‹ Mandements et circulaires de Mgr. Joseph Thomas Duhamel, 1er archevêque d'Ottawa [microforme] (volume 4)Chapitre 50 sur 105 · MA · texte numérisé non relu

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done toujours écouter leur voix avec soumission et observer humblement leur ordres.

Dans sa lettre mémorable au Cardinal Guibert, Archevéque de Paris, parlant de la loi supréme de concorde que le catholique doit se tracer et suivre, le Pape poursuit ensuite: * Cette obligation qui s'impose à tous en général, s'impose bien plus aux rédacteurs de journaux : s'ils ne sont pas animés de cet esprit docile et prêt à obéir, si nécessaire à tout catholique, ils en arriveront facilement. à répandre eux-mémes et à augmenter les maux dont nous nous plaignons. En tout ce qui touche à la religion et à l'action de l'Eglise dans la société leur devoir, comme celui des autres chrétiens, est d'être entièrement soumis d'esprit et de cœur à leurs Evéques et au Pontite romain, de suivre leurs ordonnances et les faire connaitre, d'adhérer de tout cœur à leurs entreprises et de faire en sorte que les autres obéissent.

Le Souverain Pontife enseigne la même doctrine à la noble nation francaise

“Pour obtenir les résultats désirés, dit-il, l'union des volontés et la conformité d'action est nécessaire par dessus tout, Assurément l'ennemi ne désire rien tant que de voir los catholiques. en dissension entre eux; par suite ceux-ci doivent avant tout éviter Ja discorde, se souvenant de la parole divine : Tout royaume divisé contre /ui-méme sera désolé

Si, pour arriver à la concorde, il. faut que quel. qu'un renonce à soy jugement et à ses idées, quil le lasse volontiers, en vue du bien commun, Ceux qui s'occupent à écrire ont à s'appliquer beaucoup à con server en toute chose cette concorde dos esprits ; qu'ils soutiennent les entreprises communes: qu'ils

obéissent de bon cœur à la conduite de ceux que l'Esprit-Naint an établis E véques pour gouverner l'Eglise de Dieu, qu'ils venérent leur autorité, qu'ils n'entreprennent rien contre leur volonté. puisque

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Enfin nous empruntons à l'Eneyclique Immortale Dei ces paroles pleines de sagesse:

* La défense du nom catholique réclame impérieusement que, dans la profession des doctrines enseignées par l'Eglise, il y ait unanimité, constance inébranlable; et sur ce point il faut prendre garde soit de conniver avee les opinions fausses, soit de leur résister plus mollement que la vérité ne l'exige Dans les matiéres d'opinions libres, il est permis de discuter modérément dans le but d'éclaircir la verité, mais en banissant les soupçons injurieux et les accusations réciproques... S'il. s'agit de questions purement politiques, de la meilleure forme de gouvernement, de tel ou tel système d'organisation civile, il peut certainement y avoir en ces points des diverwences honnêtes L'équité ne souffre done pas que ou reproche à des hommes, dont la religion est connue d'ailleurs et dont l'esprit est tout disposé à recevoir avec docilité les décisions du Saint-Siège, de ce quils ont des opinions diverses sur les choses dont nous parlons; ce serait une injustice beaucoup plus grande si, comme nous avons eu plus d'une fois à le regretter, on les aceusait d'avoir violé la foi catholique où d'être d'une foi suspecte, Voila un préeepte que doivent absolument garder ceux qui ont l'habitude de confier leurs pensées à la presse, les rédacteurs de journaux principalement Dans la lutte actuelle (contre le naturalisme et le rationalisme) où les plus grands intérêts sont en jeu, il ne faut laisser aucune place ni aux dissensions intestines ni à l'esprit de parti, mais avec un effort unanime des esprits et des volontés, tous doivent tendre à ce qui est le but de tous, In conservation de la religion et de la société,”

Que les Cerivains catholiques ne perdent jamais de vue nuoune de ces règles et qu'à l'avenir, dans

leurs écrits, ils évitent par-dessus tout les faussetés les médisances, les calomnies, les paroles injurieu: Tout cela est fort scandaleux et fort nuisible les mœurs publiques et privées, pour la société re!i. gieuse et civile. Les écrivains, comme tous les autres qui traitent les aflaires publiques dans leurs discours ou dans leurs ecrits, sont obligés de suivre la loi naturelle, divine et humaine, et méme d'en observer plus strictement les préceptes à cause de l'autorité personnelle dont ils jouissent."

