SCÈNE XIÏ
Les Mêmes, ISABELLE, puis GEORGES
JEANNINE. — Isabelle... J'ai à te dire ce que je viens de décider... {Elle va parler.) Attends que Georges soit là, veux-tu ? J'aime autant que vous soyez tous les deux.
ISABELLE. — Le voici...
Georges entre.
L'Enchantement
JEANNINE, à voix haute, non sans émotion. — Après la façon dont G-eorges m'a parlé • tout à l'heure, et que j'ai bien retenue, je tiens à vous dire que je suis décidée à partir •avec madame Heiman. Je ferai le voyage que vous voudrez. Et je m'engage à ne plus jamais voujs donner le moindre sujet d'inquiétude, à avoir beaucoup de courage et à ne jamais vous faire de peine... ni à l'un ni à l'autre... même de loin.
-Elle récite un peu comme une leçon, avec peine. Puis, comme brisée par l'effort fait, elle se détourne d'eux brusquement.
GEORGES. — A la bonne lieure, Jeannine!... Voilà ce qui s'appelle parler!... On fera quelque chose de vous!...
Isabelle, très émue, veut se précipiter vers Jeannine pour l'étreindre dans ses bras, mais Jeannine a un mouvement de recul.
PIERRE, entraînant Isabelle. — Laissez-la. Pas encore... L'effort a été gros !... (Bas.) Un petit pacte est conclu entre nous. Un petit pacte sérieux et profond.
ISABELLE. — Oh! merci, Pierre! Je ne "doute pas de votre amitié, ni de votre cœur excellent... Merci de votre aide... merci de pouvoir compter sur vous. Si maman était là, elle vous remercierait.
Elle s'essuie les yeux.
PIERRE. — Allez, comptez, avant toutes choses, sur l'avenir. Tout s'arrangera... et les peines s'envoleront... derrière moi...
ISABELLE. — Pierre!...
GEORGES, à Pierre. — Je te demande pardon, mon cher, de cette scène de ménage où tu es tombé en plein...
PIERRE, rapidement. — Comment donc!...
Bigre, mes enfants! Onze heures? Et la mère Heiman qui m'attend avec ses couvertures de laine!... Je me sauve! Demain matin, avant de partir, je viendrai encore vous serrer la 'main... Mon dhapeau, mon pardessus?
GEORGES. — Tu ne vas pas savoir retrouver "ton chemin !
PIERRE. — Par la grand'route.
GEORGES. — Et le ciel s'est voilé.
PIERRE. — Jeannine va m'éclairer jusqu'à la grille... n'est-ce pas, Jeannine?... C'est vrai qu'il fait noir, ,tout de même ! (Jeannine prend vivement la lampe et passe devant Pierre.) Bonsoir, bonsoir, mes enfants!... (On entend sa voix du dehors.) Et il a plu!... Ce qu'on va patauger! Prenez garde à votre ■jupe, Jeanneton...