‹ Mandement d'entrée dans son diocèse [microforme] (volume 2)Chapitre 31 sur 44 · MONSEIGNEUR D'OTTAWA · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR D'OTTAWA

Prescrivant un Triduum pour l'Eglise.

JOSEPH EUGÈNE GUIGUES

Par la Miséricorde de Dieu et la Grâce du Saint Siég'e Apostolique, Evéque d'Ottawa.

Au Olergé et aux fidèles du Diocèse, salut en Notre-Seigneur.

Le Souverain Pontife accablé sous le poids de la douleur que lui causent en particulier les souffrances des églises d'Italie et de Russie, s'adresse au monde entier pour obtenir les secours des prières des catho-

liques. Une lettre encyclique transmise à tous les Evèêques leur enjoint de prescrire dans toutes les églises de leur diocèse, un triduum de prières et accorde à tous les fidèles qui suivront ces pieux exercices une indulgence plénière et attache de plus une indulgence de sept ans et de sept quarantaines à ceux qui auront accompli les exercices prescrites.

Nous Nous empressons, N. T, C. F, de vous faire connaitre cette lettre que Nous attendions avec impatience et Nous vous disons à tous avec le Souverain Pontife: Priez pour les églises d'Italie et de Russie. Priez pour l'Eglise en général et en particulier pour le Souverain Pontife, afin que Dieu lui donne des jours calmes après les rudes épreuves qui ont agité son règne. Nous l’obtiendrons, n’en doutez pas, cet heureux résultat en priant avec ferveur. N’avons-nous pas déjà pour nous encourager une preuve de la vertu des prières qui ont été faites ? Rappelez les cruels pressentiments qui agitaient, il n'y à encore que quelques mois, les cœurs des fidèles ; l'horizon s’assombrissait et l'orage était prêt de fondre sur la capitale du monde catholique. Un homme exerçait sur la malheureuse Italie une influence déplorable, agitait dans toutes les villes le brandon de la discorde et y soulevait les passions populaires, quelqu’inexplicable que fût pour toute personne réfléchie et raisonnable la puissance de cet homme, que ses bravades ridicules, ses ineptes impiétés et ses fanfaronnades de saltimbanque rendaient digne de figurer dans une de ces maisons destinées à guérir les intelligences dévoyées, plutôt qu’à la tête d'un peuple civilisé. Il n’en restait pas moins évident que les masses étaient soulevées, que des cœurs même honnêtes et chrétiens, mais abusés par les faux prestiges des noms de liberté et de nationalité étaient entrainés. Rome était sérieusement menacée, mais Dieu veillait du haut du ciel, et celui qui croyait tenir entre ses mains les dostinés

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de l'Italie, apprécié à sa valeur à Genève, battu à Montana, ignoble fugitif à Monte Rotondo, tombe, méprisé par tous, et va confondre son nom dans l'oubli et l’ignominie de tous les persécuteurs de l'Eglise : Rome est délivrée.

Qui a opéré ce changement si prompt et si inattendu ? c’est Dieu et Dieu seul: hœc mutatio dextræ Excelsi. I] dispose des hommes et des événements pour les faire servir à l’accomplissement de ses desseins de justice et de miséricorde, Il suscite l'orage et au moment où tout parait désespéré, il ramène le calme.: Ainsi vous en agissez, o mon Dieu, à l'égard de l’âme udèle que vous voulez purifier et rendre digne de vous. Ainsi et plus encore vous le faites à l’égard de l'Eglise qui est votre épouse chérie. Si vous permettez que son front se voile, c’est pour le faire briller d'un nouvel éclat. Si vous voulez que ses larmes coulent, c’est pour les essuyer. Souvent les cœurs timides et de peu de foi se troublent et se découragent à la vue de ces épreuves: le vrai chrétien espère toujours et quand sa foi est récompensée, il bénit Dieu, mais ne se promet pas cependant pour lavenir des jours purs et sans mélange de nuages. Îl sait que la destinée de l'Eglise est de combattre sur la terre. Hier, aujourd'hui et demain la lutte est toujours la même. Son histoire est écrite dans son nom : Eglise militante. Celle de ses trois cents pontifes est celle de la persécution, de la souffrance et du martyre, comme elle est celle de la victoire, de la paix et de la gloire. Ses malheurs ne doivent pas nous scandaliser, ni ses triomphes trop nous exalter. La cause de l'Eglise semble en ce moment triompher. Ses ennemis sont humiliés et confondus : les puissants de ce monde sentent le besoin de s'entendre et d’aviser ; les commotions de Rome ébranlent tous les peuples et tous les trônes sont menacés lorsque celui du Souverain Pontife est agité; leur propre intérêt comme celui de la justice fait donc à ceux

