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Mandement de visite de Mgr. lévêque de Montréal [microforme]

PAR LA MISÉRICORDE DE DIEU, ET LA GRACE DU SAINT SIÉGE APOSTOLIQUE, ÉVÊQUE DE MONTRÉAL, ETC. ETC. ETC.

Au Clergé et aux Fidèles de Notre Diocèse, Salut ct Bénédiction en N. S. J. C.

Nous nous proposons, N.T. C. F., de faire cette année la visite de tout le Diocèse. Nous en reprenons pour cela l'Administration que Nous avions confiée à notre digne Coadjuteur, pour le temps du voyage que Nous nous proposions de faire en Europe, et l’on cessera en conséquence, jusqu’à nouvel ordre, de réciter les cinq Pater et les cinq Ave que Nous avions prescrits, pour attirer les bénédictions du Ciel sur notre entreprise. Le démembrement de notre Diocèse que vient d’opérer N. S. P. le Pape, Nous inspire le dessein de cette visite générale, et Nous fait croire à la possibilité de son exécution. Car le champ qu’il Nous a laissé à cultiver, étant moins grand, il Nous est plus facile de le parcourir.

C’est ce que Nous allons entreprendre, avec la grâce de Dieu. Car Nous comprenons que si le Chef de l’Eglise Nous a déchargé d’une partie de notre fardeau, ce n’est pas pour Nous faire jouir de plus de repos, mais uniquement pour Nous donner moyen de visiter plus souvent, et de mieux soigner les âmes qu’il Nous à laissées en charge.

A cette fin, Nous irons à vous, N. T. C. F., non comme Missionnaire, mais uniquement comme Visiteur. Car quelque consolants qu’aient été les fruits de nos visites précédentes, pendant lesquelles Nous joignions les exercices de la Mission à ceux de la Visite Pastorale, Nous comprenons que le travail de l’une a nui au travail de Pautre. Et en eflet, Nous ne pouvions donner à chaque paroisse le temps d’une Mission ; et pendant le peu de jours que Nous consacrions à ce genre de ministère, Nous étions trop occupé pour donner à la Visite toute l’attention nécessaire.

C’est done pour le plus grand bien des paroisses que Nous nous décidons à ne plus faire, au milieu de vous, que l'office de Visiteur.

Pour cela, Nous nous déchargeons de celui de missionnaire, sur ceux que la Providence a spécialement chargés de ce genre de ministère, et dont, par la divine miséricorde, le Diocèse se trouve heureusement doté,

Les grands succès qu’ont obtenus ces dignes ouvriers, depuis douze ans qu’ils aident vos zélés Pasteurs à recueillir la moisson abondante que leur offrent vos bonnes dispositions, Nous justifient pleinement de prendre ce parti. D’ailleurs, Nous ne faisons en cela que suivre l’exemple du Souverain Pasteur. Car pendant sa vie mortelle, il envoyait devant lui ses disciples deux à deux, et quand le peuple avait été préparé à sa visite, il venait lui-même les confirmer dans le bien par les grâces de sa divine présence.

Nous ne vous dirons pas ici, N. T. C. F., les grâces abondantes qui vous sont promises, si vous vous préparez saintement à la visite du Seigneur; Nous laissons ce soin à vos Pasteurs. Avec le zèle que Nous leur connaissons, ils vont faire tout en leur pouvoir pour disposer les Paroisses à se présenter à l’Epoux des âmes, avec la robe nuptiale et la lampe ardente, qui sont les emblêmes de l’innocence et de la justice, sans lesquelles on ne saurait être admis au festin des noces. Ce sera surtout par des instructions approprices à vos besoins qu’ils vous disposeront à cette grande solennité.

Nous vous recommandons donc, N. T. C. F., d'assister à toutes celles qui vont se faire, soit avant, soit après la visite. Car s’il est nécessaire de se bien préparer à la grâce de notre Dieu, il ne l’est pas moins de prendre de sérieuses précautions pour en conserver les fruits.

Il y a dans le Diocèse un certain nombre de Paroisses où les grandes personnes, aussi bien que lesenfants, assistent en tout temps au catéchisme. Nous ne pouvons qu’applaudir à une pratique si louable, et désirer qu’elle devienne générale. Car Nous savons qu’une Paroisse qui aime le Catéchisme est une Paroisse instruite et bien réglée. L’amour de la parole de Dieu est une preuve certaine de la foi vive qui produit les œuvres.

