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SUR LES PERSÉCUTIONS QU'ENDURE ACTUELLE- MENT LE SOUVERAIN PONTIFE, ET SUR [/APOSTOLAT DE LA PRIÈRE.
ELZEAR-ALEXANDRE TASCHEREAU,
Par la miséricorde de Dieu et la grâce du Saint- Siége Apostolique, Archevêque de Québec, Assistant au Trône Pontifical,
Au Clergé Séculier et Régulier, aux Communautés Religieuses et à tous les Fidèles de l'Archidiovèse de Québec, Salut et Bénédiction en Notre Seigneur.
Déjà, à plusieurs reprises, Nos Très CHERS FRÈRES, nous avons eu occasion de vous parler de la triste posiion faite au Souverain Pontife depuis l’envahissement des Etats Romains par la révolution. Depuis bientôt sept années, le Vicaire de Jésus-Christ est prisonnier dans son propre palais et son cœur est abreuvé d’amertume à la vue des maux sans nombre dont l'Eglise est affligée.
Dans un consistoire du 12 mars dernier, Pie IX « fait entendre sa voix pour protester contre les actes accomplis au détriment de l’Eglise et du Siége A postolique par des ennemis acharnés, qui ont regardé comme une occasion fort opportune d’assaillir l’Eglise de Jésus- Christ, la triste si‘uation et l’abandon dans lesquels il se trouve.
En s’emparant de Rome et du patrimoine de Saint Pierre par la plus odieuse, la plus flagrante et la plus sacrilége des usurpations, les ennemis de l’Eglise ont voulu non seulement dépouiller, mais anéantir le Siége Apostolique sur lequel est assis le successeur du Prince des Apôtres, le Vicaire de Jésus-Christ, le Chef de toute l’Eglise, le Père et le Docteur de tous les Chrétiens. Pour cacher la noirceur de cet cdieux attentat, ils feignent de n’en vouloir qu’à la souversineté temporelle du Pape, et protestent hypocritement qu’ils ont le plus grand respect pour son autorité spirituelle.
Aveuglés par leur propre malice, ils ont eu soin de se démentir eux-mêmés et de prouver au monde la réalité des desseins pervers qu’on leur a toujours attribués. Ils firent d’abord en face de l’Europe entière, la promesse solennelle de respecter la liberté du Chef de l’Eglise et même de protéger son indépendance spirituelle.. Mais bientôt, ils commencèrent une œuvre de
émolissement et de renversement de tout l’édifice religieux et de tout l’ordre ecclésiastique, et la continuèrent avec une persévérance et une astuce vraiment infernales.
: Pour gouverner l'Eglise Catholique, qui compte deuxcent-millions d'enfants, il faut au Souverain Pontife un grand nombre d'aides, ayant chacun leurs attributions, versés dans toutes les branches de la science ecclésiastique, prêts à donner au Vicaire de Jésus-Christ le
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secours de leur travail et de leurs lumières : or, N. T. C. F,, qu’est-il arrivé ? “ Un à un, dit Pie IX, peu à “peu, de jour en jour, les uns après les autres, on nous “a enlevé les moyens et les ressources dont nous avons “absolument besoin pour diriger et gouverner, comme “il convient, l'Eglise Catholique. C’est ainsi que l’i- “nique suppression des ordres religieux, nous a mal- “heureusement privé de vaillants et utiles aides, néces- . “saires pour l’expédition des affaires. Cette suppres- “sion a cruellement arraché jusque dans leurs racines, “grand nombre de plantes salutaires et fertiles, qui “ portaient des fruits de bénédiction ef de paix dans “toutes les contrées de la terre.”
Des établissements fondés à Rome pour former des missionaires destinés à porter la lumière de l’Evangile jusque chez les peuples les plus barbares, n’ont pas été respectés, et ainsi ont été foulés aux pieds les principes non seulement de la justice et de la religion, mais même de l'humanité et de la civilisation.
