VIII. — UNE CAUSE PEU CONNUE D'OPHTALMIE PURULENTE
On cherche quelquefois à expliquer de diverses manières Pétiologie de l'ophtalmie purulente, sans pouvoir arriver à bien déterminer la cause de cette maladie. Pour mon compte, je me suis souvent trouvé dans l'embarras lorsque je ne voyais autour du malade, ni sur le malade lui-même, rien qui pût me démontrer la contagion. Je crois, en effet, que l'ophtalmie purulente n'est
MÉMOIRES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE.
jamais spontanée et provient toujours d'un produit septique apporté sur la muqueuse oculaire. M. Dcsmarrcs a démontré l'origine de cette forme de conjonctivite qu'il a appelée conjonctivite vaginale, et qu'on observe si souvent, d'abord chez les petites filles, et ensuite par voie de contagion, chez les autres personnes de leur entourage. Feu le docteur Kloz (de Bordeaux; en a donné une excellente monographie dans sa thèse (Des conjonctivites purulentes, Paris 1868), écrite sous les auspices de son maître, le docteur Desmarres. Dans ce même travail et dans d'autres beaucoup plus anciens, il est dit que certaines personnes, dans un but hygiénique ou thérapeutique, ont l'habitude de se laver les yeux avec leur urine. Or, cette habitude est beaucoup plus répandue dans la basse classe qu'on ne le croit généralement, non seulement en France, mais encore, ainsi que j'ai pu m'en assurer, dans presque tous les pays du monde civilisés ou non. Avant de recourir au médecin ou au pharmacien, ou à l'empirique, ou au sorcier, un grand nombre de ces personnes lavent leurs yeux avec leur urine, lorsqu'elles sont atteintes de conjonctivite, souvent même concurremment avec l'emploi de médicaments pharmaceutiques. Dans leur ignorance, les malades poussent souvent l'incurie jusqu'à employer ce moyen, lors même qu'ils sont atteints d'écoulement leucorrhéique oublennorrhagique, et il s'ensuit alors, dans la plupart des cas, l'ophtalmie purulente à forme plus ou moins grave, suivant la virulence de la matière septique.
Il y a quelques années, j'ai observé dans la même semaine deux cas d'auto-inoculation par l'emploi du moyen indiqué plus haut, et, quelque temps auparavant, j'en avais observé un troisième. Dans les trois cas, il n'y eut, pour ainsi dire, aucune période d'incubation car, vingt-quatre heures après la contamination, le gonflement des paupières et le chémosis étaient parvenus à leur maximum d'intensité, et la sécrétion purulente était déjà très abondante. Grâce à l'emploi de soins appropriés et à une intervention hâtive et énergique, deux de ces malades ont guéri ; j'ai perdu de vue le troisième dès le début du traitement. Chez tous les trois, l'ophtalmie purulente a éclaté en même temps sur les deux yeux et avec le même degré d'intensité.
Le traitement de cette ophtalmie purulente est le même dont il a été longuement question à propos de V ophtalmie purulente