ORDRE VII. CÉTACÉS
Caractères. — Mammifères exclusivement aquatiques à corps allongé et fusiforme, comme celui des poissons, se terminant en avant par une tête sans cou distinct, en arrière par une queue élargie en forme de
nageoire horizontale; membres antérieurs transformés en nageoires aplaties en forme de rame et sans ongles, les membres postérieurs nuls et remplacés fonctionnellement par la queue; souvent une petite nageoire cutanée sur la ligne médiane du dos. Narines disposées en évent simple ou double dont l'ouverture est placée sur le dessus de la tête, et non en avant près de la
Fig. 117. — Squelette de Baleine, long. totale — 20 mètres,
bouche; oreille externe nulle. Peau lisse à épiderme mince, presqu'entièrement dépourvue de poils, mais doublée d’une couche épaisse de graisse qui remplace le système pileux. Dents plus ou moins nombreuses et toujours d’une seule forme, remplacées quelquefois par des fanons de nature cornée. Mamelles situées près de l'anus.
Les cétacés sont des mammifères ayant la forme et les habitudes aquatiques des poissons, mais avec toute l'organisation interne des mammifères. Ils diffèrent des phoques en ce qu'ils n’ont pas de membres postérieurs ponvant leur permettre de se trainer à terre, de sorte qu'ils n'y viennent jamais volontairement. Cependant ce sont des animaux à sang chaud, à circulation complète et à respiration pulmonaire, qui introduisent l’air à l’état gazeux dans leurs poumons par l’intermé-
diaire de leurs évents, et ne peuvent respirer l'air dissous dans l’eau comme les poissons. Ils sont généralement de grande taille et les plus petits ont au moins la taille de l’homme, tandis que les plus grands, tels que les baleines, dépassent de beaucoup les dimensions des plus grands animaux terrestres et atteignent 80 pieds de long. Aussi ces animaux ne peuvent-ils se mouvoir que dans l’eau, et lorsqu'un accident quelconque les fait s’échouer sur le rivage, ils périssent misérablement, leurs membres antérieurs étant trop courts pour leur permettre de se remettre à flot. Ils mourraient alors, non d'asphyxie comme les poissons, puisqu'ils respirent directement l'air atmosphérique, mais de faim, s'ils n'étaient auparavant victimes des attaques d’une foule d'ennemis auxquels ils se trouvent livrés sans défense, et au premier rang desquels il faut placer l’homme, qui ne néglige aucune occasion de s'emparer d’une proie de cette taille.
Dans le milieu qui leur est habituel, c'est-à-dire dans la mer, les cétacés déploient au contraire la plus grande agilité, et leur force et leur masse considérable les rendent redoutables à ceux qui veulent s'en emparer. Un seul coup de.la queue d’une baleine renverse ou brise en mille pièces les plus grandes embarcations, quand elles ont l'imprudence de s'en approcher. La vitesse de ces animaux est aussi très grande et dépasse de beaucoup celle des steamers les plus rapides.
La nourriture des cétacés est essentiellement animale : ils sont tous plus ou moins carnassiers. Toutefois, ce ne sont pas les grandes e:pèces qui se montrent le plus voraces: les baleines se nourrissent presque exclusivement de très petits crustacés, de mollusques ptéropodes (C0)
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et de petites méduses dont on trouve des bancs immenses
dans les régions fréquentées par ces grands cétacés. Au contraire, les dauphins, et surtout les orques, se nourrissent de poissons de la plus grande taille, et attaquent nonseulement les phoques, les céphalopodes gigantesques, les oiseaux de mer, mais encore les baleines elles-mêmes, qui sont beaucoup moins bien armées.
Pour respirer, les cétacés sont obligés de venir à fleur d’eau à des intervalles réguliers qui dépassent rarement quinze minutes chez les plus grandes espèces. Leur souffle est formé, non pas, comme on le dit communément, d'une « colonne d’eau », mais simplement d'une colonne d'air et de vapeur: il n'existe en effet, chez les cétacés, aucune communication entre la bouche et les voies respiratoires; aussi ce souffle n'est-il visible que par les basses températures, qui règnent presque toujours dans les régions où l'on pêche la baleine, de même que sur terre la respiration d’un homme ou d'un animal devient visible en plein air, pendant l'hiver, sous forme d’une vapeur blanchâtre. Ce souffle forme une colonne de vapeur, simple ou double suivant les espèces, projetée plus ou moins haut, mais toujours avec force, et qui s'accompagne d’un bruit d'intensité variable. Ce bruit respiratoire est le seul son que puissent faire entendre les cétacés ; ils n’ont pas d'autre voix : aussi, lorsqu'on parle des « beuglements » que poussent les baleines ou les orques que l’on harponne ou qui s’échouent sur le rivage, est-il bon de savoir qu'il s’agit simplement de cette espèce de ronflement, que l'animal produit en soufflant par les évents et non par la bouche. — La position des évents, sur le sommet de la tête, est très favorable aux cétacés, puisqu'elle leur permet
de respirer en n’élevant au dessus de l’eau qu’une très petite partie de la tête, et la cloison qui sépare la bouche des fosses nasales leur permet également de manger sans introduire de l’eau dans les voies aériennes.