Toutes ces vertus que le cloître cache aux yeux du monde, pour qu’elles brillent d’un plus vif éclat aux yeux de Dieu, en attendant le grand jour de la révélation ; toutes ces prières qui, jour et nuit, s'élèvent de ces asiles de piété; tous ces actes héroïques de pénitence et de charité qui éloignent la colère de Dieu et attirent sa miséricorde sur le genre humain ; tous ces travaux de science ecclésiastique et profane qui se poursuivent avec persévérance et humilité; toutes ces aumônes. spirituelles et corporelles, qu’une main compatissante distribue pour le plus pur amour de Dieu...tout cela n'a pu toucher le cœur des ennemis de tout bien ; ét sans pitié comme sans religion, ils ont chassé les vierges chrétiennes de leur paisibles et pauvres demeures, dispersé les bibliothèques et les objets d'art, et tari la source de si grands bienfaits, en défendant l’admission
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des novices à la profession religieuse. Au nom de la
liberté, on a violé tous les droits de la liberté humaine,
“ Les jeunes clercs, dit encore Pie IX, l'espoir de
“ l'Eglise, ont été méchamment arrachés du sanctuaire,
“et forcés, à l’âge même où ils devraient se consacrer à
«“ Dieu, de revêtir le baudrier de la milice séculière, et
“ de mener un genre de vie qui diffère si complètement
“ de leur éducation et de l'esprit de leur vocation.”
Les fondations et les édifices que la piété des fidèles croyait avoir gssurés pour toujours à des œuvres de
‘charité et de piété, ont été violemment arrachés à ceux
qui en étaient les légitimes possesseurs à des titres sacrés, inviolables et revêtus de la sanction du temps.
La jeunesse, l'espoir de la religion et de la patrie, a été soustraite à l'influence salutaire et nécessaire de l'Eglise, et livrée à des hommes de foi suspecte, on même à des ennemis déclarés de l'Eglise, qui n’ont pas craint de faire profession publique d’athéisme.
: Le comble de l’iniquité se trouve dans une certaine doi sur les abus du clergé, qui impute à crime et à délit et punit sévèrement les actes que le: auteurs de cette loi comprennent sous le nom insidieux de perturbation de la conscience, ou de la paix des familles, expression si générale et si élastique, que la prédication la plus ‘innocente en apparence, peut devenir un crime énorme aux yeux d’un juge mal disposé.
Au nom de la liberté, au nom de la justice, au nom
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-du respect dû à l'autorité; on anéantit pour le crergf
jusqu’à la dernière trace de cette liberté de la presse,
que l’on proclame pourtant comme une des conquêtes de ce qu’on appelle la civilisation moderne. En Italie,
le premier venu, fût-il souillé de tous les crimes, niât-il.
toutes les vérités possibles, peut, s’il est laïque, critiquer
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publiquement une loi, en. signaler et ésapprouver les dispositions, demander qu’elle soit amendée... Mais le prêtre, au premier mot qu’il écrira, sera condamné ! il n'aura pas même le droit de faire entendre ses plaintes et de demander justice ! Et ainsi, après avoir violé toutes les lois de la justice, après avoir dépouillé et. enchaîné l'Eglise, les ennemis, de la vérité veulent jouir de leur inique triomphe, sans même se réserver la chance d’éprouver le moindre remords !
Le souverain Pontife lui-même, que ces ennemis de toute religion et de toute justice, feignent de reconnaître comme inviolable, ils veulent, disent-ils, l’atteindre dans ceux qui lui sont chers, dans ceux qui parlent'en son nom ; ils veulent en un mot, annéantir L voix de la vérité, cette voix qui, leur enseignant ie chemin de tout ce qui est vrai et bon, condamne leur malice et leur erreur.