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5iéme Série—No. 19.

CIRCULAIRE AU CLERGÉ

ARCHEVÈCHÉ D'OTTAWA, le 5 octobre 1894.

Lettre encyclique sur le Très: Saint Rosaire. CHERS COOPÉRATEURS,

Je m'empresse de vous communiquer le texte, en francais et en anglais, de le nouvelle Encyclique du Souverain Pontife sur le Trés-Saint Rosaire,

Vous en donnerez lecture à vos paroissiens, soit le dimanche, à la messe paroissiale, soit aux exercices, sur semaine, prescrits pendant ce mois—

Il vous sera facile de vous en servir comme d'un texte pour augmenter la piété de vos lidéles et pour les exciter à l'habitude de réciter le chapelet tous les jours,

Agréez, Chers Coopérateurs, l'assurance de mon entier dévouement en J. M. J.

TJ. THOMAS, Anonukv. d'Ottawa.

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LÉON XIII, PAPE. | | apparait l'espoir Vénérables Fréres, santes p | mieux c Salut et bénédiction apostolique. plus het ; ne voul C'est toujours avec une attente joyeuse et pleine nature ¢ d'espérance que Nous voyons revenir le mois d'octo- ae bre, qui, par Nos conseils et Nos prescriptions, con- d enselg sacré à la Bienheureuse Vierge, est sanctifié, depuis fF arrive q

un certain nombre d'aunées déjà, dans tout le monde 938009 |

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catholique, par la dévotion fervente du Rosaire. Nous avons dit plusieurs fois le motif de Nos exhortations. Comme les temps calamiteux traversés par l'Eglise et par la société civile réclamaient avec urgence le secours immédiat de Dieu, Nous avons pensé qu'il fallait implorer ce secours par l'intercession de sa Mère et que le mode de suplication qui devait être employé était celni dont le peuple chrétien n'arait jamais été sans éprouver la bienlaisante efficacité.

Il l'a éprouvée, en effet dès l'origine méme du Rosaire, soit pour la défense de la foi contre les criminels assauts des hérétiques, soit pour le .... rement et le maintien des vertus dans un siécle corrompu ; il l'a éprouvée par une série ininterrompue de bienfaits privés et publies, dont le souvenir est méme conservé par des institutions et des monuments illustres. De méme, à notre époque, qui souffre de tant de périls, Nous avons la joie de rappeler que des fruits salutaires sont sortis de là.

Toutefois, en promenant vos regards, vous constatez vous-mémes, Vénérables Fréres, que les raisons subsistent encore et en partie se sont accrues d'exciter, en cette présente année, à la suite de Nos exhortations, l'ardeur de la priére envers la Reine du ciel, parmi les troupeaux confiés à vos soins.

Ajoutons qu'en réfléchissant sur la nature intime du Rosaire, plus sa grandeur et son utilité Nous apparaissent vivement, plus s'accroissent le désir et l'espoir que Nos recommendations soient assez puissantes pour que le culte do cette trés sainte priére, mieux connue et pratiquée d'avantage, prenne les plus heureux développements. Dans ce but, Nous ne voulons pas répéter les considérations de diverse nature que Nous avons exposées sur ce sujet, les années précédentes; mais il convient d'expliquer et d'enseigner par quelle providentielle disposition il arrive que, grace au Rosaire, la confiance d'étre exaucé pénètre suavement dans l'âme de ceux qui

prient, et la maternelle miséricorde de la Sain:^ Vierge envers les hommes répond en les assistant avec une souveraine bonté,

Le secours que nous implorons de Marie par nos prières a son fondement daus l'office de inédiatrice de la grâce divine, qu'elle remplit constamment auprés de Dieu, en supréme faveur par sa dignité et par ses mérites, dépassant de beaucoup tous les saints par sa puissance. Or, cet office ne rencontre peut-étre son expression duns aucune priére aussi bien que dans le Rosaire, où la piété trouve une si grande satisfaction, soit par la cortemplation successive des mystères sacrés, soit par la récitation répétée des priéres.