Les sens sont peu développés chez les cétacés : tous avalent sans mâcher (ce que l’on remarque déjà chez les phoques); leurs yeux sont petits et placés latéralement, de sorte qu’ils ne peuvent voir en avant ni des deux yeux à la fois ; enfin, leur oreille, réduite à un opercule, ne leur permet guère d'entendre que par l'entremise des . vibrations du liquide dans lequel ils sont constamment plongés.
Les cétacés s’accouplent comme les autres mammifères. Les femelles n'ont d'ordinaire qu'un seul petit qu’elles allaitent au moyen de deux maimelles situées chacune dans un sillon de chaque côté des organes sexuels : des muscles spéciaux sont destinés à comprimer les glandes mammaires et à projeter le lait jusque dans l’arrièrebouche du petit. La mère veille avec soin sur son petit, et, au besoin, le porte sur son dos.
Les cétacés des côtes de France appartiennent aux familles des Delphinidés, Ziphiüdés, Physétéridés et Balénidés.
Tableau des genres de Cétacés de France
A. Bouche armée de dents, au moins à la mâchoire inférieure :
a. Orifice des évents transversal et ên forme de croissant :
! Pour plus de détails sur les mœurs des cétacés, voyez l’excellent petit livre publié, dans la Bibliothèque utile, par M. le commandant H. Jouan : La Chasse et la Péche des Animaux marins. Nous lui avons emprunté la plupart des détails qui précèdent.
aa. Dents nombreuses, jamais moins de 6, généralement beaucoup plus (Delphinidés) :
aaa. Tête obtuse, museau court et arrondi :
a. Les deuxmâchoires pourvues de dents :
aa. Dents aplaties latéra-
lee, à 3 G. Marsouin ! Phocœna).
bb. Dents coniques :
bbb. Dents très fortes
front simplement convexe. 1.1 2, G. OnquE (Orca):
cec. Dents médiocres,
front très renflé G. GLOBICÉPHALE (Globicephalus).
b. Dents seulement à la màchoire inférieure. . . G. GraAmpus (Grampus).
bbb. Tête pointue, museau al-
longé en forme de bec ou
rostre :
c. Bec aplati, bridé à la base en bec d'oie. . . . . G. DaupiN (Delphinus).
d. Bec comprimé latéralement, non bridé à la base . . G. DELPHINORGYNQUE (Delphinorhynchus).
bb. Dents peu nombreuses généralement réduites à 2, une de chaque côté à la mâchoire inférieure, un rostre (Ziphiidés) : . . . G. ZIPHIOÏDE (Ziphius). b. Orifice des évents longitudinal, dents nombreuses à la mâchoire inférieure manquant complètement à la mâchoire supérieure (Physeteridés) : . . G. CAcHALOT (Physeter). B. Bouche armée de fanon à la mâchoire supérieure, jamais de dents, ni en haut ni en bas (Balénidés) :
d. Un aileron dorsal, peau de la gorge
plissée. . . . . G. Rorquaz (Balænoptera).
e. Pas d’aileron dorsal, peau de la REOrEe (RP RES ETS . . + G. BALEINE (Balœna)-
Les genres DauPxin, Zipioïpe et RoRqQUAL se subdivisent en plusieurs sous-genres.
FAMILLE DES DELPHINIDÉS
Genre Narsouin
. (Phocæna, Cuvier.)
Caractères. — Tête arrondie, sans bec distinct; pectorales étroites, une nageoire dorsale peu élevée. Dents nombreuses, petites, tronquées, élargies en spatule aux deux mâchoires.
Formule dentaire : 2525 à 2575 = 96 à 108 dents.
Sur le crâne osseux le rostre est Du et déprimé : plusieurs dents font souvent défaut : on n'en trouve quelquefois que 80 en place.
Une seule espèce.
Le Marsouin commun
(Phocæna communis, Cuvier.)
Synonymie. — Delphinus Phocæna, L.
Caractères. — Noir en dessus, gris de fer sur les flancs et la tête avec le ventre blanc. Bord antérieur de la nageoire dorsale garni d’un rang de petits tubercules; son bord postérieur échancré. Nageoires noires, avec une ligne noire qui, de l’attache de celle-ci se dirige vers la commissure labiale. — La femelle est plus noire que le mâle sur la tête et le devant dn dos. —- Les dents, aplaties dans le sens parallèle à la mâchoire, sont implantées
obliquement. Dans le chiffre des dents supérieures est comprise l'incisive qui échappe le plus souvent à un examen superficiel : elle est petite, étroite, dirigée en avant, presque horizontale et séparée des autres par un espace notable (Fischer).