Tel est, N. T.C. EF. en abrégé le lugubre ts que trace le Souverain Pontife dans son allocut
12 mars, Et, comme il ie dit lui-même, il ne lu
lus qu’une seule liberté, c’est la liberté de voir la «
Étion progressive de l’ordre et du gouvernement de i . glise, de voir les âmes se perdre, sans pouvoii les sauver. # Dans un tel état de choses, dit-il, ne devons-nous pas “ considérer comme une amère ironie et une nouvelle “ dérision, ce qu’on répète si souvent, à savoir que nous “ devrions entamer des projets de conciliation et de “ concorde avec ces nouveaux maîtres ? ”
… Loin de se laisser «battre, l’immortel Pie IX, abandonné de tout secours humain, proteste qu’il met sa confiance en Dieu : “ Ne croyez pas, dit-il, qu’au milieu “ de tant de maux qui nous affligent, et nous accablent, “ Notre âme soit brisée, ou que cette confiance avec “ laquelle Nons attendons les décrets du Dieu Tout-
“ puissant et Eternel, vienne à se lasser en nous... Là “ où d’autres secours Nous ont manqué pour défendre “ les droits de l’Eglise et de la Religion, Nous Nous “ sommes servi de notre voix et de nos réclamations... “ C’est en vaia que l’on compte sur la solide et vraie “ prospérité des nations, sur la tranquillité et l’ordre “ parmi les peuples et sur la stabilité du pouvoir chez “ ceux qui tiennent le sceptre, si l’autorité de l’Eglise, “ qui maintient par le lien de la Religion toutes les “ sociétés justement constituées, est impunément mé- “ prisée et violée, et si son Chef suprême ne peut user “ d’une pleine liberté et reste soumis au bon plaisir d’un “ autre pouvoir.”
Le Pape parle ensuite des consolations qu’il a éprouvées en voyant les liens de l’unité se resserrer de plus en plus par un attachement plus sincère au Saint Siége ; en entendant les témoignages de sympathie et d’affection qui lui sont adressés de toutes les parties du monde catholique, et en accueillant ces milliers de pèlerins de toutes les nations, venus pour lui manifester leur amour et donner une preuve évidente des préoccupations et, des angoisses que les Enfants de l'Eglise éprouvent en voyant leur Père commun accablé par tant de malheurs. Il remercie avec effusion de cœur tous ceux qui oni contribré par leurs pieuses libéralités à soulager sa misère. Enfin il exhorte tous les Evêques à prendre occasion du cinquantième anniversaire de son Episcopat, pour exposer à leurs ouailles les dangers et les malheurs du Souverain Pontife, et pour les mettre en garde contre ceux qui voudraient faire croire que l'Eglise de Dieu ne souffre pas violence et persécution dans la personne de son Chef.
L. Mais, dit-il, comme c’:st au ‘Lout-Puiesant qu’il “ appartient de faire pénétrer la lumière dans les esprits, “ et de fléchir les cœure des hommes, Nous vous deman-
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“ dons d'élever vers Lui vos ferventes prières. de “ vous réunir dans les temples pour v répardre d’hum- “bles supplications pour le alut de notre Mère l’Eglise, “ pour la conversion de nos ennemis, et pour la fin de nos “ maux si graves et si multipliés Dieu, qui #ime ceux “ qui le craignent et ceux qui espèrent en sa miséri- “ corde, daignera, Nous en avons la ferme confiance, “accueillir la prière du peuple qui crie vers lui. “ Dieu est avec Nous et il y sera jusqu’à la consomma- “tion des siècles. Ceux-là seuls doivent craindre dont “ilest écrit: J'ai vu que ceu.: qui commettent l'ini- “ quilé et sèment des douleurs et es récollent, avaient “ péri par le souffle de Dieu et avaient été consumés par “ Je feu de sc colère (Job, IV. 8. 9.). Mais à ceux qui “ craigrent L'eu, qui combattent en -on nom et espè- “ rent en sa puissance, à ceux-là est réservé le secours “ de sa miséricsrde.”
