'est la âeur la plus féminine, et, je ne sais pas, c'eet plus amoureux
L'Enchantement
de donner des nxèes, à un homme... c'est plus... comment dire? {Elle Lui souffle à VoreUle.) inconvenant... Tu comprends?
GE )|{,GES, — En rougissant.
Il la caresse a son tour de la main,
ISABELLE, 5e détachant. — (^ I mais taistoi ! Je ne sais pas oe que tu as..." je ne t'ai jamais vu comme ça !
GEORGES, étonné. — Moi?
ISABELLE. — Oui, c'est extraordinaire, de»puis quelque temps... tu e« tout chose...
GEORGES, très étonnéy mais satisfa.it. — Ah, bah! tiens!... je n'ai pas remarqué...
ISABELLE, souriant. — Oh! moi si, chéri! (Elle se rassied sur Vautre genou de Georges. Elle lui mordille VoreiUe, puis tout d'un coup.) Ecoute. Donne-moi im rendez-vous, très Loin... (Les yeux perdus cm loin.) où j'irai te retroui^er, comme un amant, un rendez-vous très caché! Que ce soit plus mystérieux, plus doux qu^ici. Tu veux pas?
Eiie renlace, voluptueuse.
GEORGES, TTiinaudxj/nt . — Je ne sais si je dois...
ISABELLE, vivement. ■ — Mais pas maint-enant, tout à l'heure... quand il y aura, 'du monde. x4.1ors tu me diras tout bas, tout à coup : à ce soir, telle heure, près de tel endroit...
Georges demeure un instant interloqué, puis la menaçant du doigt en riant.
GEORGES. — Ah, ah! tu p^ends^ goût à ce petit jeu, tu vois?
ISABELLE. — Oh! je t'aime!
Elle se blottit en lui comme un chat.
GEORGES, la balance un instant de droite à gauche, avec calme et méthode; tout à coup, il lui vient une idée. — Elles sont admirables ces roses^ mais nous allons être asphyxiés pendant la lecture. L'odeur des cretonnes neuves et des roses, cela étouffe!...
ISABELLE. — Tu crois ? Ouvre la fenêtre. Non, non, ne rou\Te pas, tu prendrais mal !
GEORGES. — Il n'y a pa,s de danger.
ISABELLE. — Si, tu prendrais mal. Tu es très délicat de poitrine.
GEORGES. — Moi, délicat? Je me porte comme un bœuf.
ISABELLE. -,— Tu te l'ima^ines, mais, au fond, tu es très délicat, du côté de la poitrine, j'ai déjà remaa^qué. Tu t^enrh urnes pour un rien.
GEORGES. — Tiens, tu es adorablement comique !...
Il va fejrmer la fenêtre.
iSABEiiLE, a eu un froncement de sourcils triste; quand il redescend, elle dit doucement. — Il faut me pardonner, tu comprends. J'ai, profotnd en moi, ce sentiment maternel et vieilli que la chose que j'aime devient, par
ce fait, extrêmement fragile, se met un peu à dépérir... et j'ai comme lui. besf>in de la couvrir d'un châle de tendresse... et une si grande peur qu'elle ne m'échappe!
Un joupir.
GEOUGES, — N'aie pae peuf. Je me retiendrai.
Il montre so,n biceps.
ISABELLE, changeant de ton. ' Gaie. — D'abord cet air de la campa-gne ne nous vaut rien. Plus tard, lorsque nous serons libres, et que Jeannine sera complètement guérie, nous irons faire notre voyage de noces. Tu veux? Nous irons à Venise. Oh! que ce doit êt-re beau, Venise!... Pourquoi ris-tu?
GEORGES. — Rien, mais je n'ai pas de chance! Toutes les femmes que j'ai connues ont voulu ni' emmener à Venise! C'est navrant. Je suis très bien ici, moi! (>b'e levan^t.) Qu'est-ce qu'ont donc ces chiens à aboyer? Neyt! Homère! Callipyge!... Ah! c'est le facteur, et M™e Heiman. Le facteur et M"i° Heiman, c'est trop pour eux.
ISABELLE. — ■ Déjà ! quel ennui !
MADAME HEIMAN, du dekovs, à Gcorges sur le balcon. — Bonjour.
GEORGES, à la fenêtre. ■ — Vous n'avez pas reneontj'é Victor ?
MADAME HEIMAN-, du dchors. — Non. Il était là ? C'est bête ! 11 a dû passer par le petit pont. Je fais dételer... vous permettez?...
GEORGES. — Oui, oui. Fourrez le zèbre à l'écurie...
Il revient à Isabelle.
iSABBu^B. — C'est ça, mets-moi les mains au front. J'entends battre ton pouls à ma tempe, et c'est un bruit si calme, si rassurant (Elle 9e laisse aller sur sa poitrine.) Qu'est-ce que c'est? Tu as saigné?
Elle tire le mouchoir qui dépasse de la poche du veston.
GEORGES. — Oh! rien... ce n'est rien... Le verrej tu sais, le verre de couleur...
ISABELLE. — Pauvre chéri ! tu t'es fait mal et ta ne me disais rien. Où ça? vite, fais voir.
GEORGES, cherche désespérément une blesswre sur ses mains. — Non... ce n'est pas moi qui me suis' blessé... c'est Jeannine.
ISABELLE. — Ah! c'est Jeannine!... EJle est venue ici ?
GEORGES. — Oui, en m'apportant des photogi'aphies à développer, elle a fait un mouvement ba'uisque, et alors...
ISABELLE. — Et alors, tu Itfi as pansé sa blessure.
GEORGES. — Instinctivement j'ai pris mon mouchoir... oh! une petite coupure de rien... ne t'inquiète nullement.
ISABELLE, blême . — Je m'en rapporte à toi.
GEORGES. — Sans quoi, il ne s'est rien
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passé de particulier aujourd'hui... Justement, il se trouve qu'elle ne m'a même rien dit en dehors de... de la photographie... Je ne vois absolument rien à te signaler, aujourd'hui. C'est en posant 1 'appareil ainsi... Qu'est-ce que tu asP... Tu me crois, au moins? ISABELLE, voix faible. — Ce serait la première fois que je ne te croirais pas-
vre la lettre qu'on lui a remise, son visage a. une expression de grande anxiété.
Madame Heiman entre.