D'abord, viennent les mystères Joyeux. Le Fils éternel de Dieu s'incline vers l'humanité, et se fait homme ; mais avec le consentement de Marie, qui conçoit du Saint-Esprit. Alors Jean, par une grâce insigne, est sanclifié dans le sein de sa mère et favorisé de dons choisis pour préparer les voies du Seigneur ; mais tout cela arrive par la salutation de Marie, rendant visite, par inspiration divine, à sa cousine, Enfin, le Christ, attente des nations, vient au jour et il nait de Marie; les bergers et les mages, prémices de la foi, se hAtant pieusement vers son berceau, trouvent l'Enfant avec Marie, sa mère Celui-ci ensuite, afin de s'offrir par un rite public en victime à Dieu son Pére, veut étre apporté dans le Temple; mais c'est par le ministère de sa Mère qu'il est présenté là au Seigneur. La même Vierge, dans la mystérieuse perte de l'Enfant, le cherche avec une inquiète sollicitude et le retrouve avec une grande joie.

Les mystères douloureux ne parlent pas autrement Dans le jardin de Gethsémani, où Jésus est effrayé et triste jusqu'à la mort, et dans le prétoire, où il est llagellé, couronné d'épines, condamné au supplice, Marie sans doute est absente, mais depuis longtemps elle a de tout cela la connaissance et la pensée, Car,

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lorsqu'elle s'offrit à Dieu comme sa servante pour être sa mère, et lorsqu'elle se consacra tout entière à lui dans le temple avec son Fils, par l'un et l'autre de ces actes elle devint l’associée de ce Fils dans la laborieuse expiation pour le genre humain ; et c'est pourquoi il n'est pas douteux qu'elle n'ait pris. en son àme, une trés grande part aux amertumes, aux angoisses et aux tourments de son Fils, Du reste, c'est en sa présense et sous ses yeux que devait s'accomplir le divin sacrifice pour lequel elle avait généreusement nourri d'elle la victime. Ce qu'il y a à remarquer dans le dernier de ces mystéres et ce qui est le plus touchant : auprès de la croix de Jésus se tenait debout Marie, sa mere, laquelle émue pour nous d'une immense charité, afin de nous recevoir pour fils, offrit elle-méme volontairement son Fils à la justice divine, mourant en son cœur avec lui transpercée d'un glaive de douleur.

Enfin, dans les mystères glorieux qui viennent ensuite, le méme miséricordieux office de la Sainte Vierge s'affirme, et même plus abondamment, Elle

jouit dans le silence de la gloire de son Fils triom- ' 5

phant de la mort; elle le suit de sa maternelle tendresse, remontant dans les demeures d’en haut ; mais, digne du ciel, elle est retenue sur la terre, consolatrice la meilleure et directrice de l'Eglise naissante, elle qui a pénétré, au deld de tout ce que l'on pourrait croire, l'abime insondable de la divine sagesse BI

Et comme l’œuvre sacrée de la rédemption humaine ne sera pas achevée avant la venue de l'Esprit- Saint promis par le Christ, Nous contemplons la Vierge dans le Cénacle oü, priant avec les apótres et pour eux avec un ineffable gémissement, elle prépare à l'Eglise la plénitude de ce méme Esprit, don suprême du Christ, trésor qui ne fera défaut ^n aucun temps. Mais elle doit remplir plus covapletement et à jamais l'ofllee de notre avocate, ayant

(1) 8. Bernardus, de XII prerogativ, B, M. V. n. 4;

passé dans l'éternelle vie. Nous la voyons transportée de cette vallée de larmes dans la cité sainte de Jérusalem, entourée des chœurs des anges; nous l'honorons exaltée dans la gloire des saints, couronnée par Dieu son Fils d'un diadème étoilé, et assise auprès de lui, reine et maitresse de l'univers.

Toutes ces choses, Vénérables Frères, dans lesquelles le dessein de Dieu se manifeste, dessein de sagesse, dessein de piété (2) et où éclatent en même temps les très grands bienfaits de la Vierge Marie à notre égard, ne peuvent pas ne pas produire sur tous une douce impression, en inspirant la ferme confiance que, par l'intermédiaire de Marie, on obtiendra de Dieu clémence et miséricorde.

