‹ Mandement annonçant un jubilé extraordinaire [microforme]Chapitre 3 sur 6 · LETTRES APOSTOLIQUES · texte numérisé non relu

LETTRES APOSTOLIQUES

DE

Notre Tres N. P. le P. Leon XIII

À nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevéques et Evéques en paix el communion avec le Siège Apostoli que, et à Nos chers Fils tous les fidèles du Christ, Salut et Bénédiction Apostolique.

L'Eglise militante de Jésus-Christ, : qui peut le mieux donner au genre humain le salut et la paix, est si gravement éprouvée par le malheur des temps, que chaque jour elle est assaillie par de nouvelles tempêtes, pareille, en vérité, à cette barque de Génésareth qui, pendant qu’elle portait Notre-Seigneur Jésus-Christ et ses disciples, était violemment secouée par les vents et les flots. En effet, ceux qui font la guerre au nom catholique s’accroissent démesurément par le nombre, par les forces et par l'audace de leurs desseins ; et il ne leur suit pas d'abandonner ouvertement les célestes doctrines, mais ils essayent de toutes leurs forces et avec violence d’exclure absolument l'Eglise de la société civile, ou au moins de l'empêcher d’avoir aucune action sur la vie publique des peuples. D'où il arrive que, dans l’accomplissement de la charge qu’elle a reçue divinement de son

auteur, l'Eglise se sent environnée de tous côtés et entravée par de grandes difficultés.

Les effets les plus cruels de cette conjuration funeste retombent principalement sur le Pontife romain, à qui, pendant qu'il est dépossédé de ses droits légitimes et entravé de mille manières dans l'accomplissement de ses très grandes fonctions, on laisse, comme par dérision, une certaine ombre de la majesté royale. C'est pourquoi, placé que Nous sommes par la divine Providence à ce faite du pouvoir sacré, et chargé de l'administration de l'Eglise universelle, Nous sentons depuis longtemps et Nous avons dit souvent combien est dure et calamiteuse la situation à laquelle Nous ont reduit les vicissitudes des temps.

Nous ne voulons pas rappeler les choses une à une, mais tout le monde sait manifestement ce qui se fait depuis plusieurs années dans cette ville de Rome, qui est la Nôtre. Ici, en effet, au centre même de la vérité catholique, on se joue de la vérité de la

religion, on s'attaque à la Gignité du Siége apostoli-

que, et le majesté pontilicale est en butte aux fréquentes injures d'hommes dépravés. On a dérobé à notre pouvoir plusieurs fondations que Nos prédécesseurs, qui les avaient vieusement et généreusement établies, avaient transmises à leur: successeurs pour qu'elles fussent inviolablement conservées. On ne s’est même pas arrêté devant la violation de cette Institution sacrée destinée à la propagande du nom chrétien, institution qui, ayant mérité avec éclat, non-seu-

lement de la religion, mais aussi de vutes les nations,

n'avait jamais subi aucune violation de la force dans les temps antérieurs. On a vu beaucoup de temples du rite catholique fermés et profanés, ceux du rite hérétique au contraire multipliés, les mauvaises doctrines répandues impunément par des écrits et par des actes Ceux qui se sont emparés du gouvernement des affaires s'appliquent continuellement à faire des lois injurieuses à l'Eglise et au nom catholique, et cela en face de Nous, dont tous les soins, de par l'ordre de Dieu lui-même, doivent pourvoir à ce que les droits de l'Eglise soient saufs et que la chrétienté ne reçoive aucune atteinte.

Sans aucun égard pour ce pouvoir d'enseigner qui réside dans le Pontife Romain, ils écartent Notre autorité de l'instruction même de la jeunesse, et s’il Nous est permis—ce qui n'est interdit à aucun particulier—-d'ouvrir à nos frais des écoles, pour l'instruction de la jeunesse, la violence et la rigueur des lois civiles font invasion jusque dans ces écoles. Nous sornmes d'autant plus vivement ému d’an si funeste spectacle que Nous n'avons pas les moyens suffisants de subvenir, autant que Nous le souhaiterions, à tant de maux. En effet, Nous sommes vraiement plus sous le pouvoir de nos ennemis que Nous ne Nous appartenons, et l'usage même de cette liberté qu'on Nous concède, n’a pas un fondement certain de durée et de stabilité, puisque le bon plaisir d'un autre peut Nous l'enlever ou l’'amoindrir.

