MGR TACHÉ, O.M.I
Le premier évêque de Saint- -Boniface était sorti des rangs du peuple, il appartenait à cette honorable classe de nos bons cultivateurs canadiens chez qui la foi et la probité sont aussi robustes que la santé du corps ; le premier arche- “ véque de Saint-Boniface, descendait de cette vaillante et héroïque race des découvreurs qui ont les premiers foulé aux pieds les terres de l’ouest, mettant généreusement leurs. énergies, leurs biens, et leur épée au service de la France et de la civilisation chrétienne jusqu’au jour où ils tombèrent glorieusément pour la défense du drapeau fleurdelisé sur les champs de bataille de la Nouvelle- France. Les Varennes de là Vérandrye ne furent pourtant pas heureux dans leurs entreprises. Victimes de la noire-envie, ils virent leurs services méconnus, leurs in-
tentions dénaturées et ils purent croire que leurs sacrifices ‘
pour Dieu et la patrie avaient été inutiles ; mais Dieu ne permit pas que les labeurs de ces préux sans peur et sans reproche demeurassent stériles, et un siècle plus tard un de leurs arrières-neveux, armé seulement de l’'humble croix d’oblat passait dans le sillon tracé par ses pères, et parcourait en canot d'écorce ou en traine à chiens ces mêmes pays d'en haut, du Lac Supérieur aux Montagnes Rocheuses, non pas à la découverte de la mer de l'ouest (océan Pacifique), mais pour gagner des âmes à Jésus- Christ. Cette gloire posthume était bien due à des ex-
istences, qui, selon une chronique du temps n'ont connu :
du dévouement à la patrie que ses misères.
Rien d'étonnant si le Divin Maître qui appelait le jeune oblat, élève du célèbre collège de Saint-Hyacinthe, à faire de si grandes choses sur les bords de la Rivière Rouge et- de l’Assiniboine, de la Saskatchewan et du McKenzie lui avait fait une large part des dons de la nature et de la grâce. Si c'est le propre du génie de se suffire à lui-même en quelque sorte et d'apprendre comme par intuition ce qui coûte tant de laheurs au commun des mortels sous-la conduite des maîtres les plus habiles ; si c'est encore le fait du génie de concevoir de vastes plans et de les exécuter heureusement malgré des obstacles quasi insurmontables et avec des ressources fort restreintes ; si enfin le génie permet de lire dans l'avenir les
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Premiers siè
ardent pour les intérêts et l'honneur de la-sai
destinées d’un pays et de prévoir les catastrophes qui échappent à l'œil des plus perspicaces, on peut affirmer sans hésitation, que Mgr Antonin Alexandre Taché a été un homme de génie.
Grrâces à ses conceptions vastes et élevées qui le faisait se mouvoir à l'aise d’un océan à l’autre, de l'Atlantique au Pacifique ; grâce à sa merveilleuse prudence, à sa perspicacité étonnante, et a son indomptable énergie, il a été comme l’âme de ces immences régions qui s’appellentaujourd’hui le Manitoba et le Nord-Ouest. Il a donné, une nouvelle impulsion aux œuvres d’apostolat, d’éducation, et de charité déjà commencées, il a fondé de nouvelles églises, il a puissamment encouragé le courant immigrateur, il n’a été étranger" à aucune entreprise d'utilité publique, en un mot, il n’y a peut-être personne
ui ait exercé, pendant un demi siècle, une influence religieuse, politique et sociale égale à la sienne dans cette partie si importante de l'Amérique Britannique. | it je me demande s’il y a un évêque qui ait joui, au Canada, d’un prestige plus grand et qui ait suscité de plus chauds enthousiasmes parmi ses compatriotes. Aussi, quand il s'agira d'opérer le grand changement qui a fait de Fancienne colonie d’Assiniboia ou de la Rivière-Rouge, la belle province de Manitoba, quand des événements regrettables auront déchaiîné sur le pays les horreurs de la guerre civile, Mgr Taché, de glorieuse mémoire, sera appelé par le gouvernement de Sa Majesté, à jouer un rôle pacificateur digne des grands évêques des
Le poids defsa parole était tel, même au déclin de sa vie, que la stabilité des gouvernements a même parfois semblé en dépendre, ce qui lui a attiré des reproches injustes et des chagrins bien amers.
Mais si l'intelligence de ce grand évêque était si vaste qu'elle le faisait planer comme l'aigle dans des sphères supérieures, que dirons-nous de son grand cœur?
