‹ Mandement de Monseigneur Édouard LeBlanc, évêque de Saint-Jean [microforme] (volume 2)Chapitre 2 sur 2 · SA GRANDEUR MONSEIGNEUR ÉDOUARD LEBLANC · texte numérisé non relu

SA GRANDEUR MONSEIGNEUR ÉDOUARD LEBLANC

Au Clergé, aux Ordres Religieux et aux Fidèles de son Diocèse.

ÉDOUARD, par la grâce de Dieu et la javeur du Siège Apostolique, Évêque de Saint-Jean,

Au Clergé, aux Ordres Religieux et aux Fidèles du Diocèse, Salut et Bénédiction dans le Seigneur.

Nos bien chers frères:

Au commencement de cette sainte saison, nous croyons bon de rappeler aux époux chrétiens quelques-uns des devoirs qui sont essentiellement liés au bonheur et à la sanctification de leurs foyers. On a dit avec beaucoup de vérité que le bonheur de 11 socitté est le résultat de la vie de famille bien ordonnée. Un foyer essentiellement chrétien est donc une force et un bien pour le pays. L'enfant qui grandit et se développe sous l'influence de parents chrétiens deviendra, en toute probabilité, un bon citoyen, fidèle à l'Eglise et utile à l'Etat. Un mauvais arbre ne peut produire de bons fruits; un foyer sans foi et sans moeurs n'est qu'une pépinière d'hommes méchants qui font le deshonneur de la religion et sont un danger pour le pays.

Au premier rang des devoirs des époux, il faut placer le respect dû à l'indissoluble et sainte union matrimoniale. L'Eglise, gardienne des droits de Dieu, nous dit que le mariage est une institution divine et que N. S. lui-même en a fixé les conditions. Elle ne reconnaît pas le divorce, parce qu'il est contraire à la défense formelle de Dieu. ‘Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni.”’— Matt. XIX.,6. Les Pères

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du Concile de Quebec font observer que ‘‘la sécurité du foyer chritien repose toute entière sur l'indissolubilité du lien conjugal.”" Considérant le mariage corime un sacrement, le plus saint de tous les contrats humains, l'Eglise enseigne que les parties contractantes sont au nombre de trois: l’homme, la femme et Dieu lui-même. Or, c'est parce que Dieu est trop souvent mis de côté que nous voyons tant de mariages finir par l'infidélité et la désorganisation du foyer. Au lieu de reposer sur la charité mutuelle, la confiance réciproque, ces unions, basées uniquement sur l'égoisme, aboutissent tôt ou tard à la discorde. Le but premier du mariage, celui voulu par Dieu, n'est pas la satisfaction d'instincts en eux-mêmes vils et grossiers, mais de donner, au pays, de bons citoyens, à l'Eglise, des enfants, au ciel, des élus.

L'époux est le reorésentant de Dieu dans la famille, le protecteur de son épouse et le guide de ses enfants. C'est pourquoi Dieu, qui a voulu que les vertus familiales soient la base de la moralité sociale, ne peut permettre que le père de famille trouve sa joie et son bonheur eu dehors de la compagnie de sa femme et de ses enfants. S'il trouve ailleurs des joies, elles sont éphémères, de courte durée. Par contre, si le père de famille est véritablement bon, s’il aime sa femme et ses enfants et sait mériter leur amour et leur confiance, nulle place au monde n'aura pour lui le charme du foyer demostique.

En règle générale, le foyer est tel que le fait le chef de la famille. C’est donc le devoir du père de donner lui-mème l'exemple des vertus qui sont l'ornement de la famille. Il faut tout d’abord qu'il soit sobre. Hélas, que de ravages produits dans les familles par l’intempérance des pères de famille: L'ivrognerie est aujourd’hui une des plus grandes plaies du monde. Presque toute la misère, la pauvreté qui nous afflige, n'ont d'autre cause que ce vice honteux. Que de mères en larmes, que d'enfants insuffisamment vêtus, souffrant le froid, la faim et la soif, que de devoirs religieux négligés, parceque ceux-là mêmes qui, dans l’ordre de la Providence, devraient

être les modèles de la famille, sont devenus les esclaves de leurs passions. Elevé à la haute dignité de chef de famille, l'homme, ce chef-d'oeuvre de la création, s'abaisse, par ses excès, au niveau de la créature animale, devient une honte pour l'humanité, une insulte au Dieu qui l'avait créé à son image e* orné de sa grâce. Son épouse et ses enfants peuvent-ils être heureux dans de telles conditons? Privés du secours auquel ils ont droit, de par les lois de Dieu et de la nature, ne sont-ils pas dans une condition vraiement digne de pitié? Et si parfois Dieu n'inspirait à quelque personne charitable de leur venir en aice, ils mourraient de faim, parceque le père de famille a gaspillé, dans la débauche, l'argent qui devait servir à l'entretien de la famille. Faut-il maintenant s'étonner si les enfants imitent leur père et suivent ses mauvais exemples?