Cependant, il est manifeste, d'après une expérience quotidienne, que la contagion du mal gagne

de plus en plus dans le reste du corps de l'Etat chrétien et s'étend à un grand nombre d'hommes. Car les peuples séparés de l'église tombent chaque jour dans îles calamités plus grandes, et du moment que fa foi catholique est éteinte on affaiblie, la porte est ouverte au dévergondage des idées et à la curiosité malsaine des nouveautés. Lorsqu'on à méprisé le très grand et très noble pouvoir de celui qui tient la place de Dieu sut la terre, il est évident. qu'il ne reste duns l’autorité des hommes aucun trein assez fort pour retenir les esprits indomptés des rebelles ou pour réprimer, dans la multitude, l’ardeur d'une liberté en démence. Aussi la société civile, bien qu’elle ait déjà subi de grandes calamités, est-elle épouvantée par la perépective de périls plus grands éncore.

C'est pourquoi il est nécessaire que l'Eglise, pour repousser les efforts de ses ennemis et accomplir sa mission au profit de tous, travaille et combatte beaucoup. Mais, dans ce combat violent et varié, où il s'agit de la gloire divine et où l'on se bat pour le salut éternel &es âmes, toute la valeur et toute l’habileté de l'homme seraient vaines si l’on n'était aidé par les secours célestes appropriés aux temps. Or, dans lés troubles et les afflictions du nom chrétien, le meilleur refuge contre les peines et les angoisses a toujours été dans le redoublement de prières pour demander à Dieu de venir au secours de son Eglise attaquée, et de lui donner la force de combattre et le pouvoir de triompher. Nous donc, conformément à cette constante coutume, et à l'exemple des anciens, sachant bien que Dieu se laisse d'autant plus fléchir,

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que plus grande est @ x les hommes l'ardeur du repentir et par conséquent aussi la volonté de rentrer en grâce avec lui, afin d'obtenir le secours céleste et le soulagement des esprits, Nous annonçons par cett: lettre, au monde cetholique, un jubilé extraordinaire. est pourquoi, Nous confiant dans la miséricorde du Dieu tout-puissant et dans l'autorité des bienheureux apôtres Pierre et Paul, én vertu du pouvoir de lier et de délier que le Seigneur Nous a conféré malgré Notre indignité, Nous accordons à tous et à chacun des fidèles de l'un et de l’autre sexe une indulgence très plénière, en forme de jubilé général, à la condition de remplir—pour ceux qui habitent l'Europe, du 19 mars prochain, jour consacré en l'honneur de Saint Joseph, l'époux de la bienheureuse Vierge Marie, au ler novembre, jour âe la solennité de tous les Saints, inclusivement, et pour ceux qui sont hors de l'Europe, du même jour, 19 mars, jusqu’au dernier jour de la présente année 1881 inclusivement—les prescriptions suivantes,qui sont pour les habitants ou hôtes de Rome, de visiter deux fois la basilique de Latran et les basiliques Vaticane et Libérienne, et d'y prier Dieu pieusement quelque temps pour la prospérité et l'exaltation de ce Saint Siège apostolique, pour l'extirpation des hérésies et la conversion de tous ceux qui sont dans l'erreur, pour la concorde des princes chrétiens, et la paix et l’union de tout le peuple fidèle, selon Nos intentions ; en outre, de jeûner une fois, en n’usant que des mets permis, et en dehors des jours compris dans l’indult du carême ou consacrés, d’après le précepte de l'Eglise, à un jeûne

de droit strict; énfin de recevoir le très saint sacre-

ment de l’Eucharistie, après avoir confessé leurs pé-

chés avec les disposit'ons requises, et de faire quelque offrande, à titre d'aumône, à une œuvre pie.

À cet effet, Nous rappelons spécialemeut les’

institutions dont Nous avons recommandé naguère dans une lettre les intérêts à la charité des chrétiens, savoir, la Propagation de la fai, la Sainte Enfance et les Ecoles d'Orient ; institutions que Nous avons grandement à cœuret que Nous Nous proposons d'éta-

blir et de propager jusque dans les contrés éloignées

et barbares, afi1 de les mettre à même de subveuir à tous les besoins. Quant à tous ceux qui habitent hors de Rome, en quelque lieu que ce soit, ils devront

visiter deux fois, aux intervalles prescrits, trois égli-

ses à désigner à cet effet par les Ordinaires des lieux ou par leurs vicaires et officiaux, ou sur leur délégation et à leur défaut par ceux qui ont charge d’âmes, ou trois fois, s’il n’y a que deux églises, et six fois s’il n'yJen a qu'une ; ils devront pareillement accomplir les autres œuvres prescrites ci-dessus. Nous voulons que cette indulgence puisse être appliquée aussi, par manière de suffrage, aux âmes qui sont sorties de cette vie en union avec Dieu dans la charité. Nous accordons d'autre part aux Ordinaires des lieux la faculté de réduire, selon leurgprudence, à un moindre nembre les visites aux églises susdites pour les chapitres et les congrégations de séculiers comme de réguliers, les commnuauntés, confréries, universités ou collèges quelconques qui les font en procession.