Oh! Pères et Mères, si vous aimez vos enfants en Dieu et pour Dieu, demeurez avec eux au catéchisme. Vous vous assurerez par là de leur fidélité à une instruction qui leur est si nécessaire. De retour à la maison, il vous sera facile de leur faire répéter le Prône et le Catéchisme du jour, et de vous assurer ainsi de leur attention.

Vous leur expliquerez vous-mêmes ce qu’ils n’auraient pas bien compris; car plus que tout autre vous pourrez vous mettre à la portée de leur intelligence. Vous leur rappellerez de temps en temps ce que le Bon Pasteur a recommandé à l'Eglise, Oh! qu'il est beau d’entendre les parents dire à leurs enfans; M. le Curé nous a bien défendu de faire cela ;—M. le Curé nous a bien recommandé de faire telle chose.

D’ailleurs, quel profit n’y aura-t-il pas pour vous-mêmes d’entendre l’explication des saintes vérités de la Religion? Car n’est-il pas évident que plus on con. nait sa Religion, plus on la pratique avec amour ?

Faites-en l'essai, N. T. C. F., pendant la belle saison qui arrrive, et vous

verrez quelles bénédictions le Catéchisme répandra dans le sein de vos familles. Vos enfans ÿ apprendront très-certainement à vous rendre l’honneur, le respect et lobéissance qui vous sont dus.

Pourriez-vous négliger de recourir à un moyen si facile et si efficace de faire le bonheur de vos familles ? Si vos enfans aiment l’Eglise, avec ses délicieuses cérémonies, ils n’aimeront ni le monde, ni ses folles vanités. Encore une fois, donnez leur exemple, et ils feront ce qu’ils vous verront faire, et ils seront ce que vous serez vous-mêmes.

Cette assiduité au Catéchisme que Nous vous recommandons à tous, N. T. C. F., doit produire le fruit spécial de cette visite, dont il Nous reste à vous dire un mot.

Un des auteurs qui ont le mieux parlé de la vie spirituelle, nous enseigne que si chaque année on corrigeait seulement un défaut, on serait bientôt parfait.

Si cela est vrai de chacun de nous en particulier, on en doit dire autant d’une Paroisse et d’un Diocèse.

Pénétré de cette vérité, Nous nous proposons de travailler, pendant cette Visite, à détruire tout-à-fait, et dans tous les lieux, le blasphème, qui est, hélas! si commun.

Déjà la religion a remporté une grande victoire sur l’ivrognerie. C’est au point que, à quelques exceptions près, on peut dire aujourd’hui, avec complaisance, que le peuple Canadien est un peuple sobre.

C’est une louange que Nous aimons à donner dans ce moment solennel au Diocèse entier. Nous serions trop heureux si certaines défections ne nous empêchaient pas de pouvoir ajouter que tous, sans exception, gardent fidèlement leur engagement !

Nous prions, du moins, pour ceux qui, par la boisson, abreuvent encore aujourd’hui Jésus de fiel et de vinaigre.

Maintenant que l’ivrognerie cache sa honte dans de misérables auberges, sans règle et sans pudeur, Nous pouvons en toute confiance attaquer un autre vice.

C’est celui du blasphême, si injurieux au Ciel et si exécrable à la terre, que Nous entreprenons de détruire. Quelqu’enraciné qu’il puisse être, Nous avons L’intime conviction, N. T. C. F., que la Visite aura l’heureux résultat de le bannir à jamais de notre société.

Or, remarquez bien que par blasphême, Nous entendons ici tout ce qui est injurieux au Saint Nom de Dieu. Par conséquent, Nous comprenons sous ce titre les jurements, les imprécations, les propos impies, les serments indiscrets, injustes ou faux. Hélas! il y en a tant et de si horribles que les gens de bien ne les peuvent entendre sans que leurs cheveux ne se dressent sur leurs têtes !

Toutefois, prenons courage, N. T. C. F., et vous verrez bientôt ce que peut un peuple de foi avec le secours de Dieu. Car avant long-temps, l’on pourra dire de

ce peuple, —c'est un peuple qui a horreur du blasphéme, comme il a horreur de l'i. vrognerie.