Nous n'entrerons pas, nos très chers frères, dans plus de détails concernant ies ravages causé: par la boisson. Nous ne nous étendrens pas non plus sur les autres vices qui en sont la conséquence, — jurements, colère, malveillance, malhonnêteté et impureté. Qu'il nous suffise de rappeler aux pères et mères qu'ils doivent prendre des habitudes de tempérance s'ils veulent appeler sur eux-mêmes les bénédictions de Dieu et avoir la paix dans la famille. Les joies les plus pures du foyer domestique et beaucoup d'autres avantages, tels que santé, longue vie et abondance des biens matériels, sont le fruit de l’abstinence totale. Nous pouvons ajouter que, pour beaucoup de gens, l’abstention complète des liqueurs est absolument nécessaire. Il est certai: que celui qui ne fait jamais usage de liqueurs enivrantes ! deviendra jamais un ivrogne.

Par le mariage chrétien, solennisé en face de l'Eglise et consacré par une bénédiction divine, les époux promettent solennellement, devant Dieu, de remplir leurs devoirs mutuels. Dès lors ils doivent s’efforcer d'augmenter en eux l'amour qu'ils se doivent mutuellement. Autrement, l'état de mariage ne serait qu'un esclavage. Avec cet amour réciproque, au contraire, la vie est joyeuse, même dans les peines et les fatigues inséparables de notre condition ici-bas.

Saint Paul, s'adressant aux Ephésiens, leur dit: ‘Que chacun de vous aime sa femme comme soi-même, et que la femme révère son mari."— V., 33. Et dans un autre passage: ““Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Eglise, et s'est livré lui-même pour elle.”"— V., 25. Quand, dans le paradis terrestre, le Dieu Tout-Puissant institua la mariage, l'union de nos premiers parents fut ratifiée en ces termes: ‘C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair." — Gen. I1., 24. Les Saintes Ecritures nous font ainsi comprendre que le lien des affections conjugales qui unit l'homme à sa femme est plus fort et plus intime que tout autre lien du sang, plus fort même que celui qui le rattache à ceux auxquels il doit la vie.

Obligés de s'aimer les uns les autres, parce qu'ils sont frères en J. C.. ‘membres les uns des autres," l'époux et l'épouse ont une raison spéciale de remplir ce devoir, en raison de l'union sainte qui existe entre eux. Vivant sous le même toit, unis par des liens intimes et indissolubles, ils doivent s'aimer mutuellement pour Dieu et en Dieu; chacun doit avoir à coeur le bonheur de l’autre et s'efforcer de lui pardonner ses faiblesses: ils se doivent sympathie et encouragement pour supporter les croix de la vie; et, quand il devient nécessaire de se corriger mutuellement, ils doivent le fairc avec patience et charité.

Les époux et les épouses se doivent une fidélité réciproque. Toute violation du pacte solennel contracté devant Dieu est un péché très grave; c’est un crime dont l'énormité ne saurait se concevoir. Ceux qui s'en rendent coupables manquent à leurs obligations les plus sacrées, profanent leur propre corps qui est le temple du Saint-Esprit, et se privent des grâces dont ils ont besoin pour accomplir les devoirs de leur état. Bien plus ils commettent une flagrante injustice envers la partie innocente. Sous la loi de Moise, Dieu avait formellement commandé de mettre à mort celui qui commettrait un tel péché. Sous la loi nouvelle, Saint Paul met l'infidélité des époux au rang des plus horribles crimes et dit on ne peut plus clairement que l'adultère ne possèdera pas le royaume des cieux.— 1 Cor. III., 10.

Les parents ont été chargés par Dieu de l'importante mission d'enseigner à ieurs enfants, par la parole et par l'exemple, la voie qui conduit au ciel. La famille doit donc être touie imprégnée d'un atmosphère religieux; il faut que Dieu y soit connu et aimé, que les vertus implantées dans l'âme de l'enfant au jour de son baptéme se développent, portent des fleurs et des fruits; il faut que le coeur de l'enfant soit le séjour de la pureté et de l'innocence. On ne saurait donc lui enseigner trop tôt les vérités religieuses. Il vient au monde faible rt impuissant; ses facultés ne sont pas encore développé Dieu l'eut voulu, il eut pu le faire naître dans la forc. 1 intelligence et en pleine possession de ses sens, mais il en : gé autrement; il a voulu que ses parents lui prodiguent les soins que réclament ses facultés naissantes.

C'est la mère qui a le soin presque exclusif de l'enfant. Elle exerce, par conséquent, sut lui une influence très grande. L'un de ses premiers devoirs envers lui consiste à lui faire apprendre ses prières dès sa plus tendre jeunesse; elle doit veiller à ce qu'il les récite soir et matin. Né à la vie divine, consacré à Dieu et à son service, au jour de son baptême, l'enfant a besoin de notions précises sur Dieu et ses attributs; à la mère incombe le devoir de les lui donner, de lui enseigner les commandements de Dieu et ae l'Eglise, et veiller à ce qu'il soit bien pénétré de l’idée que cette vie sera : . vie de récompense ou de châtiment selon qu'il aura fait ie bin ou le mal.