Nous permettons aux navigateurs et aux voya-

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il es

gours de gagner la même indulwence, à leur retour ou à leur arrivée dans une station déterminée, en visitant six fois l'église majeure ou paroissiale, et en accomplissant convenablement les autres œuvres, comme il a été prescrit plus haut. Quant aux réguliers de l’un cet de l’autre sexe, même à ceux qui sont cloitrés à perpétuité, et à tous autres laïques et ecclésiastiques, séculiers ou réguliers, qui se trouvent empêchés par détention, infirmité corporelle ou toute autre juste cause, de remplir les prescriptions susdites ou quelques-unes d’entre elles, Nous permettons à leur confesseur de les commuer en d’autres œuvres de piété ou même d'en différer l’accomplissement à un autre temps rapproché, en y ajoutant la permission de dispenser de la communion les enfants qui n'ont pas encore été admis à la première communion.

En outre, Nous accordons à tous et à chacun des fidèles, tant laïques qu’ecclésiastiques, aux séculiers et aux réguliers de tout ordre et de tout institut, méme de ceux qu’il faudrait nommer spécialement, la faculté de se choisir à cet eflet quelque confesseur que ce soit, tant séculier que régulier, approuvé. Les religieases, novices et autres femmes vivant dans le cloitre, pourront user aussi de cette faculté, pourvu qu'elles s'adressent à un confesseur approuvé pour les religieuses. Aux confesseurs eux-mêmes, mais seulement à l'occasion et pendant le temps du jubilé, Nous conférons les mêmes pouvoirs que Nous leur avons donnés lors du jubilé promulgué par Nos Lettres apostoliques du 15 février 1879, commençant par ges mots “ Pontifices maxrimi,” à l'exception toutefois,

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de ce que Nous avons excepté par ces mêmes lettres.

Mais pour que les fruits de salut que Nous avons en vue, soient plus sûrement et plus abondamment recueillis dans ce saint jubilé, il faut que tous s’appliquent avec ardeur à mériter, particulièrement pendant ce temps, l'intercession de l’auguste Mère de Dieu, par leurs hommages et leur piété envers elle. Nous remettons aussi et Nous confions ce saint Jubilé à la garde et à la protection de saint Joseph, le très chaste époux de la bienheureuse Vierge Marie, que le Souverain Pontife Pie IX, de glorieuse mémoire, a déclaré patron de l'Eglise universelle, et dont Nous désirons que tous les fidèles chrétiens réclament chaque jour l’assistance. De plus, Nous exhortons tout le monde à entreprendre par piété des pèlerinages aux sanctuaires des Saints particulièrement vénérables et consacrés en chaque pays par un culte local et traditionnel, et dont le plus célèbre pour l'Italie est la sainte maison de Notre-Dame de Lorette, que recommande le souvenir des plus augustes mystères.

À ces fins, en vertu de la sainte obéissance, Nous enjoignons et Nous ordonnons à tous et à chacun des Ordinaires des lieux, et à leurs vicaires et officiaux, ou, à leur défaut, à ceux qui ont charge d’âmes, dès qu'ils auront reeu des copies ou des exemplaires imprimés de ces présentes lettres, de les faire publier chacun dans l'étendue de leur juridiction, et de désigner aux populations l'église ou les églises à visiter, comme il est dit plus hauten ayant soin de les préparer, autant qu'il sera possible, par la prédication de la parole de Dieu,

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Et pour que ces présentes lt qui ne peuvent être portées en chaque lieu, parvi aent plus facilement à la connaissance de tous, Nous voulons qu'aux copies ou exemplaires imprimés, souscrits de la main de quelque notaire public et munis du sceau d’une personne constituée en dignité ecclésiastique, la même foi soit due qu’à ces présentes elles-mêmes, si elles étaient exhibées ou montrées.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, sous l'anneau du Pêcheur, le 12 mars 1881, l'an quatre de Notre pontificat.

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