La priére vocale, qui est en parfait accord avec les mystéres, agit dans le méme sens. On commence d'abord, comme il convient, par l'oraison dominicale adressée au Pére céleste; aprés l'avoir invoqué par les plus nobles demandes, du tróne de sa majesté la voix suppliante se tourne vers Marie, conformément à cette loi dela miséricorde et de la priére dont Nons avons parlé et que saint Bernardin de Sienne a formulée en ces termes: Toute gráce qui est communiquée en ce monde arrive par trois degrés. Car, de Dieu dans le Christ, du Christ dans la V. ierge el de la Vierge en nous, elle est très réguliérement dispensée (8). Parmi ces degrés, qui sont de diverse nature, nous nous arrétons plus volontiers en quelque sorte et plus longuement au dernier, en vertu de la composition du Rosaire, la salutation angélique se récitant par dizaines, comme dans le but de monter avec plus de confiance aux autres degrés, c'est-à-dire par le Christ à Dieu le Père,

Nous répétons tant de fois la méme salutation à Marie afin que notre priére faible et imparfaite soit soutenue par la confiance nécessaire, suppliant la

(2) 8S. Bernardus, sexm. 2n Natio. B. M. V. n. 6.

(3) Serm. VI £n festis B, M. V. de Annunes a. le

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Vierge d'implorer pour nous, comme en notre nom, le Seigneur. Nos accents auront auprés de lui beaucoup de faveur et de puissance, s'ils sont appuyés par les prières de la Vierge, à laquelle il adresse luimême cette tendre invitation: que ta voix résonne à mon oreille, car ta voix est douce (1). C’est pourquoi nous rappelons tant de fois les titres glorieux qu'elle a à être exaucée En elle nous saluons celle qui a trouvé grâce auprès de Dieu, et particulièrement qui a été par lui comblée de grâce, de façon que la surabondance en découlât sur tous ; celle à qui le Seigneur est attaché par l'union la plus complète qui fût possible; celle bénie entre toutes les femmes, qui seule enleva l'anathéme et porta la bénédiction (2), le fruit bienheureux de ses entrailles, dans lequelle /outes les nalions seront bénies ; nous l'invoquons, enfin, comme Mere de Dieu; de cette sublime dignité, que n'obtiendra-t-elle pas pour nous, pécheurs, que ne pouvonsnous pas espérer pendant toute notre vie et à l'heure supréme de l'agonie ?

Il est impossible que celai qui se sera appliqué avec foi à la récitation de ces prières et à la méditation de ces mystères, ne soit pas frappé d'admiration touchant les desseins de Dieu réalisés en la Sainte Vierge pour le salut commun des nations; et il s'empressera de se jeter avec confiance sous sa protection et dans ses bras, en redisant cette invocation de saint Bernard: * Souvenez-vous, 6 trés pieuse Vierge " Marie, que l'on a jamais oui dire que celui qui a " eu recours à votre protection, imploré votre assis- “ tance, sollicité votre faveur, ait été abandonné”

La vertu que posséde le Rosaire pour inspirer à ceux qui prient la confiance d'étre exaucés, il l'a également pour émouvoir la miséricorde de la Sainte Vierge à notre égard. Il est facile de comprendre combien il lui plait de nous voir et de nous entendre (1) Cant, II, 14.

(2) S. Thomas, o*. VITE super salut. angel. t, 8,

pendant que, selon le rite, nous tressons en couronne les plus nobles priéres et les plus belles louanges, En priant ainsi, nous souhaitons ef nous rendons à Dieu la gloire qui lui est due: nous cherchons uniquement l'aecomplissement de sa volonté ; nous célébrons sa bonté et sa munificence, lui donnant le nom de Père et, dans notre indignité, sollicitant les dons les plus précieux : tout cela est merveilleusement agréable à Marie, et vraiement dans notre piété elle elorifie le Seigneur; car nous adressons à Dieu une priére digne de lui.

Aux demandes si belles en elles-mémes et par leur expression, si conformes à la foi chrétienne, à l'espérance, à la charité que nous faisons dans cette prière se joint, pour les appuyer, un titre qui plait, entre tous, à la Vierge. En effet, à notre voix, parait sunir la voix méme de Jésus son Fils, qui est le propre auteur de cette formule de priére, dont il nous a donné les termes, et quil nous a prescrit d'em ployer: Vous prierez donc ainsi (3). Lors done que nous observerons ce commandement en récitant le Rosaire, la Vierge est plus disposée, n'en doutons pas, à exercer à notre égard son office plein de sollicitude et de tendresse : acceuillant d'un visage favorable cette guirlande mystique de prières, elle naus récompensera par une large abondance de dons.

Une raison sérieuse de Compter plus fermement encore sur sa trés généreuse bonté se trouve dans la nature méme du Rosaire, qui est très apte à faire bien prier. Des distractions nombreuses et variées, qui proviennent de la fragilité humaine, ont coutume de détourner de Diev celui qui prie et de tromper ses bons propos ; mais quiconque y réfléchira, comprendra aussitôt combien le Rosaire a d'efficacité soit pour fixer la pensée et secouer l’indolence de l'àme, soit pour exciter le salutaire regret des fautes et élever l'esprit vers les choses du ciel

(3) Matth, VI, 9.