C'était vraiment une merveille d’exquise délicatesse et de généreuse tendresse qui coulait à pleins bords et
. débordait parfois dans ses écrits ou ses conversations ip-
times. ‘
FAOEE Evéque missionnaire, il a été animé du zèle K-@i
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et on peut dire qu’il a eu constamment soif de souffrir
pour les âmes. :
‘ Son orthodoxie était telle qu'une simple direction du Vicaire de Jésus-Christ, était un ordre pour lui, et le peuple de Saint-Boniface se souvient que tous devaient écouter debout la lecture d’un document pontifical, tout comme l'évangile lui-même. Comme'il à aimé cette chère église de Saint-Boniface.qui lui a coûté tant de travaux, tant de brisements de cœur, tant de périls, tant de sollicitudes et de larmes ! :
Comme il à aimé chacun de ceux que le Seigneur lui avait confiés ! : |
Il pouvait bien dire comme l’apôtre Saint-Paul :
“ Qui donc souffre parmi vous sans que je souffre avec lui? (II Cor. c. XI v. 21).
Jusqu'à la fin de sa vie, sa porte fut assiégée par des.
visiteurs et des solliciteurs souvent importuns, et daus le délire de la fièvre, il indiquait l’endroit où l’on trouverait des billets de banque.
Que de familles et d'individus de toute nationalité et même de toute croyance lui doivent leur position honorable ! Que d'hommes il a sauvé du déshonneur et de la ruine ! Comme on lui reprochait un. jour d’avoir été trop généreux pour un étranger qui se disait Français: ‘ Ah! reprit-il vivement, la France a tant fait pour ce pays que je ne puis me refuser à aider un de ses enfants C'est l'or de la France qui a soutenu nos missions et qui les maintient encore.”
Patriote sincère, il a aimé passionément le doux pays de sa naissance, la vieille province de Québec dont il a si
souvent parlé avec émotion, et nul ne mettra en doute sa
tendresse pour le pays de son adoption. ce Manitoba et ce Nord-Ouest qu'il avait sillonnés en tout sens, et dont il connaissait tous les secrets. Chaque lac, chaque rivière, chaque forêt, chaque prairie, que dis-je ? chaque brin d’herbe lui rappelait un souvenir heureux ou pénible et faisait vibrer son noble cœur. Et jamais là couronne d'Angleterre n’a eu un sujet plus loyal et plus dévoué. Tant il est vrai que l'Eglise catholique est la meilleure école du vrai patriotisme et de la fidélité au drapeau. Aussi, jamais trait n’a été plus cruel à son cœur que les accusations lancées contre lui par des compatri-
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otes, lui reprochant d'avoir trahi les intérêts des enfants’,
du sol, ces bien-aimés de #on cœur, ou encêre d’avoif
trahi la cause sacrée de nos écoles catholiques du Mani-. - toba. ee
Ce vieil archevêque que l’on disait décrépit, circonvenu et-vacillant comme un flambeau qui s'éteint, se leva alors dans sa dignité outragée afin de repousser ces odieuses calomnies et de revendiqüer nos droits scolaires méconnus: NS | -
Les pages émues qu'il a écrites alors, au seuil de son éternité, avec une vigueur preëqué juvénile, resteront à
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Jamais comme un monument impérissablke de sa haute
intelligence, de sa logique inexorable, de l'exquise‘ délicatesse de son cœur d'évêque et de patriote, et de son attachement in AE à la cause sacro-sainte de l’éducation ‘catholique. Aussi Dieu pour le récompenser, lui ménagea-t-il la délicieuse consolation de voir l’épiscopat.
.Canadien tout entier seconder avec empressement et bon-
heur’ses nobles efforts en signant la pétition adressée au Souverneur-général du Canada pour demander que l'on portât remède à la législation scolaire pernicieuse et injuste dont nous souffrons encore. ;
Ces voix émues et suppliantes de ses frères dañs l’épis-
copat, s'élevant d'Halifax: à Vancouver, comme il le dit lui-même, et frappant à la porte des pouvoirs publics,
furent plus doucés à ses oreilles que les applaudisse- : ments chaleureux qul avait entendus si souvent du-.
rat sa belle vie. , :
Une autre joie suprême de sa vie d'évéque-oblat missionnaire fut la visite duT. Rév. P. Général de son ordre,
qui avait traversé les mers afin de donner nne dernière
accolade fraternelle à an de ses fils les plus illustres, et les plus chers. | l , Depuis le jour où le jeune missionnaire dé l'Ile à la
Crosse avait entendu le vénéré fondateur des Oblats, Mer
de Mazenod, de pieuse mémoire, lui diré avec un accent d'ineffable tendresse : ‘“ Tu stras évêque.et tu n’en seras pas moins oblat,”’ bien des événements afaient agité sa vie,
I Nous écrivait un jour: ‘“ j'ai quarante ans d’épis-
copat oblat, j'ai quarante-cinq ans de profession comme,
oblat—Dieu sait la pensée unigqüe qui a dominé toute cette existence.” Ne a ee
La. *