Oh! oui, Nous en avons la douce espérance, les jurements seront bannis des champs pendant le temps de la semence et de la moisson ; les chemins n’entendront plus d’imprécations ; les places publiques ne retentiront plus de blasphêmes ; les cours de justice ne seront plus profanes par d’affreux serments qui font horreur aux personnes les moins religieuses,

Quelles nouvelles bénédictions pour les villes et les campagnes, lorsque le Saint Nom de Dieu n’y sera prononcé qu’avec un profond respect !

Nous laissons tout ceci à vos sérieuses reflexions, et vous comprendrez sans peine que les fruits de salut vous attendent, si vous vous préparez comme il faut à la Visite Pastorale,

À ces causes, le Saint Nom de Dieu invoqué, Nous avons statué, réglé, or-

donné ; statuons, réglons et ordonnons ce qui suit : ‘ Nous nous rendrons dans la Paroisse de le Vers les huit heures du matin, Nous ferons

Notre entrée, qui sera suivie de la Messe et de la Confirmation. Nous ferons ensuite la Visite du Cimetière et celle des Fonts Baptismaux, Nous terminerons les exercices de la matinée par la Bénédiction du St. Sacrement.

Nous examinerons les Comptes des Marguilliers, et ferons la visite de tout ce qui appartient à la cure.

Le Chant, les cérémonies, les Associations, le soin des pauvres, les écoles, les désordres publics, les scandales, en un mot, tout ce qui intéresse le bien de la Paroisse Nous occupera.

Et c’est à cette fin que vons Nous verrez tenir de fréquentes assemblées du Clergé. Car ce n’est que par le ministère Curial que le ministère Episcopal peut se faire sentir à vos âmes.

Vous toucherez du doigt cette vérité, lorsque vous ferez attention que ce fut par les Apôtres que Notre Seigneur convertit le monde ; et l’on peut dire que son divin Ministère s’est borné à les préparer à la sublime mission de PApostolat, Rien donc de surprenant si c’est par le Prêtre que l’Evêque fait du bien dans PEglise.

Nous aurons quelque chose de particulier à faire, pendant la Visite de cette année. Ce sera de recevoir les souscriptions des Paroisses pour PEglise Cathédrale.

Nous devions, comme Nous vous l’annonçâmes, dans Notre Mandement du dix-neuf Mars dernier, partir prochainement pour solliciter des secours à étranger. Mais Nous avons dû céder aux représentations qui Nous ont été faites à ce sujet par le Clergé et les Laïcs,

Comme ils Nous ont témoigné que le Diocèse pouvait, à lui seul, faire les frais de relever les ruines de l’incendie du huit Juillet, Nous nous sommes décidé à dif. férer notre départ, pour attendre le résultat des collectes qui vont se faire à ce sujet.

En attendant, Nous ne saurions demeurer inactif par rapport à l’objet que Nous avons en vue. Aussi tout en visitant le Diocèse, pour la sanctification de vos âmes, Nous nous occuperons de l’œuvre qui vous est proposée comme œuvre Diocésaine,

Nous le fesons d’autant plus volontiers que ce n’est pas notre intérêt privé, mais uniquement le bien du Diocèse dont il est ici question.

11 Nous est d’ailleurs bien moins pénible d’aller ici, pour cet objet, de Paroisse en Paroisse, qu’il ne Paurait été d’aller de Ville en Ville, en pays étrangers. Il Nous sera beaucoup moins humiliant de tendre la main à de simples particuliers, dans notre Diocèse, que de la présenter aux Princes de l'Europe.

De plus, le Monument qu’il s’agit d’élever sera plus national, s’il est exclusivement l’œuvre de la ville et des campagnes de ce Diocèse, que si quelque main étrangère y contribuait en quelque chose.

Ce Monument religieux sera d’autant plus facile à ériger que les contributions demandées song plus modiques.

Tout dépend de la bonne entente, et du bon cœur avec lequel on se portera à Paccomplissement du vœu que Nous avons émis, au nom de la Religion, de faire quelque chose qui pût prouver que le Catholicisme sait faire de grandes et belles choses, non par orgueil, mais par zèle pour la gloire de Dieu et l’honneur de la patrie. Il s’agit de prouver à la postérité la plus reculée que l’on peut être à la fois un bon Catholique, en aimant la grandeur de sa Religion, et un bon Citoyen en aimant les beaux arts.