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En effet, le Rosaire se compose, camme l'on sait, de deux parties à la fois distinctes et unies, la méditatic.1 des mystères et la prière vocale. Or, ce mode de priere exige une certaine attention spéciale de l'homme, car il requiert, non pas seulement quil dirige d'une façon quelconque son esprit vers Dieu, mais qu'il soit plongé de telle sorte dans la méditation de ce qu'il contemple qu'il y puise les éléments d'une vie meilleure et les aliments de toute piété. Ce qu'il contemple est, en effet, ce qui existe de plus grand et de plus admirable, car ce sont les mystères fondamentaux du christianisme, par la Inmière et la vertu desquels la vérité, la justice et la paix ont établi sur la terre un nouvel ordre de choses et donné les fruits les plus heureux.

Àu méme effet concourt aussi la maniere dont ces mystéres si profonds sont présentés à ceux qui récitent le Rosaire, car ils le sont de fagon à étre parfaitement à la portée même des esprits sans instruction. Ce ne sont pas pour ainsi dire des dogmes de foi, des principes doctrinaux, que le Rosaire propose à méditer, mais plutót des faits à contempler de ses yeux et à remémorer, et ces faits présentés dans leurs circonstances de lieux, de temps et de personnes simpriment d'autant mieux dans l'àme et l'émeuvent plus utilement. Lorsque, dès l'enfance, l’Ame s'en est pénétrée et imprégnée, il suflit de l'énonciation de ces mystéres, pour que celui qui a du zéle pour la priére puisse, sans aucun effort d'imagination, par un mouvement naturel de pensée et de sentiment, les parcourir et recevoir abondamment, par la faveur de Marie, la rosée et la grace celestes.

Une autre raison rend ces guirlandes de prières plus agréables à Marie et plus dignes à ses yeux de récompense. Lorsque nous déroulons pieusement la triple série des mystères, nous donnons un éclatant témoignage de nos sentiments de reconnaissance envers elle, car nous déclarons ainsi que jamais nous

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ne nous lassons de la mémoire des bienfaits par lesquelles elle a participé à notre salut avec une tendresse sans mesure, Ces souvenirs si grands ramenés fréquemment en sa présence et célébrés avec zèle, il est à peine possible d'imaginer de quelle abondance de joie toujours nouvelle ils remplissent son Ame bienheureuse, et quels sentiments ils excitent en elle de sollicitude et de bienfaisance maternelle.

D'autre part, ves mêmes souvenirs donnent à notre supplication, une ardeur et une force plus grandes : car chaque mystère qui passe apporte un nouvel argument de prière, on ne peut plus puissant auprès de la Sainte Vierge. En effet, c'est auprès de vous que nous nous réfugions; sainte Mère de Dieu ne méprisez pas les malheureux fils d'Eve Nous vous implorons, médiatrice de notre salut, aussi puissante que clémente : par la douceur des joies qui vous sont venues de votre Fils Jésus, par votre communion à ses ineffables douleurs, par l'éclat rejaillissant sur vous de sa gloire, nous vous supplions de toutes nos forces ; oh ! malgré notre indignité, écouteznous avec bienveillance et exaucez-nous.

L'excellence du Rosaire de Marie, considéré au double point de vue dont Nous venons de parler, vous fera plus clairement comprendre, Vénérables Fréres, pourquoi Notre sollicitude ne cesse pas d'en recommander, d'en développer la pratique. Le siècle où nous vivons a de plus en plus besoin, comme Nous l'avons dit en commençant, des secours du ciel, principalement parce que l'Eglise rencontre de toutes parts de nombreux sujets d'aflliction, attaquée dans son droit et dans sa liberté ; parce que les Etats chrétiens subissent de nombreuses atteintes qui ébranlent dans leur fondement la prospérité et la paix, Or, Nous déelarons de nouveau hautement, que pour obtenir ces secours, Nous mettons dans le Rosaire la plus grande espérance, Plaise à Dieu que, selon Nos vœux, cette sainte pratique de piété soit

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partout rétablie dans son antique honneur; qu'elle soit aimée et suivie dans les villes et dans les campagnes, dans les familles et dans les ateliers, chez les grands et chez les humbles, comme un signe marquant de la profession de la foi chrétienne et un moyen excellent et assuré d'attirer la clémence divine.