Les prières que nous demande le Rouverain Pontife, nous offrent l’occasion la plus favorable pour établir d’une man'ère général duns notre diocèse la belle association qu’on appelle l’APOSTOLAT DE LA HYxIÈRE. Jamais il ne fut plus nécessaire de prier que dans ces temps malheureux, et aucune ossociation n’est plus capable de donner à notre prière toute l’efficace Le elle est susceptible.
En effet, Notre-Seigneur a promis que si deux de ses disciples s’entendaient sur la terre pour demarder quelque chose, son Père céleste laccorderait (Mai. XVIIL 19.) Or, N.T.C. F., en nous associant à l’'APOSTOLAT DE LA PRIÈRE, nous nous unissons à des millions et des millions de chrétiens pour demander à Dieu la persévérance des justes, la conversion des pécheurs, la protection en faveur de l'Eglise et du Souverain Pontife, la gloire de Dieu.
La seule œuvre imposée aux associée pour jouir des
avantages accordés par le Souverain Pontife à cette association, est d'offrir au moins une fois le jour les actions de ln journée en union avec les intentions du Sacré Cœur de Jésus. Quoi de plus facile ? Vous priez, vous souffrez, vous accomplissez les devoirs de votre état, vous exercez des actes de charité envers le prochain. unissez tout cela aux intentions du Sacré Cœur de Jésus. Faites inscrire votre nom dans le régistre de l'association et ayez un billet d’agrégation, et vous voilà associé pour toujours à cette belle œuvre, vous voilà participant aux prières et aux mérites de l’Apostolut de la prière. (a)
Dans notre mandement du 1er janvier dernier, nous vous avons invités, N. T. C. F,, à célébrer le cinquantième anniversaire de ce père bien aimé. Déjà vous avez répondu à notre appel en signant une adresse qui lui sera présentée bientôt, et en lui envoyant une belle et généreuse offrande.
Le 27 février, le Saint Père a accordé une indulgence plénière, applicable aux défunts, pour le 3 juin prochain, dimanche dans l’octave du Saint Sacrement, qui est le jour propre de sa consécration épiscopale. Les conditions de cette indulgence sont la confession, la communion, l'audition de la messe et uanc prière à l'intention du Souverain Pontife, savoir pour demander à Dieu la conversion des pécheurs, la propagation de la oi, la paix et le triomphe de l'Eglise Romaine. Comme ce jour-là est celui où la procession solennelle du Saint Sacrement doit avoir lieu, nous croyons ne devoir rien changer à ce que nous avous déjà réglé pour le chant du 7e Deum qui aura lieu le jour de la Pentecôte Nous exhortons MM. les prédicateurs de cette dernière fête à profiter de l’occasion pour rappeler aux enfants de l'Eglise Catholique leurs devoirs d’'amour, de reconnaissance et üe soumission envers le Vi-
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caire de Jésus-Christ. Dans les temps malheureux où nous vivons, le fidèle accomplissement de ces devoirs fera notre force et notre consolation, et joint aux prières qui s'élèvent continuellement vers le trône de Dieu, il finira, au jour marqué par la Providence, par amener la paix et le triomphe de la vérité. C’est ainsi que Dieu, de qui dépend toute victoire, veut néanmoins nous associer à sa puissance infinie, afin d’avoir occasion d'exercer en notre faveur cette miséricorde qui ne laisse aucune bonne œuvre sans récompense. (b)
Sera le présent mandement lu et publié le premier dimanche après sa réception, au prône de toutes les églises et chapelles où se fait l'office public, et en chapitre dans les communautés religieuses.
Donné à Québec, sous notre seing, le sceau de l’Ar-
chidiocèse et le contre-seing de notre Secrétaire, en la fête du Patronage de Saint Joseph, vingt-deux avril mil huit cent soixante dix-sept.