qui gouvernent un devoir de le mettre à l'abri des attaques. Ne pouvons-nous donc pas dès lors être en paix ? La foi et la raison leur disent que ce trône n’est que l'avant poste des autres trônes, que si les ennemis de l’ordre parviennent à l’ébranler, ils attaqueront bien vite et avec plus de succès d’autres trônes qui n'ont ni sa force ni sa durée. Ils savent aussi et tout homme libéral et réfléchi comprend que de tous les pouvoirs du monde il a été en tous les temps le plus solidement établi, le plus sage dans ses décisions et le plus modéré précisément par ce qu’il a été plus à l'abri des passions qui aveuglent l'intelligence et plus étranger anx factions qui divisent et tourmentent l'humanité. De là suit qu'il s’est acquis un droit indubitable au respect de tous les hommes et à la protection de tout véritable ami de la justice Elles leur disent que Rome est la ville du monde catholique, que ses monuments glorieux ont été élevés par les contributions du monde entier, que c’est là que demeure le Père commun des fidèles, que là reposent les cendres des martyrs et des saints glorieux qui sont nos pères, que c’est l'héritage de tous ses enfants, que les en dépouiller ce serait commettre la plus révoltante injustice et s'exposer à l’exécration des siècles. Elles leur disent que la puissance et l'autorité du chef de l'Eglise n’ont pas été obtenues par la force, ni gagnées par la conquête, mais qu’elles ont été données aux pieds des autels, affermies sur la parole de Jésus-Christ ; les persécuter ou les abandonner lâchement à la persécution qui les menace, ce serait recommencer une lutte sans fin. Car sans admettre d’autres miracles que celui de l’incontestable fait des luttes de l'Eglise et de ses constants triomphes, qui peut douter que cette vieille institution de la papauté qui a déjà triomphé de la force brutale, de la science des savants, de l’astuce des hommes politiques, ne puisse dire aux nouveaux comme aux anciens persécuteurs: s{ulto labore consumeris

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vous vous briserez contre ce roc contre lequel se sont brisés les ennemis de dix-huit siècles. Elles leur disent que toutes les puissances catholiques et celles qui comptent dans leur sein (et quelles sont celles qui n'en comptent pas un grand nombre ?) ont droit et intérêt à voir dans Rome un Pontife libre et indépendant pour que leurs inquiétudes soient dissipées, leurs droits maintenus et leurs croyances affermies. Mais puisque ces principes frappent par leur clarté et ces raisons brillent par l'évidence, ne semble-t-il pas qu’on peut bannir toute inquiétude ? Peut-on supposer qu'ils ne formeront pas la base solide de leurs décisions? Le doute seul ne semblet-il pas injurieux à ceux que leur position et leur intelligence placent au-dessus des autres? Oui, il le serait, et nos inquiétudes seraient déplacées si en portant nos regards sur l’histoire des temps antérieurs, elles n'étaient pas malheureusement justifiées. Que de fois ces principes n'ont-ils pas été méconnus? Que de fois l’orgueil blessé, les jalousies secrètes, les exigences de la politique, ne les ont-ils pas obscurcis ? Que de fois enfin les hommes de trouble et de discorde, couvrant par leurs clameurs la faiblesse de leur raison et abusant de la terreur qu'ils inspiraient n'ont-ils pas imposé leur doctrine hostile ? Comment dès lors instruits par les lecons du passé, serions-nous sans crainte pour l'avenir ? Recourons done, pour nous rassurer, à l’arme la plus propre pour nous soutenir dans les épreuves, je veux dire la prière. Les armes de l’éloquence, du génie, de la puissance peuvent faillir, celle de la prière ne faillit jamais. Elle est plus forte que les événements dont elle dispose, que la maladie et la mort même qu'elle a vaincue plus d’une fois, plus forte que Dieu même qui consent à céder à son empire: omnipotentia supplex. Prions donc puisque le Souverain Pontife nous y invite et demandons qu'il sorte victorieux des attaques qui sont dirigées contre

lui Prions pour que la sagesse, l'intelligence et Ia force président aux conseils des Souverains. Prions enfin avec ferveur, car c’est pour la plus noble des causes.

En conséquence, on fera dans toutes les églises du diocèse où il y a un service régulier, un Triduum solennel. Nous laissons à Messieurs les Curés de décider quel sera le temps le plus favorable pour les catholiques qui leur sont confiés. On donnera à ce Triduum tout l'éclat possible. On pourra recourir au zèle et à la charité de quelque confrère du voisinage pour rendre les exercices plus utiles.

Sera Notre présent Mandement lu dans toutes les églises du diocèse et dans les communautés religieuses le dimanche qui suivra sa réception.

Donné à Ottawa sous Notre seing et sceau et le contre-seing de Notre Secrétaire le sepi Novembre mil huit cent soixante-sept.

+ Jos. EUGÈNE, Ev. D'OrraAwa.

Par Monseigneur,

John L. O'Connor, Secrétaire.

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