Il est de jour en jour plus urgent que tous les chrétiens poursuivent ce résultat, à une époque ot la perversité insensée des impies multiplie les machinations et les audaces qui provoquent la colére de Dieu et attirent sur la patrie le poids de sa juste animadversion. Parmi les autres sujets de douleur, tous les gens de bien déplorent avec Nous qu'au sein méme des nations catholiques, il se trouve un trop grand nombre de gens qui se réjouissent des outrages de toute sorte faits à la religion, et qui, usant d'une licence incroyable de tout publier, semblent mettre leur application à vouer les choses les plus saintes, et la confiance si jnstifiée en la protection de la Sainte Vierge au mépris et à la dérision de la foule.

En ces derniers n... , on n'a méme pas épargné la trés auguste persoune de notre Sauveur Jésus- CHRIST, On n'a point rougi de la trainer sur les planches du théâtre, déjà souillées de tant de hontes, et de la représenter dépouillée de la majesté de la nature divine qui lui appartient; cette nature enlevée, la rédemption méme du genre humain disparait nécessairement, On n'a pas eu honte, non plus, de tenter la réhabilitation, en le tirant de son éternelle infamie, de l'homme que la monstruosité de son crime et de sa perfidie a rendu odieux par delà tous les Ages, du traitre qui livra Jésus-Christ.

En présence des crimes, commis ou sur le point de se commettre dans les villes d'Italie, l'indignation universelle s'est soulevée et l'on a déplorer vivement la violation du droit sacré de Ja religion, et sa vio

— Cees et aurea

lation,son oppression au sein de ce peuple qui se glorilie entre tous et avec raison du titre de catholique. Alors la vigilante sollicitude des évéques s'est éveillée, comme il convenait; ils ont fait parvenir leurs très justes réclamations à ceux qui ont le devoir de protéger la dignité de la religion nationale, et non contents d'avertir leurs troupeaux de la gravité du péril, ils les ont exhortés à réparer par des cérémonies religieuses spéciales le criminel outrage fait à l'Auteur, plein d'amour pour nous, de notre salut.

I] Nous a été, certes, trés agréable de voir l'activité des gens de bien, qui s'est déployée excellemment de mille maniéres, et elle a contribué à adoucir la douleur profonde que Nous »vions éprouvée, Toutefois, en cette occasion que Nous avons de parler, Nous ne saurions contenir la voix de Notre supréme ministére, et aux réclamations des évéques et des fidéles, Nous joignons hautement les Notres, Avec le méme sentiment apostolique que Nous déplorons et Nous flétrissons le crime sacrilége, Nous adressons les exhortations les plus vives aux nations chrétiennes, et nommément aux Italiens, afin. qu'ils conservent inviolablement la religion de leurs peres, le plus précieux des héritages, qu'ils la défendent vaillamment, qu'ils ne cessent d'aceroitre par la piété de leur conduite sa prospérité,

C'est pourquoi, ot pour ce motif encore, Nous désirons que, pendant le prochain mois d'octobre, les particuliers et les Confréries travaillent à l'envie à honorer l'anguste Mére de Dieu, la puissante Prolectrice de la société chrétienne, la très vloricuse Reine du ciel, Nous confirmons de grand cœur les concessions d'Indulgences que Nous avons accordées à cet effet auparavant,

Vénérable Frères, que Dieu qui nous a donné, dans sa Misérivordieuse bonté, une telle Médiatrice (1) et qui

(1) 5. Bernardus, de XII preragativ, À, M, PV, om 4,

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a voulu que nous recevions tout par Marie (2), daigne, par son intercession et sa faveur, exaucer nos vœux communs, combler nos espérances. Comme présage de ces biens, nous accordons affectueusemeut dans le Neigno'. a bénédiction apostolique à vous, à votre clergé |! votre peuple,

Donné à Rome, prés Saint Pierre, le VIII septembre MDCCCXCIV, de Notre Pontificat la XVIle.

année,

LEON XIII, PAPE

(2) Id serm. in Nativ. B. M. V. n.7.