Quar: ‘enfant :i parvenu à l'âge de sept ans, il tombe sous le pie epte de la confession annuelle et de l'assistance à la messe le jour du dimanche; il doit aussi recevoir l'instruction nécessaire pour la première communion. Les parents sont tenus de lui donner l'instruction requise pour l’accomplissement de ce devoir.

C'est encore un devoir des parents de veiller à ce que leurs enfants assistent régulièrement au catéchisme. Il y a des parents qui attachent peu d'importance à ce devoir. Nous les

avertissons que s'ils persistent dans leur négligence, ils ne sont pas dignes d’absolution. L'ignorance en ratière de religion a de lamentables conséquences. Que d'hérésies et de persécutions religieuses, combien d'indifférence et d'oubli de Dieu découlent de cette ignorance!

Nous de devons pas oublier que le moyen le plus efficace pour sauver la jeunesse et raviver l'esprit chrétien dans la société consiste dans la pratique de la communion fréquente. Le Saint Sacrement est un antidote contre le péché et une sauvegarde pour la vertu. C'est donc notre ardent désir que les petits enfants s'unissent souvent à Jésus pour recevoir la nourriture dont leur âme a besoin.

Les parents doivent aussi exercer une rigoureuse surveillance sur leurs enfants pour protéger leur innocence contre le danger des mauvaises compagnies: elles sont la ruine (: la jeunesse. Il incombe, par conséquent, aux pères et mères de ne jamais permettre à leurs enfants de fréquenter les mauvaises compagnies ; ils doivent les éloigner des amusements dangereux, surveiller avec soin leurs lectures, et ne leur permettre de sortir le soir qu'avec de bons compagnons. On a dit avec raison de l'enfant qui est laissé à lui-même, avec la permission de courir les rues, de suivre sans entrave ses caprices, ses penchants et ses passions, de fréquenter les personnes qu'il désire et voir tout ce qui lui plait qu'il est très difficile pour ne pas dire impossible d'en faire un bon chrétien, loyal à Dieu, à l'Eglise et au pays.

Nous ne pouvons terminer cette lettre pastorale, sans rappeler à tous ceux qui ont la charge de la jeunesse, de se souvenir que l'exemple est plus puissant que le précepte, et qu'il ne suffit pas d'instruire le petit enfant pour le diriger dans le chemin qui mène au ciel. L'enfant regarde mieux qu'il n'écoute et c’est pourquoi il suivra naturellement l'exemple de ses parents. Que pouvons-nous attendre des enfants si les parents n'ont pas les vertus qu'ils devraient avoir? Ser- t-ils tempérants, si les parents se rendent coupables d'intempérance?

Se conserveront-ils purs et modestes si ceux-ci vivent dans la débauche et l'immoralité? Seront-ils aimables, patients et condescendants si les parents se livrent aux querelles et aux injures? S'ils négligent d'entendre la messe, le dimanche, ou s'approchent rarement des sacrements, peut-on espérer que les enfants deviendront de fervents catholiques?

Au dernier jour, les pères et mères auront un compte sévère à rendre pour les mauvais exemples qu'ils donnent à leurs enfants. Notre Seigneur a pronouté de terribles malédictions sur ceux qui scandalisent les petits enfants et il a déclaré qu'il vaudrait mieux pour eux qu'on leur attachât au cou une meule, et qu'on les précipitât au fond de la mer.— Matt. XVIII. 6. Plut à Dieu que tous ceux qui ont la garde d’un enfant puisse lui dire avec Saint-Paul: “Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même du Christ.” — 1 Cor. XI., 11. Alors la vertu se ferait abondante sur la terre et le royaume de Dieu s’étendrait rapidement. Si chaque foyer avait la sainteté que demande sa haute mission, le monde serait peuplé de saints et la famille chrétienne répandrait son influence salutaire sur toute la société.

Nous exhortons les fidèles de Notre diocese à entrer sérieusement dans l'esprit de cette sainte quarantaine et à profiter des grâces que le bon Dieu met à notre disposition. Nous leur recommendons d'offrir leurs prières et leurs bonnes oeuvres dans le but d'obtenir pour l’Europe si troublée par la guerre, ‘‘une paix prochaine et favorable, appuyée sur la bonne entente et qui soit durable.”

Le règlement du carême sera le même que celui des années précédentes.

La présente lettre pastorale sera lue dans toutes les églises du diocèse le premier dimanche qui suivra sa réception.

Donnée en notre résidence épiscopale, à Saint-Jean, en la fête de Saint-Mathias, ce 25 février, 1916.

TEDOUARD, Wu. DUKE, PTRE, évêque de Saint-Jean.

chancelier.

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