Longueur totale = 1",6#; nageoire pectorale = 0,19 ; dorsale = 0,13; largeur de la caudale — 0",42.
Fig. 118. — Marsouin (Phocæna eommunis), long. totale — 1,64.
Habite l'océan Atlantique et la Manche : on ne l’a pas encore pris dans la Méditerranée.
Le marsouin est connu dans le golfe de Gascogne, où il se nourrit de petits poissons, et quelquefois de seiches. En hiver, il remonte la Charente par troupes jusqu’à Saint-Savinien, à 40 kilomètres de l’embouchure, la Garonne jusqu'à Bordeaux et la Dordogne jusqu’à Libourne. On en a pris, dans la Loire, à Nantes, et, dans
la Seine, à Paris. Les pêcheurs d'Arcachon l’appellent pourquet ou petit cochon, et disent que ces animaux arrivent par bandes en avril-mai, inais ces migrations.ne sont pas absolument constantes (Fischer).
Sur les côtes de l'Océan on voit souvent passer de petites bandes de ces cétacés qui se suivent en bondissant au-dessus des vagues: ils font cette espèce de saut en contournant leur dos en forme d'arc ; ils avancent avec. une grande rapidité.
Ils poursuivent souvent les poissons, notamment les jeunes saumons, jusque dans les filets des pêcheurs, où ils se prennent, non sans causer des avaries qui les font détester par ceux-ci.
D'après Anderson, la gestation serait de six mois ; mais on ne peut encore fixer l'époque de l’accouplement qui semble variable d'après les données suivantes : une femelle de la Manche était pleine à la fin de décembre; une autre, portée sur le marché de Londres, en mai était près de mettre bas; une autre, dans le même cas, fut prise à Concarneau en septembre; et une quatrième, capturée au Bec d'Ambès, en août, était nourrice.
Genre Orque
(Orca, Gray.)
Caractères. — Tête arrondie, sans bec distinct ; nageoires pectorales très larges, ovales; dorsale longue et élevée; corps court et trapu. Dents peu nombreuses, grandes, coniques, presque droites et non caduques.
Formule dentaire. — :2:55 à 5572 =40 à 48 dents.
L’Orque Épaulard
Orca Duhameli (Lacépède), Fischer,
Synonymie. — Orca gladiator, Van Beneden et Gervais (en partie); — Cachalot d’'Anderson, Duhamel; — Delphinus Duhameli, Lacépède; — Orca minor, Malm ; — Orca Schlegelu, Lilljeborg.
Caractères. — D'un noir luisant en dessus ; gorge, mächoire inférieure et ventre blancs, les deux couleurs nettement séparées : une tache blanche triangulaire en arrière de l'œil. Dorsale falciforme, peu élevée, située vers la moitié de la longueur du corps. Pectorales noires, caudale blanchâtre.
Longueur totale — 6",16; nageoire pectorale = 0,97 ; dorsale —0",91 (mesurée sur son bord antérieur); largeur de la caudale = 1",34.
Ces dimensions sont celles du type de Duhamel qui était un jeune. Il est probable que le mâle adulte atteint 9 mètres de long et plus.
Cette espèce diffère du véritable Orca gladiator, qui vit dans les mers du Nord, par sa dorsale beaucoup moins élevée, et par quelques autres caractères secondaires (Fischer); ce n’est peut-être qu'une variété de celui-ci.
Elle se trouve dans la Manche, dans l'Océan et dans la Méditerranée.
L'Orque épaulard est le plus gros de tous les dauphins de France. Sa taille n’est surpassée que par celle des baleines et des cachalots. C’est aussi le plus féroce de tous les cétacés. — Les orques sont essentiellement carnivores
et se nourrissent de poissons, de phoques, de marsouins et attaquent même Ja baleine. Eschricht a trouvé dans : l'estomac d’un mâle d'Orca gladiator, de 7 mètres et demi de long, les débris de 15 phoques de différentes tailles et de 13 marsouins. Les pêcheurs basques, qui harponnaient la baleine au moyen âge dans le golfe de Gascogne, laissaient les orques tranquilles parce qu’ils avaient remarqué qu’ils poursuivaient les baleines et en facilitaient la capture. Du reste, ces animaux se tiennent généralement au
Fig. 119.-—Orque épaulard (Orca Duhameli), long. totale — 6,16,
large, et leur naturel farouche, ainsi que la vivacité de leurs mouvements, en rendent l'approche difficile, bien qu'ils puissent fournir une bonne quantité d'huile. Ils vont par petites troupes, généralement de cinq individus, en ne laissant voir au-dessus de l'eau que leur longue nageoire dorsale, recourbée comme un sabre. On ne sait rien de leur reproduction. — Un jeune mâle, de 3,25 de long, fut pris, le 11 juin 1876, dans la Garonne, près de Lormont, en face la rade de Bordeaux. Celui de Duhamel, un peu plus âgé, avait été pris dans le port de Vannes (Morbihan).