LEO XIII POPE

To THE PATRIARCHS, PRIMATES, ARCHBISHOPS, BISHOPS AND OTHER ORDINARIES IN PEACE AND COMMUNION WITH THE Horny SEE

VENERABLE BRETHREN, GREETING AND THE APos- TOLIC BENEDICTION :

We always look forward with pleasant expectation and elevated hope to the return of the month of October, which has, by Our exhortation and order, been dedicated to the Blessed Virgin, and, in which for not a few years now, the devotion of the Rosary has been cultivaied unitedly and earnestly amongst Catholic peoples. The motive which incited Us to make this exhortation, We have made known more than once, For as the unfortunate condition of the Church and of States assuredly demands the most instant aid of God, We thought it well that this should be implored through the intercession of His Mother, and that it should be solicited especially by that form of prayer the efficacy of which has always been felt by Christians to be most Wholesome, Such was the feeling even at the very origin of the Rosary of Mary, both in the preservation of the holy faith from the wicked attacks of heretics and in the fitting esteem for the virtues Which, owing to the age's corrupt example, needed to be sustained and raised ; and the same feeling has been experienced publicly and privately ina perennial course of benofits, the memory of which is everywhere immortalized by famous institutions and monuments. We rejoice to relate that our own age, laboring in many

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ways under dangers incidental to the times, has in like manner derived salutary fruit from the same source; but on looking round, venerable brethren, you see yourselves that there still exist and are part: ly increasing reasons why zeal in appealing to the Heavenly Queen should by Our -xhortation be stimulated amongst your flocks. Add to this that as We fix our thoughts on the intimate character of the Rosary, the clearer its excellence and advantage appear to Us, the higher is raised the desire and hope that Our recommendation may have such an effect that this most sacred devotion, strengthened in the minds of the faithful by a more thorough acquaintance, and increased by a more extended use, may flourish yet much more abundantly. In promoting this purpose We shall not recall the various considerations respecting the same matter which We set forth in former years; it rather occurs to Us to reflect upon and point out by what an excellent design of Divine Provideace it comes to pass that through the aid of the Rosary confidence as to the result of their petitions is pleasantly infused into the minds of those who pray and the maternal compassion of the benign Virgin for men responds to appeals by affording succour with the utmost bounty,

The assistance of Mary which we see in prayer assuredly depends, as if for its basis, upon the office of procuring Divine grace for us—an office which she continually discharges with God, being most acceptable by her dignity and merits and far surpassing in power all the angels and saints in Heaven. And, probably, in no form of prayer does this office become so manifest as in the Rosary, in which the part taken by the Virgin in securing men’s salvation recurs as if unfolded in an actually present effect, thus supplying an admirable aid to piety, whether in the contemplation of the succeeding sacred mysteries or in the devout repetition of the prayers. In

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the first place the Joyful Mysteries are befor For the Eternal Son of God inclines to men and is made Man, Mary however assenting and “being conceived of the Holy Ghost.” Then John « is sanetified” in his mother’s womb by a special mark and is provided with chosen gilts “to prepare the way of the Lord”: bnt these things are connected with the salutation of Mary, who by a Divine impulse had gone to see her kins-woman. At length takes place the birth of Christ, * the expectation of the nations." He is born of the Virgin, and shepherds and Magi, the first fruits of the faith, hastening with pious disposition to His birthplace, * find the Child with Mary, His Mother." Then that He might in a publie manner offer Himself as à victim to God the Father, He desires to be taken to the Te there by the ministry of Mary He “is presented to the Lord." When the Boy is mysteriously lost she seeks Him with anxious solicitude, ar 1 finds Him with immense joy. The Sorrowful Mysteries are equally expressive. In the « Garden of Gethsemani,” where Jesus fears and is sorrowful unto death and in the Praetorium, where He is beaten with scourges, punctured with a crown of thorns, and subjected to torments, Mary indeed is absent, but these things were long foreseen by her and present to her mind. For when as a maid she offered herself up to God for the office of a mother, and when she wholly dedicated herself in the Temple with her Son, even then by each of these cireumstances she became a partner with Him in the troublesome work of expiating the sins of the human race; whence if cannot be doubted that she also suffered excessive pain, especially in her mind, at the bitter anguish and torture of her Son, And Whilst she was present wid looking on was to be carried out that sacrifice for which He had generously prepared Himself as a victim ; a fact which at the end and in a more tou