À toutes ces raisons, ajoutons que l’apppel que Mous avons fait est nécessairement devenu public. Nos frères séparés en ont eu connaissance. Ils savent que tout le Diocèse s’est prononcé contre le projet de l’Evêque d’aller à l'étranger pour demander des secours pécuniaires. Ils s’attendent que les Catholiques vont faire quelque chose de glorieux, et ils s’en réjouissent par principe de patriotisme

‘et d’honneur.

Que si après toutes ces démonstrations, ils ne voient surgir qu’un établissement ordinaire, ne sera-ce pas humiliant pour nous tous? Car ils en conclueront évidemment que le Chef de la Religion Catholique dans ce Diocèse n’est pas un personnage bien grand dans l'esprit de son peuple, puisque tous ses Diocésains, appelés à lui venir en aide, ne lui auraient fait qu’une Eglise si commune que plusieurs campagnes pourraient se glorifier d’en avoir de plus magnifiques !

Terminons ces réflexions par une considération qui vous touchera d’autant plus fortement qu’elle se rattache davantage à cette unité de cœur qui nous est propre, comme l’unité de foi. L’Eglise Cathédrale est l'Eglise du Diocèse, et c’est pour cette raison qu’il est invité à la bâtir. La Ville et les Campagnes, les Communautés et les Paroisses, le Public et les particuliers vont entrer dans la composion de cet édifice, et en faire en quelque sorte partie. Les contributions générales feront un tout magnifique, mais elles se repartiront d’une manière si distincte, que

l’on saura par qui aura été érigée chaque partie. Oui, la postérité saura qui aura fait faire les murailles, la charpente, les colonnes, les vitraux, les portes et autres parties de cet édifice religieux.

Quand on visite la magnifique Eglise d’Albany, on est frappé de cette idée catholique. Car on y voit représentées toutes les Missions du Diocèse, faisant leur offrande à l’Eglise-Mère dont la beauté est l’objet de leur amour.

Ce qui Nous a encore frappé, en contemplant ce Religieux Monument, ça été de voir les principales actions de Auguste Vierge Marie, Patronne de cette Eglise, représentées dans de magnifiques vitraux qui fixent tous les regards. On est vraiment attiré à l'amour de Celle qui est plus belle que la lune et plus éclatante que le soleil, en considérant ce que l’industrie humaine a pu opérer pour la faire connaître au monde,

Oh! Comme notre cœur s’est réjoui de voir, dans une ville protestante, peints sur verre, les traits de la Ste. Vierge Marie, qui éclaire toutes les Eglises. Ces superbes vitraux sont là pour dire tout haut, et à toutes les dénominations religieuses ; Conceplio recolitur Sanctæ Mariæ Virginis cujus vita inclyta cunctas illustrat Ecclesias.

Nous ferons bien aussi, Nous, N. T. C. F., quelque chose pour la gloire de celle qui fut toujours si bonne pour sa ville et son Diocèse. “ Puissante Dame de ‘ Bon-secours, aidez-nous à relever l’autel de votre Très-Saint et Immaculé Cœur. “ Daignez vous souvenir que c’était au pied de cet Autel, au temps où il était pour ‘ nous tous le trône de votre miséricorde, que nous vous demandions de rajeunir ‘ votre sanctuaire de Bon-secours. Vous serez donc aussi bonne aujourd’hui que “vous le fûtes alors. Ces deux lieux de refuge ne sont pas de trop pour nous, O “ Mère de grâce ! N’oubliez pas notre misère, et nous n’oublierons pas vos bien- ‘ faits.”

Sera le présent Mandement lu au Prône de la Messe Paroissiale de

le premier Dimanche après sa réception, et ensuite conservé dans les archives de la dite Paroisse.

Donné à Montréal, en l’Hôtel-Dieu de cette ville, le six Mai mil-huit-cent-cinquante-trois, sous notre seing et sceau, et le contre-seing de notre Secrétaire.

Nr K 1G. EVEQUE DE MONTREAL.

Par Monseigneur,

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