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ching way is noticed in the same Mysteries : « Mary His mother, stood beside the Oross of Jesus,” and being moved by immense charity to receive us as children, she willingly offered up her Son to Divine justice, dying at heart with Him and being transfixed with a sword of sorrow, Finally, in the Glorious Mysteries the merciful oflice of the powerful Virgin is manifested even more fully. In silent joy she tastes of the glory of the Son, trium phant over death : with material affection she follows Him as He returns to the Heavenly abode ; but whilst worthy of Heaven she is detained on earth as the infant Church's most fitting consoler and. teacher, * who penetrated the most profound abyss of Divine wisdom to a greater extent than could be believed” (St. Bernard de XII. Praerogativ. B. M. V.. n. 3). But since the promise of human redemption will not be completely fulfilled until the Holy Spirit of whom Christ gave assurance shall have come, we therefore see her in the memorable upper room where with the Apostles and praying for them with inexpressible groaning she hastens the advent of the fullness of the same Paraclete, the supreme gift of Christ, a treasure never to fail. And entering into immortal life she is to plead our cause forever, and with increased effeet. Accordingly we look up from this valley of tears to the holy city of Jerusalem, crowd: ed with angelic choirs : and we reverence her who is sublime in the glory of the Blessed, and who, crowned by the Son of God with a diadem of stars, sits with Him, the Queen of the universe. All t'i.se things, venerable brethren, in which is exhibited “the design of God, the counsel of wisdom, the counsel of piety” (St. Bernard, Serm, in Nativ. B. M. V., n. 6), and in which the merits of the Virgin Mother ave conspicuous, must have an agreable influence on every mind, inspiring the sure hope of

exciting the Divine merey and compassion through the agency of Mary.

The vocal prayer appropriately fitted with the mysteries has the same tendency. First comes, as is right, the Lord's Prayer, addressed to Our Heavenly Father; and, after He has been invoked in becoming words of appeal, the voice of the suppliant is turned from the throne of His Majesty to Mary by the law of interceding and propitiating of which

we speak, and which is explained by St. Bernard of

of Siena in this sentence : * Every grace communicated to the world has a three-fold course. For it is imparted on a perfectly regular system (ordinatissime) by God to Christ : by Christ to the Virgin; and by the Virgin to us (Serm. VI. in Fes'is D. M. V., de Annunc. a, 1. 6. 2). These Stages, as we may call them, though they differ in kind from one an. other, being laid down, we dwell longer, and in a sense more pleasingly, upon the last, from the design ofthe Rosary, the Angelic Salutation being continued in decades as if in order that we may ascend the more confidently to the other stages, that is though Christ to God the Father, The same salutation we pour forth to Mary so many times in order that our weak and defective p rayer may be sustained by the necessary confidence, beseeching her to pray to God for us as if in our name. Our voices. in fact, are far more acceptable and powerful with Him if they are recommended by the prayers of the Virgin, whom He Himself urges to intercession with the gentle invitation: * Let thy voice sound in My ears for thy voice is sweet" (Cant. II, 14), For this Very reason are repeated by us so often the glorious names she possesses for obtaining favors. We salute her who “finds favor with God” being singularly “full of grace” from Him, so that it might flow in abundance to all persons; her in whom God inheres by the closest possible union: her “blessed amongst

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women," who "alone took away the curse and brought the blessing " (St. Thomas op. viii., super salut. angel, n. 8), the blessed fruit of her womb, in whom “all nations are blest”; finally we invoke her as the * Mother of God," from which lofty dignity, what is there that she does not certainly and earnestly ask “ for us sinners,” what may we not hope for throughout all our life and at the last agony of our spirit ?

It is assuredly impossible that anyone who has devoted himself, with faith and earnestness, to such prayers and mysteries, should not be seized by admiration at the Divine counsels respecting the Virgin for the common salvation ot the nations ; and with lively confidence he will long to commit himself to her care and protection according to the declaration of St. Beraard * Remember, O most pious Virgin Mary, that it was never heard of in any age that anv one who had recourse to thy protection, implored thy aid, or sought thy intercession was abandoned.”

The power of the Rosary in inspiring those who pray with confidence as to the issue of their appeals is equally effiective in moving the heart of the Virgin in compassion for us. It is clear that it must be exceedingly grateful to her to see and hear us whilst we solemnly weave into a crown sincere petitions and beautiful words of praise. For, that in thus praying together we pay and wish God the glory which is His due; that we are anxious that His pleasure and His will should be fulfilled ; that we extol His goodness and munificence, ealling him Father and, unworthy as we are, begging for very high favors—all this is a source of exquisite joy to Mary, and in our devotion she really « magnilies the Lord," And in truth we address God in a prayer worthy of Him when we recite the Lord's Prayer. Moreover, to the requests we make in this

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